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PIERRE DU GUA, SIEUR DE MONTS, À L’ORIGINE DE L’ACADIE ET DE LA NOUVELLE FRANCE

Publication date: 25 oct. 07 09:00:00

Il y a des personnes qui, dans l’histoire des hommes, jouent des rôles clé, mais qui malheureusement, de par leur modestie ou de par l’action d’autres personnes, sont complètement éclipsées. C’est le cas de Pierre Du Gua, Sieur de Monts.

Par Gérard CHARPENTIER Ph. D
Sociologue et auteur

Un proche du Roi de France Henri IV

On sait peu de choses quant aux jeunes années de Pierre Du Gua, Sieur de Monts. Même sa date de naissance varie selon les historiens et se situe entre 1558 et 1560. Il est né dans la région de la Saintonge dans le Sud-Est de la France. Il apparaît véritablement sur la scène politique française au mo¬ment de la guerre des religions. Il défend la cause du futur Roi Henri IV, car il est lui-même huguenot (protes¬tant). Son action en sa faveur lui vaudra d’avoir ses entrées à la cour et lui permettra d’obtenir des droits très intéressants sur le plan commercial, car c’est avant tout un homme d’affaires.

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Explorateur, négociant et colonisateur

Il obtient ainsi le droit exclusif de faire la traite des fourrures avec les natifs d’Amérique du Nord dans les régions « découvertes » au nom du Roi de France par Jacques Cartier. À l’époque, la bourgeoisie et les mem¬bres de la noblesse faisaient la dé¬monstration de leur opulence en arbo¬rant des habits en fourrure et des cha¬peaux haut de forme en poils de castor qui étaient fort prisés. Pour des gens d’affaires comme Pierre Du Gua, c’était donc un secteur d’activités où ils croyaient pouvoir faire de l’argent.

Les historiens sont relativement d’accord sur le fait qu’il aurait fait un premier voyage en 1600 en compa¬gnie de Pierre Chauvin de Tonnetuit et qu’il se serait rendu dans la région de Tadoussac. Ce qui est certain c’est qu’en 1603, le Roi lui accorde le gouvernement de l’Acadie, l’exclusivité de l’exploita¬tion commerciale de la fourrure et un droit de colonisation, ce qui est énorme. Dès 1604, le Sieur de Monts fonde donc une compagnie avec un certain nombre de marchants de Rouen, Saint-Malo et La Rochelle afin d’organiser, la même année, sa première expédition vers le Nouveau Monde. La création de cette compagnie possédant un tel monopole suscite bien des controverses et des jalousies et rapidement cela attire des ennuis à son fondateur.
L’île Sainte-Croix, premier établissement français du Canada et de l’Acadie
Comme la grande majorité des premiers Français venant en Amérique du Nord, Pierre Du Gua, Sieur de Monts n’a pas l’ambition de conquérir militairement des territoires. C’est un pacifiste et son but est avant tout commercial. En contre partie de la con¬cession exclusive qui lui a été accordée et qui enrage ses concurrents, il s’est engagé à fonder et à maintenir des établisse¬ments permanents dans cette région du monde. Pour cette première expédition, le Sieur de Monts embarque entre 75 et 120 personnes (les chiffres varient), dont Jean de Biencourt, Sieur de Poutrincourt, un frère d’armes et Samuel de Champlain, un compatriote de la Saintonge, qui a le titre officiel de « géographe du Roy ». Deux illustres personnages de la future Nouvelle-France. Partie du Havre le 7 avril 1604, l’expédition touche les rivages du Nouveau Monde à « l’île de sable » située au large des côtes de l’actuelle Nouvelle-Écosse.

Elle est bien connue des marins et elle est tristement célèbre, car depuis 1583, plus de 350 navires s’y sont échoués. L’expédition dirigée par Pierre Dugua, Sieur de Mont contourne alors les terres en se dirigeant vers le Sud pour s’engager ensuite dans ce qui deviendra la Baie des Français (Bay of fundy) et le berceau de l’Acadie. Ces lieux sont habités depuis fort longtemps par des tribus plus ou moins sédentaires et Samuel de Champlain choisi d’installer son premier campement permanent à l’in¬térieur des terres sur une petite île à l’embouchure d’une rivière donnant dans la baie de Passamaquoddy et à laquelle on donne le nom d’île Sainte-Croix, car placée à la croisé de plusieurs petites ri¬vières.

Aujourd'hui, la rivière Sainte-Croix est la frontière naturelle entre le Canada (Nouveau-Brunswick) et les États-Unis (Maine).

L'île Sainte-Croix, qui se trouve main¬tenant dans le Maine, a été reconnue en 1984 par les autorités américaines comme site historique et « Premier établissement permanent d’Européens en Amérique ». En 1604, un terrible hiver décime la moitié de la colonie obligeant les survivants à s’installer de l’autre côté de la Baie fondant ainsi Port-Royal, main¬tenant Annapolis en Nouvelle-Écosse. Le cartographe Samuel de Champlain explore les côtes maritimes de la Baie des Français, de l’actuel Maine et du Massachusetts en passant par l’île du Mont désert, le Cap Code jusqu’à Martha’s Vineyard Island. Il donne à tous ces lieux des noms qui sont bien souvent encore en vigueur et qui appartiennent à l’histoire de l’Acadie. À son retour en France, en 1607, Samuel de Champlain apprend que Pierre du Gua, Sieur de Monts, n’a plus l’exclusivité du commerce des fourrures.

Ses ennemis de la première heure ont finalement eu raison de lui et surtout du monopole qui lui avait été accordé. Les rescapés de l’ile Sainte-Croix qui se sont installés à Port-Royal et développé une petite colonie doivent alors abandonner les lieux.

Notons au passage qu'il faudra attendre après les années 1632, pour que de nouveaux colons viennent s’installer de façon permanente dans cette région, devenant ainsi les ancêtres des premiers Acadiens.

L’Ordre de Bon Temps

Pour remonter le moral des colons qui trouvaient les premiers hivers en Nouvelle France longs et pénibles, Samuel de Champlain leur a proposé, au plus fort de l’hiver 1606-1607, de créer pour ainsi dire un club social et gastronomique qu’il a appelé « l’Ordre de Bon Temps ». C’était le 4 ou le 14 novembre 1606, en l’habitation de Port-Royal. Chaque soir, à tour de rôle, un des membres devait organiser et préparer un banquet. Le repas était généralement bien arrosé et tout le monde chantait oubliant ainsi la rudesse du climat. Il est même rapporté  qu’à l’un de ces banquets, on a joué « Le théâtre de Neptune » de Marc Lescarbot considérée comme la première pièce de théâtre à avoir été écrite et présentée en Amérique du Nord.

Lors de ces banquets, les Micmacs étaient invités et c’est eux qui fournissaient la plus grande partie des aliments frais tels que gibier et poisson, abondants dans cette région. À la fin du repas, la tradition voulait que l’on serve de « l’hypocras », une des boissons favorites de l’époque faite à partir de vin rouge servi chaud et dans lequel du sucre et des épices étaient rajoutés.

À noter que de nos jours, il existe toujours en Acadie et au Québec des associations  se réclamant de l’Ordre de Bon Temps perpétuant ainsi cette tradition vieille de plus de quatre siècles. 

Les débuts de la Nouvelle-France

En fait, Pierre Du Gua, Sieur de Monts ne reviendra plus jamais en Nouvelle France, il laisse à Samuel de Champlain la charge de prendre soin du développement de la colonie et des activités commerciales. En effet, même s’il a perdu son monopole, Pierre Du Gua n’abandonne pas pour autant ses objectifs commerciaux. En association avec Samuel de Champlain, qu’il supporte financièrement, il lui demande d’explorer la région du Saint-Laurent qui n’est pas inconnue des Français depuis les voyages de Jacques Cartier et Jean François de La Rocque de Roberval. Les communications y semblent plus faciles et les conditions climatiques plus favorables.

C’est ainsi, qu’en 1608, un comptoir commercial est fondé à Québec, donnant naissance à ce qui sera rapidement connu sous le nom de «l’Habitation » de Québec. Ce sera le véritable début de la Nouvelle-France. Ainsi, par le biais de cette nou¬velle colonie, Pierre Du Gua, Sieur de Monts conserve ses intérêts commerciaux dans le Nouveau Monde, mais les développe sans grandes ambitions jusque vers 1617, car ses activités en France ne lui en laissent pas beaucoup le temps, ayant été nommé Gouverneur de la ville de Pons (Charentes Maritimes) non loin de son lieu de naissance la Saintonge. 

On peut même dire qu’à la suite de l’assassinat du Roi Henri IV en 1610, son influence décline très rapidement. Il se retire alors dans son Château des Ardennes près de la ville de Pons où il décède en 1628 et où très probablement il est enterré.

Origine du nom  « Acadie »

En l’an 1524, c’est-à-dire 10 ans avant le premier voyage de Jacques Cartier en 1534, François 1er, Roi de France, soucieux de profiter avec les Espagnols et les Portugais des avantages que pouvait offrir le Nouveau Monde, charge le navigateur Florentin Giovanni da Verrazano d’explorer pour le compte de la France la région allant de la Floride au Cap Breton actuel. Verrazano part à l’aventure à la tête de quatre vaisseaux ayant des équipages composés de marins normands et bretons.

La traversée le mène tout d’abord dans les îles des Antilles puis il longe les côtes de la Floride pour arriver à la hauteur de la péninsule du «Delmarva » au large du Delaware et de la Virginie actuelle (à noter que certains historiens pensent qu’il est arrivé directement à la hauteur du Delaware). Il trouve la région si belle et ses habitants si hospitaliers qu’il la nomme « Arcadie » en faisant référence aux poètes de la Grèce An¬tique. Par la suite, le « r » disparut pour donner « Acadie ». D’autres explications, généralement moins retenues, sont parfois également entendue : le mot Acadie, proviendrait du Micmac « Algatig » qui signifie « lieu de campement », ou encore du Malécite, « Qoddy », qui veut dire « endroit fertile ».

En même temps qu’il fait référence à l’Arcadie, Giovanni da Verrazano donne le nom de « La Fransescane » à l’ensemble des terres qui s’étendent plus à l’intérieur. Cette  appellation est vite traduite en français et devient « Nouvelle-France ». À noter que les historiens de l’époque ont parfois confondu la péninsule du Delmarva décrite par Verrazano avec celle de la Nouvelle-Écosse,  les deux péninsules ayant beaucoup de similitudes géographiques.

SOURCES : Vous pouvez également consulter ces sites sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : www.comitedugua-royan.com - www.acadie.net - www.rootsweb.com