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LES CIGARES « CUBAINS » DE LA FLORIDE

Publication date: 27 déc. 07 09:00:00

Il y a plus de 515 ans, tout précisément en 1492, Cristoforo Colombo et ses compagnons alors qu’ils découvrent ce qui va devenir l’Amérique, observent avec étonnement les peuplades de l’île de Cu-ba et de certaines autres îles des Caraïbes qui fument des « tisons ardents ».

Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.
Sociologue et auteur

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Sortes de bâtons constitués avec des feuilles qu’ils appellent « tabac ». Cette plante est connue depuis fort longtemps par les peuples du continent américain et des îles de la Caraïbe. On retrouve les premières traces de sa culture chez les indiens Maya du Yucatan au Mexique à qui on doit également le mot «sikar». Rapporté en Europe, à la cour d’Espagne où règne Catherine de Médicis, ce produit exotique est d’abord considéré comme une plante médicinale et décorative, car elle a de très belles feuilles. Très vite, le tabac est consommé pour le plaisir à la façon des indiens d’Amérique.

En 1560, Jean Nicot, dont le nom est immortalisé avec le mot «nico-tine», est alors ambassadeur de France au Portugal et il devient vite celui qui popularise cette nouvelle mode en dehors de la péninsule Ibérique. L’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre suivent la France dans cette aventure sociale qui prendra des formes spécifiques, car le tabac est consommé de différentes façons suivant les époques. On le « prise » sous forme de poudre en l’inspirant par les narines, on le « chique » et le « mâche » dans la bouche sous forme de pâte, ou encore on le « fume » soit dans des pipes, les marins de Rouen et Dieppe en France, étant les premiers à le faire avec du tabac venant du Brésil. Ou alors, on le fume sous forme de gros cigares ou de petits cigares qu’on appelle cigarettes et dont la consommation atteindra son apogée quatre siècles plus tard dans les années 1970.

En 2008, la consommation excessive du tabac fait qu’il est mis au banc des accusés. Les cigarettes sont les plus visées. On les rend responsables de nombreuses maladies dont certains types de cancers. Il faut dire que c’est devenu un produit qui n’a plus rien à voir avec ce qu’il était à l’origine. Depuis 1830, la cape, c’est-à-dire l’enveloppe externe de la cigarette n’est plus un élément naturel comme c’est encore le cas pour le cigare, mais du papier et l’on parle de manipulation chimique pour le tabac dont elle est constituée. Pour beaucoup, « fumer, cela tue ».

Les premiers cigares « Cubains » de la Floride viennent de Key West

Key West, île du bout du monde habitée par le souvenir d’Hemingway, de tous ces poètes, écrivains et artistes qui sont venus y trouver l’inspiration. Ville aux milliers de poules et de coqs laissés en liberté dans les rues. Ville étrange aux merveilleuses demeures sortant tout droit d’un autre siècle et qui at-tire chaque année des milliers de visiteurs. Key West, l’île aux multiples charmes qui vous enivre avec ses parfums du Sud a toujours été sous l’influence de Cu-ba, située tout juste à 150 km (90 miles) de ses côtes. Son nom vient probablement d’une mauvaise traduction de « Cayo Huevos » (crique ou île aux os) ainsi nommée par les premiers visiteurs espagnols qui trouvèrent à cet endroit des ossements humains provenant très certainement de peuplades indiennes.

De cette influence cubaine, Key West a hérité d’un savoir faire ancestral. La fabrication de cigares roulés à la main. Dès les années 1620, les Espagnols de Séville sont passés maîtres dans l’élaboration de ces «tisons ardents» que Cristoforo Colombo avait vus pour la première fois en 1492 à Cuba. Ce sont eux qui leur ont donné la forme que nous connaissons en ce début du 21e siècle. Par la suite, plusieurs manufactures voient le jour en France, en Allemagne, en Hollande puis un peu partout dans le monde, aux États-Unis, au Mexique, au Honduras et en République Dominicaine. Aujourd’hui encore, Cuba reste le producteur des meilleurs cigares au monde et exporte chaque année 50 à 80 millions de cigares de 22 marques différentes.

De génération en génération, les habitants de cette petite île qu’est Key West ont perpétué cette tradition et il y a toujours des boutiques et fabricants sur la Duval Street qui vous proposent ces fameux cigares roulés à la main. Pendant de nombreuses années, Key West a été la capitale mondiale du cigare dépassant de loin La Havane et devenant per-capita une des villes les plus riches des États-Unis.
Le boum industriel se situe à partir des années 1830. Des noms aussi célèbres que W.H. Wall, Estevan & William, le Comte Philippe Odet associé à Shubael Brown, les frères Arnau, etc. participent à son développement et à son rayonnement et s’impliquent dans la fabrication des cigares fait main. En 1868, les troubles politiques que connaît Cuba entraînent dans l’exil un bon nombre de Cubains d’origine espagnole.

Parmi eux se trouvent Vincente Martinez Ybor, Seidenburg et bien d’autres qui vont eux aussi bâtir l’histoire de la ville de Key west. Pour tous ces nouveaux arrivants, les affaires connaissent des hauts et des bas. En 1886, un incendie ravage la ville et détruit les installations d’Ybor ainsi que celles de plusieurs concurrents. La ville de Tampa, plus au Nord sur la côte Ouest de la Floride, en profite alors pour proposer aux manufacturiers de venir s’installer dans leur ville.

Beaucoup acceptent l’offre tant les conditions sont intéressantes, mais nombreux sont ceux qui reviennent à Key West à la fin de leur contrat. Cependant, d’autres comme Vincente Martinez Ybor et le Comte Philippe Odet préfèrent y rester tout en continuant certaines activités à Key West. C’est ainsi que la compétition entre les deux villes prend naissance. Avec une production d’environ cent millions de cigares, l’année 1890 est pour Key West une année record, mais un autre coup dur pour l’économie de la ville arrive en 1894, car des conflits de travail marqués par des grèves viennent définitivement mettre fin à son hégémonie.

Il faudra attendre 1911 pour que la cinquantaine de manufacturiers installés à Key West atteignent une production comparable à celle de 1890. Aujourd’hui, il existe toujours à Key West quelques lieux privilégiés où vous pouvez admirer le travail de ces Maîtres qui roulent à la main devant vous, suivant des traditions ancestrales, les cigares que vous pouvez acheter dans la boutique. Comme par exemple : La « Key West Havana Cigar Company » sur la Duval Street, la « Conch Republic Cigar Factory » sur la Greene Street ou encore la « Cayo Hueso y Habana » sur la Wall Street et le Mallory Square, pour ne citer que celles-là.

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Ybor City/Tampa Bay capitale mondiale du cigare en 1900

Tampa Bay, ville moderne et prospère doit principalement sa richesse à son port et à l’exploitation du phosphate qui se fait dans l’arrière pays, mais aussi à l’industrie du tabac et du cigare qui au plus haut de son expansion en 1900 employait plus de 20 000 personnes faisant de Tampa Bay la capitale mondiale du cigare si on exclue de la compétition La Ha-vane qui, pour les fervents du cigare, restera toujours la première.
La production des cigares est concentrée dans un des quartiers de la ville, c’est «Ybor city» qui doit son nom à Vincente Martinez Ybor, homme d’affaires, originaire de Cuba qui marqua Tampa Bay de sa griffe. En 1886 après l’incendie qui ravage Key West, il s’installe définitivement dans cette nouvelle ville, il y développe une industrie du tabac et du cigare et le quartier où se localisent toutes ces manufactures prend très rapidement son nom. On y retrouve beaucoup d’immigrants essentiellement cubains, espagnols, italiens et quelques Français. Les crises mondiales, le déclin de l’industrie du tabac et son automatisation sonne le glas pour Ybor City, capitale du cigare fait à la main. En 1950, le quartier est pour ainsi dire déserté, seules quelques manufactures continuent de produire les cigares qui en ont fait la renommée. Quarante ans plus tard, en 1990, ce quartier historique de Tampa Bay est restauré et devient un lieu touristique incontournable quand il est question de cigares en Floride. Ybor City est l’un des cinq « National Historic Landmark Districts » de l’état de la Floride. Le quartier avec ses rues pavées et les imposants bâtiments industriels de l’époque est maintenant occupé par quelques manufactures et une grande variété de restaurants, boutiques d’antiquités, clubs, galeries et attire de nombreux touristes américains et étrangers.

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Un  cigare roulé à la main, une œuvre d’art

Des consommateurs passionnés comme Hemingway, George Sand, Alfred de Musset, W. Churchill, qui n’ont pas connu à leur époque les avertissements du genre « Attention : le tabac nuit gravement à la santé » proclamaient avec conviction que le cigare ponctue un bon repas, qu’il doit se fumer lentement, pour la détente et le plaisir. Ce n’est pas comme la cigarette, qui se grille en vitesse, sans en apprécier le goût et qu’il vaut mieux un bon cigare de temps en temps, qu’une dizaine de cigarettes par jour. Les temps changent, mais il n’en reste pas moins vrai que pour les connaisseurs de la planète, un cigare fait main, c’est comme une œuvre d’art.
Un cigare de qualité, c’est comme un bon vin, il est directement relié aux plants, au climat et à la nature du sol où ils sont cultivés, aux « caves » (humidors) où ils sont vieillis et surtout au savoir faire du Maître. Il faut savoir qu’avant d’être utilisées par le Maître, les feuilles ont déjà suivi tout un processus de sélection. Elles ont été cueillies à la main, classées en fonction de leur place sur la tige de la plante, séchées pendant trois à huit semaines et réhydratées pour provoquer une première fermentation. Elles ont ensuite été triées et, après une deuxième fermentation, envoyées aux manufacturiers. C’est à cet endroit que les feuilles subissent leur dernier traitement. Elles sont humidifiées pour une troisième fermentation, puis elles sont aérées et empilées plusieurs fois pendant au moins un an, parfois pendant plusieurs années, voire jusqu’à 10 ans.

La réalisation d’un cigare fait main suivant les traditions cubaines demande un travail en équipe dirigé par le Maître. La première étape consiste dans l’assemblage de la « poupée » constituée de trois sortes de feuilles différentes, pour donner des goûts spécifiques et pliées en accordéon pour permettre une bonne combustion. Elles sont roulées dans deux feuilles et demie, le tout constituant la base du cigare qui est placé dans des moules en bois afin de calibrer le cigare.

Quand la bonne taille est obtenue, la « cape » enveloppe finale, est enroulée en diagonale autour de la poupée. C’est la manipulation la plus délicate. Seul le Maître est capable de la réaliser avec succès et donner au cigare son aspect final. Ensuite, les cigares subissent différents contrôles pendant une période plus ou moins longue puis ils seront bagués suivant un processus qui remonte à 1850. Ils sont finalement rangés dans des boîtes en bois de cèdre pour leur permettre de respirer, de garder une bonne humidité et de poursuivre ainsi leur maturation.

Miami, Fort Lauderdale, Palm Beach et ses « fans » du cigares

Miami, tout comme Fort Lauderdale ou Palm Beach, n’a jamais été un des lieux historiques où l’on fabriquait des cigares fait à la main. Il faut cependant considérer qu’elle est la métropole de la région la plus peuplée de tout l’état de la Floride et qu'au moins 50% de la population qui s’y trouve est « latino ». La communauté d’origine cubaine, qui est omniprésente dans tous les domaines, a progressivement transformé le style de vie de plusieurs quartiers de Miami et le cigare cubain ne pouvait pas ne pas devenir un produit courant. Les touristes qui se promènent dans le centre-ville de Miami n’ont pas de mal pour en trouver dans des boutiques où bien souvent on parle plus l’espagnol que l’anglais.

La «calle Ocho», ou 8e rue, est devenue le centre de la vie latino de Miami et c’est là que les « officionados », ces passionnés du cigare vont pouvoir trouver des Partagas, Montecristo, Cohiba, Monterrey, Davidoff, Romeo y Julieta, Bolivar, Hupmann, Punch et bien d’autres. À Miami, sur la 7e Avenue, vous pouvez visiter la « Tabacalera Esteli /Cuban Crafter », fabricant et distributeur de cigares fait main de renommée mondiale. À Fort Lauderdale c’est la très américaine « Altadis-USA / Maker of fine cigars» qui y a son siège, quant à Palm Beach, c’est certainement là que vous trouverez les cigares les plus renommés et les plus onéreux. Le cigare « cubain », c’est plus qu’une légende, c’est une réalité ancrée dans nos coutumes même si elle a mis du temps à s’imposer.

Mais n’oublions pas pour autant cet avis américain qui nous concerne tous: SURGEON GENERAL WARNING: Cigar Smoking Can Cause Cancers Of The Mouth And Throat, Even If You Do Not Inhale.

SOURCES : Ces sites internet ont permis de documenter le présent article : www.keywestcigar.com - www.conch-cigars.com - www.cayohuesoyhabana.com - www.cayohuesoyhabana.com - www.tampa.about.com - www.tampa.about.com - www.ybormuseum.org - www.ybormuseum.org - www.magazineusa.com

À la découverte de Tampa Bay / Ybor City

Pour découvrir le passé historique, mais aussi présent, de cette industrie du cigare cubain roulé à la main, la ville de Tampa organise des visites guidées tous les jeudis et samedis. Les informations peuvent être prises au centre d’informations sur le Ybor Square, lieu historique, car c’est à cet endroit que s’élevait autrefois la manufacture de Vincente Martinez Ybor. Lors de ces visites vous découvrirez en particulier :
- Le City Museum State Park (http://www.tobacco.org/ resources/ général/ - www.ybormuseum.org
- On retrouve dans ce vaste jardin de style méditerranéen le « Ybor City Muséum » installé dans les anciens bâtiments de la boulangerie fondée en 1896 par une famille d’immigrants italiens. On y voit un atelier de fabrication de cigares. Dans ce parc, il est également possible de visiter « La Casita » exemple de maison typique qu’habitaient les employés des manufactures de tabac. Maison déplacée de son lieu qui était sur la 5e rue. Tous les ans, au mois de novembre, vous pouvez participer gratuitement aux «Annual Cigar Heritage Festival» organisé par ce musée.
- Le C. Newman Cigar Co. Muséum : C’est un petit musée de deux pièces. On y trouve des documents, photos, exemples de cigares et équipement retraçant la vie de la famille et de la compagnie sur une période de plus de 100 ans. Les familles Newman originaires de Clearwater et Fuente d’Ybor City, maintenant associées dans de nombreuses affaires, sont deux des plus vieilles familles de la région. Depuis quatre générations et plus de 200 ans, elles vendent et fabriquent avec talent des cigares de qualité. La « Setina » ou encore la 7e Avenue vous offre une ambiance très latino et c’est certainement là que vous trouverez le plus de boutiques présentant des cigares « cubains ». Citons « El Sol Cigars » le plus vieux magasin de cigares de Tampa, le « Metropolitan Cigars » conçue comme une « cave » (humidor), car tous les murs intérieurs sont en cèdre, le « King Corona Cigars & More ». Toutes ces boutiques vous offrent une grande sélection de cigares et des dizaines et des dizaines de cigares différents. Dans certains cas comme au Metropolitan Cigars et au King Corona Cigars & More, vous pouvez y organiser vos rendez-vous d’affaires tout en fumant un bon cigare et en prenant un café ou une bière.
- La Tampa Rico Cigars, c’est l’endroit idéal pour assister à la réalisation d’un cigare roulé à la main suivant les méthodes traditionnelles cubaines. Cette manufacture est située sur le Ybor Square.