AU 16e SIÈCLE, LES CATHOLIQUES ESPAGNOLS ET LES PROTESTANTS FRANÇAIS S’AFFRONTENT EN FLORIDE
Publication date: 27 déc. 07 09:00:00
Depuis toujours, les Espagnols ont été présents en Floride et personne ne peut le contester. Les Français sont certainement ceux qui ont le plus payé de leur vie cette réalité.
Par Gérard CHARPENTIER Ph. D
Sociologue et auteur
À cette volonté farouche des Espagnols de conserver leurs droits territoriaux dans le Nouveau Monde définis en 1493 par le traité de Tordessillas établi par le pape Alexandre VI Borgia, se greffe un fanatisme religieux sans précédent. Pour cette raison, la Floride a certainement été le théâtre, en Amérique du Nord, du plus grand massacre connu entre chrétiens. Au 16e siècle, l’Europe toute entière traverse une véritable révolution religieuse. Des pays majoritairement catholiques comme l’Allemagne, la France, la Suisse et même l’Angleterre, voient naître des regroupements qualifiés de «Protestants » et de « Réformistes ».
On leur donne souvent le nom de «Luthériens » ou de « Calvinistes » du nom de leurs chefs spirituels. Les régimes en place voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces contestataires souvent d’origine noble ou de la haute bourgeoisie qui prennent de plus en plus de pouvoir et contestent celui qui est déjà en place. L’Église Réformée de France voit le jour, mais cela déclenche en 1572 le massacre de la Saint Barthélémy (entre 30 000 et 70 000 morts) suivi jusqu’en 1598 de persécutions plus ou moins importantes connues sous le nom « des guerres de religion ». L’avènement d’Henri IV sur le trône de France, un roi issu d’une famille protestante très puissante, mais qui accepte de se convertir au catholicisme, semble mettre fin à ces luttes fratricides.
Très rapidement, l’Édit de Nantes est proclamé donnant aux protestants le libre exercice de leur culte. Bien qu’Henri IV soit assassiné par un fanatique religieux en 1610, une paix relative va s’installer en France pendant plus d’un demi-siècle.
Les protestants français sont surnommés « Huguenots »
Les historiens ne sont pas tous d’accord sur l’origine du nom «Huguenot» donné aux Réformistes français. Beaucoup le rattachent au Français Hugon qui lança le mouvement Réformiste à Tours. D’autres considèrent que cela viendrait de l’abréviation « eidgeno » tirée du mot allemand « eidgenossen » signifiant confédérés en français, donné aux partisans du Genevois Hugues Besançon soutenu par les réformistes français exilés en Suisse. Finalement, certains pensent que nous avons là une contraction des deux mots Hugues et eidgenossen, sobriquet qui se voulait péjoratif et moqueur.
Au 16e siècle, les Huguenots s’installent en Floride
Pendant toutes ces années de persécutions, beaucoup de Français Réformistes, encouragés par leurs chefs de file comme l’Amiral Coligny ou encore Jeanne d’Albret qui est la mère du futur roi de France Henri IV, s’exilent dans des pays européens plus tolérants ou partent vers le Nou-veau Monde. En 1562, les premiers Huguenots arrivent dans la région de ce qui est maintenant Jacksonville. Jean Ribault, officier de marine, est à la tête d’une petite flottille et d’un groupe d’environ 150 personnes. Il explore l’embouchure de l’actuelle rivière Saint John qu’il nomme rivière de Mai, puis remonte vers le Nord pour atteindre l’île Parris, près de Beaufort, en Caroline du Sud où il installe la colonie dans le secteur de Port Royal.
Il jette les bases de Charlesfort ainsi nommé en l’honneur de son roi Charles IX puis décide de retourner en France. Une mauvaise surprise l’attend, car les tensions religieuses y sont fortes et rend la vie difficile. Il décide alors de se réfugier en Angleterre, mais malheureusement pour lui, il est enfermé à la Tour de Londres, car les Anglais voient en lui un concurrent dans le Nouveau Monde.
La colonie laissée à elle-même, sans aucune ressource, connaît bien des difficultés. Certains la quittent et tentent leur chance dans la piraterie, d’autres construisent le premier bateau jamais réalisé en Amérique du Nord et arriveront à retourner en France. Un troisième groupe va suivre René Goulaine de Laudonnière et redescendre vers le Sud et bâtir en 1564 le Fort La Caroline sur les rives de la rivière Saint John, non loin de l’actuelle Jacksonville dans le comté de Duval. À noter que certains historiens pensent que René Goulaine de Laudonnière était lui aussi reparti en France et que c’est à son retour qu’il a regroupé les colons de Charlesfort et qu’ensuite ils sont partis fonder le fort La Caroline en Floride.
En fait, il est possible de dire que c’est historiquement parlant, la première fortification construite par des Européens, avant Saint Augustine dans l’espace actuel des États-Unis. En 1563-64, il n’y a plus personne à Charlesfort. Environ 3 ans plus tard, les Espagnols s’y installeront en lui donnant le nom de Fort San Felippe.
Les Huguenots du fort La caroline sont massacrés en 1565
En fait, le fort La Caroline dérange doublement les Espagnols. Tout d’abord, ils considèrent la Floride comme une terre leur appartenant et d’autre part, ils n’acceptent pas que des Réformistes non catholiques s’installent dans la région. En 1565, Pedro Ménendez de Avilés, un catholique fanatique, débarque avec plus de 2 600 soldats et fortifie ses positions à Saint Augustine. À peu près à la même époque, Jean Ribeault est de retour avec environ 600 personnes dont 300 soldats et une flottille de sept bateaux. Il décide de mener une attaque navale contre les Espagnols plutôt que de consolider le fort.
Malheureusement, la flottille est prise dans une tempête tropicale. C’est le désastre et les marins, environ 300, qui survivent à la noyade sont massacrés sur les plages où se dresse maintenant le fort Matanzas. Ribault lui-même est tué. De la colonie du fort La caroline, seuls les non-combattants et les personnes de religion catholique romaine, environ 200 personnes, sont épargnées et envoyées dans les galères espagnoles. Le fort est capturé, occupé et renommé par les Espagnols San Mateo.
Quand à Laudonnière, il réussit on ne sait comment à s’échapper et regagne la France. À noter que quelques marins passent au travers de tout cela et échouent finalement à la hauteur du Cap Canaveral, où ils bâtissent à la hâte une petite fortification que les Anglais nommeront plus tard le « French Fort », mais ils seront rapidement rattrapés par les Espagnol et massacrés.
La réponse française viendra deux ans plus tard quand Dominique de Gourgues attaque San Mateo et exterminera la garnison espagnole en place.
Aujourd’hui, les Huguenots sont toujours présents en Floride
À partir de cette date et pendant tout le 17e siècle, les Huguenots se sont rarement installés directement en Floride et dans la majorité des cas, ils débarquent d’abord en Caroline du Sud à Charleston, ville à l’époque très prospère. Beaucoup d’entre eux arrivent à la suite de la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685 et ce jusqu’à la moitié du 18e. On retrouve encore dans cette ville le quartier français avec son église de style Gothique où les descendants des Huguenots peuvent encore de nos jours pratiquer leur culte.
Le tout premier édifice a été construit en 1687 et le cimetière tout proche est là pour témoigner du passé. De nos jours, il existe aux États-Unis la « Huguenot Society of America ». Elle a été créée à New York en 1883 par le Révérend Père Alfred V. Wittmeyer, Recteur de l’Église du Saint Esprit des Huguenots français de New York.
Cette association basée sur quatre principes fondamentaux a pour but de promouvoir la liberté de religion et perpétuer la mémoire des premiers colons Huguenots, tout en développant l’entraide entre ses membres. « The Huguenot Society of America » compte, 46 chapitres répartis dans 38 états sur les 50 que comptent les États-Unis plus le district of Columbia.
Seulement 3 états comptent plus d’un chapitre; la Pennsylvanie et le Texas en ont chacun 2 alors que la Floride atteint le nombre incroyable de 7. Ces chapitres portent des noms évocateurs reliés directement à l’histoire des Huguenots. Admiral Gaspard de Coligny Chapter « Huguenot Society Information », Ernst d’Erlach Chapter, Fleur de Lis Chapter, Fort Caroline Chapter, Henry of Navarre Chapter, Jean Calvin Chapter, Louis DuBois Chapter.
- Amiral Gaspard de Coligny (1519-1572) : Proche de Henri de Navarre, futur roi de France Henri IV. Il est un des chefs des Huguenots.
- Ernst d’Erlach : Issu d’une famille noble, il a marié en 1566 la princesse indienne Issena de la tribut Timucuan. Ce mariage est considéré comme le premier mariage chrétien au Nouveau Monde.
- Fleur de Lys : Symbole de la royauté française.
- Fort Caroline : Brève implantation des colons Huguenots non loin de Jacksonville en Floride de 1563 à 1565.
- Henri de Navarre : Mieux connu sous le nom d’Henri IV devenu roi des Français en 1598 et assassiné par un fanatique en 1610.
- Jean Calvin (1509-1564) : Français exilé en Suisse, juriste humaniste et théologien de renom, auteur de nombreux ouvrages influents dont « Institution de la religion chrétienne ». Père du Calvinisme, il est un des chefs les plus importants de la Réforme.
- Louis DuBois 1626-1696 : Né en France dans une famille de Huguenots, il s’installe en Amérique dans les années 1660 où il connaît la prospérité. À cette famille peuvent être rattachés des personnages aussi célèbres que le Général Georges Patton ou l’acteur Marlon Junior Brandeau (Marlon Brando).
SOURCES : Vous pouvez aussi consulter sur in-ternet les sites suivants qui ont permis de documenter le sujet traité dans cet article : www.huguenotsocietyofamerica.org - www.huguenot.netnation.com - www.cas.sc.edu/sciaa/staff/depratterc/en asarch.html