LES « CINCINNATI » D’AMÉRIQUE ET DE France : La révolution américaine à l’origine des « Cincinnati »
Publication date: 30 août 07 09:00:00
Qui ne connait pas Washington et le célèbre Marquis de Lafayette, deux héros de la révolution américaine, mais qui connaît le Marquis de Rochambeau et le Comte de Grasse?
Par Gérard Charpentier, Ph.D. - Sociologue et auteur
Ils sont pourtant aussi importants que les deux premiers, car sans eux, les États-Unis d’Amérique n’existeraient peut-être pas et les 13 colonies anglaises de l’époque seraient peut-être encore sous le contrôle de la couronne britannique comme c’est encore le cas pour le Canada. Bien que placés officiellement sous le commandement de Washington, les chefs militaires de ces armées franco-américaines étaient en fait ces deux hommes. Le Marquis de Rochambeau était le Général en chef du corps expéditionnaire français et nous pourrions dire en termes modernes le « conseiller militaire de Washington » pour le déroulement des opérations sur terres qui se terminèrent à Yorktown le 19 octobre 1781 avec la reddition du Général anglais Cornwallis.
Le Comte de Grasse, quant à lui, était l’amiral de la flotte de guerre française qui se tenait à l’entrée de la Chesapeake Bay et qui, lors de la bataille des Caps, mit en déroute la flotte anglaise commandée par l’amiral Graves. Victoire décisive qui permit la victoire finale sur terre à Yorktown.
Le général George Washington fut le tout premier président.
Du Nord au Sud avec les armées françaises et « américaines »
Vous qui parcourrez l’Amérique du Nord dans le confort de votre VR et sur des autoroutes que l’on critique dès qu’elles ne sont pas lisses et parfaites, imaginez-vous un instant du Rhodes Island à la Virginie à cheval ou encore à pied avec les armées de la Révolution Américaine. C’est le 13 juillet 1776 que les 13 colonies anglaises d’Amérique se déclarent indépendantes et mènent la lutte contre les armées anglaises. Dès 1777, le Marquis de Lafayette, alors tout juste âgé de 20 ans, rejoint les « insurgés » et combat dans les armées du congrès avec le grade de Major Général. Vaillant soldat et fin stratège, il est blessé à la bataille de Brandywine près de Philadelphie. Lors de son retour en France, de par son appartenance à la haute noblesse, il est très proche du roi et finit par le convaincre de soutenir la cause des « insurgés » américains. Un corps expéditionnaire placé sous le commandement du Comte de Rochambeau, un des généraux français ayant le plus d’expérience en stratégie militaire, est constitué de quatre régiments et artilleries (Bourbonnais, Royal Deux-ponts, Soissonnais et Saintongeais) Choisis parmi les meilleurs de l’armée française ainsi que la légion du Duc de Lauzon, le tout comptant environ 5000 hommes.
Le corps expéditionnaire arrive à Newport, Rhodes Island en mars 1780. C’est le début d’une grande aventure qui se terminera à Yorktown en Virginie le 19 octobre 1781 au moment de la reddition du Général Cornwallis, commandant des armées anglaises en Amérique.
La « Anderson House » à Washington siège et musée de « The Society of the Cincinnati »
Au moment du traité de Versailles en 1783, consacrant l’indépendance des Etats-Unis, un certain nombre d’officiers ayant pris une part active dans la guerre d’indépendance émit le souhait de créer une association dont l’objet serait de maintenir des liens d’amitié entre les camarades de combat et de défendre leurs droits, sorte d’association d’anciens combattants avant l’heure. Il revient au général Knox et au Baron Von Steuben, un prussien engagé dès les premières heures dans la guerre d’indépendance, le mérite d’avoir concrétisé ce souhait. Dès sa création, l’organisation comporte treize groupement, un par état ayant participé à la révolution, nous avons donc: le New Hampshire, le Massachusetts, le Rhodes Island, le Connecticut, l’état de New-York, le New-Jersey, la Pennsylvanie, le Delaware, le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud et la Géorgie. « The Society of the Cincinnati » voit le jour le 13 mai 1783, et se donne pour premier président le Général George Washington et il le demeura jusqu’à sa mort en 1799.
C’est à son initiative que la branche française est créée portant à 14 le nombre de branches. Le nom de Cincinnati fut choisi en s’inspirant du symbole de Cincinnatus, héro romain qui après avoir servi son pays avec son épée, choisi de la transformer pour en faire le socle de sa charrue et continuer ainsi à servir son pays.
« The Society of the Cincinnati », qui compte aujourd’hui environ 2300 membres, a son siège dans la “Maison Anderson” depuis 1937 date à laquelle la veuve de l’ambassadeur Anderson en fit don à la société. C’est une magnifique maison du début du 20e siècle située au 2118 Massachusetts Avenue, N.W.Washington, D.C. qui sert également de musée pour l’association et de lieu de réception pour les évènements de prestige.
Le château de Bazoches, France, demeure du Maréchal Vauban, siège des Cincinnati de France
Construit en 1180 par Jean de Bazoches sur un ancien site militaire romain dans le Morvan, le château actuel connut au cours des siècles quarante propriétaires différents, tous reliés à deux souches principales, les familles Chastellux ou Vauban.
Aujourd’hui, le château abrite la branche française de la Société des Cincinnati qui compte environ 200 membres. C’est ainsi qu’au centre du salon jaune se trouve la réplique d’un vaisseau de la marine royale de Louis XVI pour commémorer le lien historique qui relie cette famille à l’histoire des États-Unis. Cette maquette est en fait la réplique exacte du vaisseau de 74 canons sur lequel s’embarqua en 1780 Charles-Ignace de Sigalas, leur ancêtre.
Parmi les premiers membres fondateurs de la branche française, il faut noter la présence des plus célèbres comme Rochambeau, Lafayette, Kalb et du Portail ainsi que tous les officiers généraux et capitaines de vaisseau de la marine française, des généraux et colonels de l’armée expéditionnaire française ayant participé à la guerre d’indépendance des États-Unis. Trois mois après sa création soit en avril 1784, le comte d’Estaing fait parvenir au Général Washington un « aigle enrichi de diamants » représentant l’insigne des Cincinnati. Devant la beauté du bijou, Washington déclara qu’il n’en porterait plus d’autre et depuis sa mort, seuls les Présidents Généraux de la société ont le droit de l’arborer.
Pour conclure, disons que de nombreux contacts et manifestations privées ou officielles ont lieu tous les ans entre les Cincinnati français et américains, sur les deux continents, rappelant ainsi les liens d’amitié entre les deux pays.
La ville de Cincinnati, Ohio en l’honneur des soldats de la révolution
À l’origine de sa création en 1788, ce hameau portait le nom de Losantiville. En 1790, Arthur Saint Clair, gouverneur des Territoires du Nord-Ouest, en change le nom en l’honneur de la Société des Cincinnati dont il est membre. Il veut ainsi rendre également hommage à tous ces hommes qui ont servi dans les armées américaines ou françaises pendant la guerre d’indépendance et qui ne peuvent être membres de la dite société, car seuls les officiers supérieurs y sont admis. Quand le village reçoit sa charte en 1802, son premier maire sera un allemand d’origine ayant combattu avec les insurgés lors de la révolution. De nos jours encore, Cincinnati et l’Ohio en général sont connus aux États-Unis comme étant la ville et l’état ayant un des plus grand nombre de descendants des soldats ayant combattu lors de la guerre d’indépendance et qui par la suite se sont installé dans cette région.
La « Washington Rochambeau Revolutionary Route » (W3R)
On pourrait aussi l’appeler la « Cincinnati Route », car elle retrace l’extraordinaire périple des armées franco américaines et de ses hommes en cette fin de la guerre d’indépendance. Le concept a été conçu par les parcs régionaux sous la pression des passionnés d’histoire dans le cadre des commémorations marquant le 225e anniversaire de la route suivie par les troupes franco américaines lors de la phase finale de la guerre d’indépendance. À partir de 2001, des manifestations se sont déroulées et se sont terminées à Yorktown en 2006 pour souligner la victoire finale qui allait donner naissance aux États-Unis. Il est prévu que cette route commémorative soit désignée par le congrès « Route historique nationale ». Parties de Newport dans le Rhodes Island, les troupes alliées surnommées par les français « Expédition particulière » ont traversé le Massachusetts, l’état de New York, le Connecticut, le Delaware, Le New Jersey, le Maryland, la Pennsylvanie, pour arriver à Yorktown en Virginie. Au total environ 1000 kms parcourus dans 9 états à raison de 20 à 25 km par jour, sans compter les engagements militaires et les batailles qui devaient être livrées. Il est impossible de donner dans cet article tous les lieux historiques à visiter, certains états en comptent des dizaines. Citons pour mémoire en premier lieu Newport dans le Rhodes Island, Bolton, Windham, East Hartford, Newton dans le Connecticut, Pompton, Princeton, Trenton dans le New jersey, Greenburgh /White Plaine et Sarasota dans l’état de New York, Philadelphie/ Brandywine, Valley Forge, Chester, Wilmington en Pennsylvanie, Baltimore, Havre de Grace, Annapolis, Elkton dans le Maryland, puis finalement Mont Vernon, Georgetown, Williamsburg et Yorktown en Virginie.
Tous ces lieux ont un lien direct avec les engagements militaires qui ont eu lieu lors de la guerre d’indépendance américaine. En dehors des grandes villes comme Newport, Boston, Philadelphie ou New York où il est toujours possible de visiter des sites de la guerre d’indépendance, il est aussi recommandé de faire un petit crochet dans des sites historiques comme : White Plaine près de Greenburgh, dans l’état de New York où était basé dès 1776 le régiment du Général Moses Hazen regroupant des volontaires, généralement des Canadiens français favorables à la cause des « insurgés » américains. Parmi ses officiers, on comptait le fameux Major Clément Gosselin, ancêtre de René Lévesque, qui s’illustra tout au long de la révolution et tout particulièrement à Yorktown où il fut d’ailleurs blessé. Valley Forge en Pennsylvanie, non loin de Philadelphie qui fut le camp d’hiver des troupes américaines en 1777-78 Havre de Grace sur les bords de la Chesapeack Bay dans le Maryland qui fut le lieu de la première rencontre de Rochambeau, Washington et Lafayette. Nom qui aurait été donné par le Marquis, car le site lui rappelait celui du port du Havre en France qui à l’époque s’appelait ainsi. Mont Vernon en Virginie tout près de Washington. Domaine personnel de George Washington. Pour l’anecdote, notons que Catherine Daingerfield-Willis, arrière petite nièce de Washington épouse du Prince Murat, neveu de Napoléon Ier (qui avait choisi de devenir américain) consacra, une fois veuve, une partie de son temps à la restauration du domaine et utilisa pour la financer une grande partie de la pension qu’elle recevait de Napoléon III en tant que Princesse Murat! Yorktown près de Williamsburg et de Virginia Beach est sans aucun doute le site historique à ne pas manquer.
Vous y trouverez tous les éléments expliquant la guerre d’indépendance et la naissance des États-Unis d’Amérique.
SOURCES : Vous pouvez également consulter ces sites sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : www.multied.com/revolt/battles - www.ushistory.org - www.chateau-bazoches.com - www.hereditary.us/cin_anderson