Les hauts et les bas de la vie d’artiste
Publication date: 30 sept. 07 09:00:00
Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ma première apparition à Jeunesse d’Aujourd’hui. J’étais tellement nerveux que je ne me souviens pas du tout comment j’y suis arrivé et comment je suis retourné à la maison. J’étais sur une autre planète et terrifié d’y être, je ne suis même pas certain de la chanson que j’avais fait semblant de chanter car c’était toujours le disque qui tournait et que les gens entendaient à la maison.
À Paris, quand j’ai enregistré mon premier 33 tours avec Eddy Marnay, je me suis retrouvé devant un grand orchestre de 40 musiciens sous la direction du chef d’orchestre de Charles Aznavour. Quand je suis entré dans le studio, ils se sont levés et m’ont salué. Je voulais tomber sans connaissance. Moi qui partais de Verdun pour me retrouver dans la Ville Lumière, inconnu et sans expérience en studio. Sans le savoir, on venait de me jeter dans la Fosse aux Lions. Je n’ai pas su en profiter mais, ça, c’est mon problème. Le grand Charles Aznavour voulait m’ouvrir toutes les portes du showbizz Français et j’ai poliment dit non, merci. Mon entourage n’en revenait pas. J’avais hâte de retrouver mes chattes et mon petit monde de Verdun. Né pour un petit pain, il faut croire… Mais ça m’a donné la chance de côtoyer des gens comme Frida Boccara, Dalida, Michel Delpech, Charles Aznavour, Georges Moustaki, Danielle Licari, Hervé Vilard, Jean-François Michael et Hubert Giraud entre autres.
Frida Boccara qui était devenue une amie et derrière elle, son mentor, Eddy Marnay.
Revenu au Québec, mon disque fut acclamé par la critique mais mon répertoire était tellement hors de l’ordinaire que je me souviens avoir reçu un « running shoe » en pleine poitrine pendant que chantais à l’émission de Donald Lautrec. La chanson était la version Française de « Your Song » d’Elton John et Eddy Marnay. De plus, je ressemblais au p’tit Jésus. Rien pour aider…Les jeunes du public n’appréciaient pas mais j’ai survécu à ce lancer du soulier!
La Baie James…
Quand je suis allé chanter à La Baie James, sur le chantier R-7 de la Rivière Rupert pour l’Hydro-Québec en 1971, avant d’écrire la chanson « La Baie James » qui m’ouvrit toutes les portes, les gens ne savaient pas que l’Hydro venait tout juste de me couper l’électricité à la maison. J’ai souri largement quand j’ai encaissé le chèque qu’ils m’ont remis à la fin de mon engagement. Pour moi, c’était une véritable fortune et une vengeance en même temps.
Renée Martel
En 1968, j’avais deux gérants, André Di Cesare (qui l’est toujours) et…Renée Martel pour qui j’étais aussi le secrétaire! J’allais passer des auditions à la Boîte à Chansons « Le Patriote » sur la rue Ste-Catherine à Montréal les dimanches après-midi et vous auriez dû voir la tête des gens qui y assistaient en voyant entrer la blonde Renée qui venait de recevoir le titre de « Révélation de l’Année » dans le domaine Pop et qui était totalement reniée par les « Chansonniers ». J’avais aussi la fâcheuse (à l’époque) manie de toujours inclure une chanson en anglais. Pour eux, c’était un véritable sacrilège! Yves Blais et Percival Broomfield, les grands patrons du Patriote, rageaient chaque fois mais nous sommes devenus des amis quand même. Pourtant, il a fallu « La Baie James » pour que je puisse passer en spectacle à la Boîte. Je travaillais habituellement avec Tex Lecor et Diane Dufresne ou seul.
En 1970, avec l'inévitable Tour Eiffel. Un vrai touriste!
Voilà quelques souvenirs qui me reviennent en ce mois de septembre où l’été s’achève et que les feuilles ont changé de couleurs. Ce n’est pas de la grosse nostalgie car je me surprends à avoir un petit sourire en coin en les écrivant.
En studio à Paris en compagnie du chef d'orchestre Tony Rallo et du parolier, Eddy Marnay. Le p'tit Jésus et ses disciples...