PIERRE LE MOYNE, SIEUR D’IBERVILLE ET D’ARDILLIÈRES – De la baie d’Hudson à la mer des Caraïbes
Publication date: 28 juil. 07 12:31:00
Par Gérard CHARPENTIER, Ph.D.
Sociologue et Auteur
Pierre Le Moyne, Sieur d’Iberville, est à la fois un
grand marin, un soldat, un explorateur et un colonisateur infatigable et il
fait partie de ces hommes qui ont marqué le destin de la Nouvelle France. Il
est né le 16 juillet 1661 à Ville-Marie (Montréal) de Charles Le Moyne et
Catherine Primot.
Son père, originaire de Dieppe en France, arrive au nouveau monde à l’âge de 15 ans et devient un des plus influents et opulents citoyens de la colonie grâce à son commerce de la fourrure. Charles Le Moyne, Sieur de Longueuil est aussi le patriarche d’une grande famille de treize enfants qui se sont donnés corps et âmes à la Nouvelle France. Pierre, qui est le troisième des onze garçons, est certainement le plus célèbre d’entre eux, mais plusieurs de ses frères marquent également l’histoire de France et sont comme lui anoblis devenant ainsi les Sieurs de Longueuil, Sainte-Hélène, Maricourt, Sérigny, Chateauguay et Bienville.
Pierre reçoit son éducation générale au séminaire des Sulpiciens de Montréal puis est envoyé en France, ainsi que deux de ses frères pour y recevoir une formation dans la marine.
Ses victoires militaires dans la Baie James et la région du Maine le rendent célèbre
Il revient rapidement au Québec comme jeune officier de la Marine royale française prêt à servir son Roi. Il est alors sous le commandement du Chevalier de Troyes qui a pour mission d’affirmer la présence française dans la baie d’Hudson. Dès 1686, à l’âge de 25 ans, il s’illustre à la fois comme marin et soldat dans les nombreuses expéditions contre les Anglais. Pendant 10 ans, on le retrouve un peu partout dans cette région du Canada. Il est vite reconnu comme étant un marin et un soldat d’exception. Un de ses premiers exploits militaires se fait à bord de son navire « Le Pélican » quand il reprend, en 1690, aux Anglais le « Fort Severn » dans la baie d’Hudson qui est à l’origine un centre commercial français qu’ils occupaient depuis un an. Il attaque Fort Rupert avec son frère, le Sieur de Maricourt, et capture même le gouverneur anglais de la Baie d’Hudson. Il prend possession, toujours dans la baie d’Hudson, de Fort Nelson. Puis on le retrouve plus au Sud, à la demande de Frontenac lors de la bataille de Schenectady contre les Iroquois (1690) et plus tard dans les régions de l’Acadie, de la baie de Fundy puis dans le Maine à fort Henry William, Fort Pemaquid en 1696. Pendant la même période, principalement de 1692 à 1696, il escorte les flottes de bateaux marchands faisant la navette entre le Nouveau Monde et la France. Il semble être partout à la fois sur terre comme sur mer où il remporte victoires sur victoires … Il est célèbre des deux bords de l’Atlantique. En 1697, il revient dans le Nord et participe à sa dernière expédition dans la région de Terre-Neuve et de la Baie James. C’est alors qu’il connaît sa plus belle victoire militaire quant à lui seul avec le Pélican, une frégate de 44 canons, il coule deux vaisseaux anglais le Hampshire (56 canons) et le Hudson’s Bay (32 canons) et met en fuite un troisième le Dering (36 canons). Quand les trois autres navires de la petite escadre qu’il commande le rejoignent, il s’attaque à York Factory qui est repris et rebaptisé Fort Bourbon. La cour royale ayant eu écho de tous ses exploits militaire, d’Iberville sera décoré de la Croix de Saint-Louis en 1699, devenant du même coup le premier officier français né en Nouvelle France recevant cet ultime honneur.
Fondateur de la Louisiane au Nord Ouest de la Floride
La même année en novembre 1697 alors qu’il est en France, le Ministre de la Marine lui demande de mener une expédition pour redécouvrir l’entrée du fleuve Mississipi par voie maritime et organiser du même coup la colonisation de la Louisiane, région également convoitée par les Anglais et les Espagnols.
Le 25 janvier 1698, la flotte d’Iberville composée de quatre navires arrive à l’île de Santa Rosa en face de Pensacola, ville fondée par les Espagnols et qui maintenant fait partie de la Floride. À partir de là, accompagné de son frère le Sieur de Bienville, il va explorer la région (Baie de Mobile, île du Massacre qui deviendra Dauphine, île du Chat, île du Bateau et en 1699 Biloxi aujourd’hui « Ocean Springs » dans l'État du Mississippi. Ce fut le premier établissement permanent de la Louisiane et sa capitale de 1720 à 1723. Détrônant du même coup la ville de Mobile maintenant en Alabama et fondée en 1702 par son frère Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville, afin de contenir la poussée des Espagnols installés à Pensacola maintenant en Floride. Finalement c’est en mars 1699 qu’il redécouvre l’entrée du Mississipi. Il remonte alors le plus haut possible jusqu’à la rivière Rouge, retourne ensuite à son bateau en passant par le bayou Ascandia et deux lacs qu’il nomme Maurepas et Pontchartrain. Il finit en mai dans la baie de Biloxi où il installe un petit fort appelé Maurepas ou Vieux Biloxi.
Toujours aussi infatigable, d’Iberville va alors faire plusieurs allers et retours en France. En mai 1699, il vogue vers la France à bord de son bateau le « Badine » accompagné d’un autre navire le « Marin » et laisse le Sieur de Sauvole et son frère Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville responsables de la petite colonie. Il est de retour le 8 décembre de la même année. Il remonte le Mississippi jusqu’à la hauteur de Natchez et bâtit un fort à environ 60 kms à l’intérieur de l’entrée du fleuve, fort qui sera abandonné en 1705.
En mai 1700, Iberville retourne en France, et revient en Louisiane le 18 décembre 1701. Il reste alors dans la colonie jusqu’en avril 1702 et confie à son frère le Sieur de Bienville la mission de fonder le Fort Louis de Mobile sur la rivière Mobile (16 janvier 1702).
En 1703, Iberville est nommé premier gouverneur de la Floride. En cinq ans, il a su mettre en place les bases d’une vaste colonie qui allait s’étendre dans tout le bassin du Mississipi jusqu’au Canada et former un des cinq territoires de la Nouvelle France. Notons pour l’anecdote que son frère Jean Baptiste va lui succéder en 1717 et sera le fondateur en 1718 de la Nouvelle Orléans.
« Capitaine de frégate » dans la mer des Caraïbes
En 1706, Iberville, qui est avant tout un marin, est alors « capitaine de frégate » dans la marine royale française, ce qui correspond a une fonction de haut niveau et il navigue dans les eaux des Caraïbes non loin de Saint-Domingue à l’époque colonie française (Haïti). On ne peut pas dire avec certitude que, lors de ses voyages, il n’a jamais eu l’occasion d’accoster sur les côtes est de la Floride, mais on peut le supposer. Il en est tout autrement en ce qui concerne les côtes ouest se trouvant dans le golfe du Mexique comme nous avons pu le dire précédemment. Lors d’une de ses missions militaires dans les mers des Caraïbes, il prend possession des îles Nevis et Saint Christopher, alors possessions anglaises. Afin de consolider la position de la France dans cette région, il vogue alors vers la Havane pour obtenir une alliance avec les Espagnols contre les Anglais et mener une expédition militaire dans les Carolines sur le continent américain.
Mort prématurée de Pierre Le Moyne, Sieur d’Iberville
En allant à la Havane, d’Iberville a rendez-vous avec son destin, car il y meurt subitement le 6 juillet 1706 à bord de son navire « Le Juste », très certainement de la fièvre jaune ou d’un problème hépatique à l’âge de 45 ans. Ce qu’il y a de certain c’est qu’il était affaibli depuis plusieurs années par de fortes fièvres et que sa santé était chancelante. On sait qu’il fut enterré dans le cimetière de l’église San Cristobal dans la vieille ville, mais malheureusement au cours des temps, ses restes furent déplacés en 1741dans la cathédrale San Ignacio de la Havane, lors de la suite de la démolition de l’église San Cristobal, mais rien ne le prouve. Aujourd’hui, seule une plaque commémorative et un tableau à son image sont exposés au musée de la ville de la Havane. Il y a quelques années, à l’initiative d’un groupe de Québécois, une statue fut également érigée à sa mémoire à la Havane.
Après sa mort, comme c’est bien souvent le cas quand on se trouve face à des hommes, aussi bien Espagnols qu’Anglais, aux destins grandioses et uniques à la fois héros et aventuriers, la critique, les calomnies et on s’en doute la jalousie prirent placent et firent leurs ravages. On l’accusa d’avoir été un guerrier sans pitié, un aventurier faisant illégalement du commerce et ne respectant pas le paiement des taxes dûes au Roi et à la Marine Royale. Ces accusations éclaboussèrent également toute la famille Le Moyne qui, progressivement, quitta la Nouvelle France pour s’installer dans la région de Rochefort en France où le Sieur d’Iberville avait acquis le domaine d’Ardillières. De nos jours encore, on peut y retrouver la plupart des descendants de la sa famille. On sait qu’il épousa en 1693, à l’âge de 32 ans, dans sa ville d’Iberville, Marie-Thérèse Pollet de La Combe-Pocatière et qu’elle était de onze ans sa cadette. C’était la fille de François Pollet de La Combe-Pocatière venu en Nouvelle France en 1665 avec le régiment de Carignan-Salières et de Marie-Anne Juchereau de Saint-Denis. On sait également qu’en 1688 il fut reconnu comme le père de la fille que Jeanne-Geneviève Picoté de Belestre mit au monde, mais qu’il ne l’épousa pas pour autant.
| Vous pouvez également consulter ces sites sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : http://en.wikipedia.org - http://history.cbc.ca - www.cmhg.gc.ca |