LE FAIT FRANÇAIS EN AMÉRIQUE
Publication date: 29 nov. 07 09:00:00
AU 16e SIÈCLE, DES PIRATES FRANÇAIS SUR LES CÔTES DE LA FLORIDE
Quand on parle de « piraterie » sur les mers du monde, il faut remonter aux 16e et 17e siècles. Pour les Caraïbes, tout commence dans les années 1560, avec une période très active entre 1640 et 1680 pour se terminer en principe vers 1720.
Par Gérard CHARPENTIER Ph. D
Sociologue et auteur
Il faut cependant dire que, pendant encore environ un siècle, des aventuriers à la fois hommes d’affaires, corsaires ou pirates, parfois engagés dans des fonctions politiques officielles, vont continuer à sévir dans les Caraïbes comme ce fut le cas pour Jean Lafitte et Louis Michel Aury.
On peut dire que la piraterie dans les mers des Caraïbes est une des conséquences directes de la présence des grandes nations européennes de l’époque dans la région. Deux éléments en sont à l’origine. Tout d’abord, l'exploitation par les Espagnols des mines d’argent et d’or de l’Amérique du Sud et l’expédition vers l’Europe d’importantes quantités de lingots d’argent ou d’or à partir des ports côtiers des Caraïbes.
Par la suite, les Espagnols ont eu besoin d’une main d’œuvre pour exploiter ces mines et sont devenus de plus en plus dépendants des esclaves africains. C'est alors que s’organise un commerce triangulaire. Les Européens allant chercher en Afrique des esclaves pour les échanger contre des minéraux précieux ou des produits de la canne sucre ou autres que l’on trouve dans les Caraïbes.
Dans le commerce du « bois d'ébène », l’Angleterre arrive largement en tête des nations négrières avec 41,3 % des échanges, puis viennent les Portugais (29,3%), la France (19.2 %), les Pays-Bas (5,7%), les pays d’Amériques (3,2%) et le Danemark (1,2%). Quant à l’Espagne, bien qu’elle soit une très grande consommatrice d’esclaves, elle ne prit pas part à la traite, conformément aux accords dits de l'Asiento établis par les Anglais.
PIRATES OU FLIBUSTIERS, CORSAIRES ET BOUCANIERS
II règne bien souvent une certaine confusion dans les termes à employer en ce qui concerne la piraterie en générale. Il est néanmoins possible de considérer trois catégories d’individus.
- Les pirates proprement dits ou flibustiers dont le mot vient du néerlandais vrijbuiters « libre faiseur de butin » devenu flibustier en français et freebooter en anglais. Ces pirates vont sévir dans la mer des Caraïbes de la fin du XVIe siècle jusqu'au début du XVIIe siècle.
- Les corsaires, dont le mot vient de l’espagnol, sont en fait des pirates mandatés par le gouvernement d’un pays qui leur octroie une « lettre de marque » (ou commission de guerre) les autorisant à capturer des navires « ennemis ». Ces pays étaient principalement l’Angleterre, l’Espagne et la France. Les corsaires conservent la majeure partie du butin, le reste devant être remis à ces gouvernements. La possibilité de tels gains attire de riches hommes d’affaires ainsi que des nobles qui sont prêts à financer des vaisseaux et des équipages privés. L’utilisation des corsaires au XVIe et XVIIe siècles est particulièrement populaire dans les Caraïbes, car cela évite à ces gouvernements d’entretenir une flotte militaire pour défendre leurs colonies. De plus, la vente de ces marchandises dans les colonies des Caraïbes, de même qu’en Floride est d’un bon raport économique.
- Les boucaniers sont quant à eux spécifiques aux Caraïbes. On les retrouve dans cette région à partir des années 1630 et vont être présents pendant environ un siècle. Ce sont les petits aventuriers capables de se débrouiller efficacement tant sur mer que sur la terre ferme. Ils s’adonnent à la chasse des bœufs sauvages pour en revendre la viande aux bateaux de passage ou aux colonies isolées. La viande est séchée et fumée suivant la méthode indigène sur une sorte de grill en bois (le boucan) d’où les termes de boucaner et boucanier. Ce ne sont pas des pirates, bien que dans maintes occasions, on les retrouve lors des expéditions condamnées par less autorités coloniales.
Leur principale base se trouve sur l’île d’Hispaniola (aujourd’hui Haïti et République Dominicaine). Ils s’en font chasser en 1663 par les Espagnols pour ensuite trouver refuge sur l'île de Tortue (possession française, maintenant Haïti), située au Nord-Est d’Hispaniola.
DES PIRATES LÉGENDAIRES
Les Espagnols, les Français et les Anglais sont certainement ceux qui comptent le plus de pirates légendaires dans la mer des Caraïbes. Parmi les français, les plus célèbres il faut citer : Guillaume Le Testu, Jean David Nau, dit l’Ollonais et le capitaine Jean-Thomas Dulaien.
GUILLAUME LE TESTU (vers 1509 -1572) Il est né au Havre en France et on le retrouve dans les Caraïbes de 1551 jusqu’à sa mort en 1572. Il reçoit une formation maritime et participe comme pilote et cartographe à des expéditions au Brésil tout d’abord en 1551 puis en 1555-56 dessinant plus d’une cinquantaine de cartes lors de ses voyages. À cette époque, les tensions religieuses sont fortes en France, Le Testu ayant fait le choix des Huguenots (protestants), il participe en 1567-68, à la tentative d’implanter une colonie de Huguenots français au Brésil. Mais les catholiques portugais et espagnols les en empêchent. Il est fait prisonnier et jeté en prison pendant quatre ans. Par la suite, on le retrouve comme capitaine d’un vaisseau avec un équipage de 70 hommes et un équipement qui en fait un véritable navire de guerre. À cette époque, il semblerait qu’il naviguait pour son compte. En 1572 alors qu’il se trouve dans la région de Panama, il rencontre Sir Francis Drake, un corsaire anglais avec qui il s’associe pour attaquer les Espagnols près de la petite ville de Nombre de Dios où ils acheminent un convoi de mules transportant un important trésor. L’attaque est un succès, mais Le Testu est blessé et décide de rester en arrière avec deux de ses hommes pour reprendre ses forces. Mal lui en prit, car les soldats espagnols le découvrent, le tuent, le décapitent et exposent sa tête sur la place du marché de Nombre de Dios.
JEAN DAVID NAU, DIT L’OLLONAIS (vers 1635 - 1668) Connu sous le nom de François l’Ollonais, il avait la réputation d’être un pirate sanguinaire et cruel. Les écrivains et historiens anglais et américains l’on souvent associé aux boucaniers, alors qu’il n’en était pas un, tout simplement parce qu’il était basé à l’île de la Tortue qui, à l’époque, abritait de nombreux pirates de toutes origines qui s'attaquaient principale-ment aux galions espagnols. Né en France, il est envoyé dans une plantation de canne à sucre de la Martinique alors qu’il n’est encore qu’un enfant. À la fin de son contrat, il se rend à Hispaniola et à l’île de la Tortue où il est remarqué par le gouverneur français Monsieur de la Place qui lui confie le commandement d’un petit bateau. C’était au début de la piraterie dans les Caraïbes et cela lui permit de tenter sa chance comme pirate de 1660 jusqu'à sa mort.
LE CAS DE JEAN LAFITTE ET LOUIS-MICHEL AURY
Officiellement, les puissances européennes décident d’un commun accord de mettre fin à la « piraterie » dans les Caraïbes dans les années 1720. Il faudra néanmoins environ un siècle pour abolir définitivement cette pratique devenue illégale. Il reste cependant vrai que de nombreux aventuriers de toutes origines sont encore actifs et profitent du peu de police pour ne pas respecter la loi. Ils sont à la fois hommes d’affaires pour le compte de certains pays et sont parfois engagés dans des fonctions politiques officielles ou comme corsaires par les colonies espagnoles et anglaises du Nouveau Monde, comme ce fut le cas pour les français Jean Lafitte et Louis-Michel Aury. Pour ces hommes, tout est bon pour autant que cela apporte argent et pouvoir. Dans les deux cas, il ne faut cependant pas les confondre avec les pirates cités précédemment de qui est bien souvent le cas.
JEAN LAFITTE est très certainement né dans les années 1780 dans le Sud-Ouest de la France, peut être à Bayonne dans ce que l’on appelle le « pays basque français » qui est en fait, la région frontalière avec l’Espagne sur la côte Ouest de ces deux pays en bordure de l’océan Atlantique. On ne sait pas grand-chose de sa jeunesse en France, on pense en fait que ses parents, père français et mère Basque espagnole, avaient élu domicile dans la colonie française de Saint Domingue (Hispaniola ou encore Haïti) et qu’ils en seraient partis au moment de son indépendance en 1803. Jean Lafitte est surtout connu pour sa vie à la Nouvelle-Orléans où il arrive en 1804 et où il mène grand train de vie. Encore aujourd’hui en 2007, son nom est dans la mémoire collective et certains affirment même que son fantôme hante les maisons où il a vécu il y a environ deux siècles!
LOUIS-MICHEL AURY quant à lui est né à paris en 1788. Il sert dans la marine française avant de se lancer dans une vie aventureuse qui devait le conduire loin de sa France natale et tout droit vers le Nouveau Monde et la mer des Caraïbes. À l’époque, on le retrouve en Caroline du Nord qui est un centre d’affaires assez dynamique et qui attire bon nombre de jeunes immigrants pressés de faire fortune. Il a alors 25 ans et pendant quelques années, ses aventures plus ou moins légales, comme par exemple le trafic d’esclaves ou du commerce illégal vont lui permettre d’accumuler assez d’argent pour acheter son propre bateau et se lancer à son compte.
SOURCES : vous pouvez également consulter les sites suivants qui ont permis de documenter cet article : www.geocities.com – www.wikipedia.com/piraterie