L’économie américaine : PAS AU BORD DE LA CATASTROPHE
Publication date: 10 janv. 08 09:00:00
Situation-économique: ces deux mots semblent prendre de plus en plus de place dans le quotidien des consommateurs, particulièrement en Amérique du Nord. Davantage depuis que le huard a fait un bond inattendu pour rattraper le dollar américain, amplifié surtout par la crise hypothécaire venue échancrer le marché immobilier.
Par Michel Lemieux
Le phénomène semble plus dramatique ici en Floride. Comme le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres, disons que cette fois la balance penche du côté des visiteurs, les Canadiens et les Québécois surtout, qui depuis novembre, et jusqu’en avril entreront par milliers ici. Il se pourrait qu’en dépensant davantage leurs dollars à la hausse, ils viennent calmer, un peu, pas mal, les craintes de leurs hôtes américains.
Analyse d’un maître
Pour mieux comprendre le phénomène de cette économie perturbée, il faut prendre connaissance d’une analyse vraiment exhaustive faite par une sommité mondiale de la finance, Christian Sautter sur le site Betapolitique.. Ce bijou d’un expert devrait calmer, dans une certaine mesure, les inquiétudes qui ne cessent de tourmenter les Floridiens.
« Les centaines de milliards de dollars de la finance mondiale nous passent bien loin par-dessus la tête généralement, aux prises que nous sommes avec nos
petits problèmes de centaines et de quelques milliers de dollars. Mais parfois les deux univers se rencontrent, comme récemment en Floride », dit-il.
Sautter qualifie de mini-séisme financier ce qui vient de se produire ici alors que les municipalités, les districts scolaires ont retiré un tiers de leurs dépôts de fonds publics supervisés par l’administration de l’État.
L’État gérait 42 milliards et un fond de pension pour les fonctionnaires de la Floride de 137 milliards. Le 14 novembre, les courtiers ont fait savoir au gouverneur que 2,4 milliards avaient été perdus dans des placements hasardeux bien que largement recommandés par les banques américaines. Ces placements avaient tellement bien rapporté dans les années précédentes qu’on avait oublié qu’ils pourraient devenir à risque.
Individuellement, les investisseurs ont retiré jusqu’à huit milliards de dollars dans un mouvement de grande inquiétude pour ne pas dire de panique.
La méfiance
Dans son analyse, Christian Sautter constate que les artères financières de l’économie américaine se contractent à un rythme record ce qui fait que la crise de confiance ne se limite pas seulement à la Floride mais au pays entier, au point que les banques craignent de se faire crédit entre elles.
La réduction de neuf pour cent des crédits commerciaux en août et septembre est tellement brutale qu’elle provoque une contraction de l’activité financière et une récession de l’économie américaine. Le spécialiste croit que les entreprises qui ont un meilleur accès au crédit s’en sortiront mais que les PME en souffriront, ce qui entraînera une hausse du chômage.
Alors Sautter soutient que puisque l’économie européenne vit au diapason de la superpuissance transatlantique la dépression made in USA gagnera inévitablement nos côtes, en parlant de l’Europe.
Pas de catastrophe
La crise déclenchée par la débâcle du crédit hypothécaire américain provoque des paniques locales particulièrement en Floride mais pas nécessairement à l’échelle nationale.
La Banque fédérale injecte de l’argent pour que le crédit bancaire ne s’immobilise pas, ce qui fait que l’on se retrouve dans une récession ordinaire mais non dramatique entraînant toutefois de nombreuses restructurations. Alors on assiste en ce moment à une purge périodique de la plus grande économie capitaliste provoquée par des excès astronomiques.
L’important, insiste le spécialiste, est qu’elle ne se transforme pas en crise systémique qui s’accélère jusqu’à échapper à tout contrôle. « On refroidit un moteur à explosion qui a trop chauffé. Nous ne sommes pas en présence d’une centrale nucléaire dont le cœur fond dans un accident de type Three Mile Island », conclut-il
On peut donc conclure, si l’on se fie à Christian Sauttter, que l’économie américaine, particulièrement celle de la Floride, traverse une zone de très forte turbulence mais cette économie n’est pas pour autant au bord de la catastrophe.