L’ex-entraîneur livre un vibrant témoignage : PAT BURNS REVIENT DU COULOIR DE LA MORT
Publication date: 17 avr. 08 09:00:00
« La crainte de l’inconnu est bouleversante »
Les amateurs de hockey connaissent tous Pat Burns. Ce sont surtout du meneur d’hommes, de sa poigne de fer, de ses airs bourrus dont ils se souviennent.
Par Michel Lemieux
Derrière cette stature et sous la carapace de cet entraîneur à la dure, il y a un être humain profondément attachant. Le découvrir, l’écouter, prendre contact avec lui durant tout un match de hockey c’est comme apprécier un grand cru. On ne peut s’en rassasier.
Mais à l’entendre vous confier les moments difficiles qu’il a dû affronter pour sortir vainqueur de deux difficiles combats contre le cancer, vous comprenez que le hockey représente bien peu de chose dans la vie lorsque cette maladie vient interrompre votre quotidien. Votre vie bascule.
Pat est dépisteur au niveau professionnel pour les Devils du New Jersey, qui l’ont entièrement supporté durant ces deux épreuves survenues en l’espace de deux ans.
Bien sûr que Pat est une force de la nature. Mais comment un humain peut-il échapper à l’angoisse d’une menace comme le cancer.
Le choc
C’était la première fois que j’entrais dans une partie intime de la vie de Pat Burns. Nous étions sur la galerie de la presse lors de la dernière visite du Canadien au BankAtlantic Center.
J’ai raté de grands bouts de ce match. Au fond je n’ai rien manqué du tout parce que je n’avais de yeux et d’oreilles que pour les propos de mon voisin ce soir-là.
« C’est un cliché, je le sais, dit Pat, mais le hockey devient totalement secondaire lorsque la mort vous fait sournoisement signe. Vous n’avez jamais idée de quelle façon vous pourrez traiter cette fatalité tant que vous n’y avez pas été confronté », raconte-t-il simplement.
Plus je l’entendais me raconter ces moments de profondes douleurs, plus je me répétais que ni moi, ni tous ceux qui l’ont vu derrière le banc d’une équipe, pouvaient percevoir une telle sensibilité chez cet homme. Pourtant, je savais que tous ceux qui le côtoient, dans la vie de tous les jours, ont un plaisir fou en sa compagnie.
« Le premier signal que j’ai eu est survenu le matin du dernier match de la saison des Devils disputé ici en Floride. C’était à la fin de la campagne de 2004. J’avais du sang dans mes selles. Dès le lendemain en arrivant au New Jersey, les médecins ont diagnostiqué un cancer du colon. Inutile de parler du choc que j’ai encaissé mais je voulais entreprendre la série contre les Flyers en dépit de mon état. Nous avons été éliminé », raconte t-il.
Pat a subi alors l’intervention chirurgicale et tous les traitements nécessaires. « On a beau croire ou vouloir croire que cela est en arrière mais il nous reste toujours une certaine d’inquiétude. Mais je ne pensais pas qu’il y aurait une récidive aussi rapidement. À peine un an plus tard, les médecins ont détecté que mon foie était attaqué ».
« J’ai certainement eu de la chance », de dire Pat. « Les médecins, après ma première épreuve, faisaient un suivi scrupuleux de ma santé. Heureusement, c’est ainsi qu’ils ont pu s’apercevoir que tout n’était pas réglé dans mon cas. La chance dont je parle c’est que cela a été découvert très tôt. Le foie est le seul organe chez l’humain qui se régénère. Encore une fois, tout s’est bien passé malgré les craintes, les inquiétudes et les angoisses qui vous tenaillent sans cesse ».
Livre ouvert
L’ancien entraîneur, qui n’avait pas été épargné, frappé coup sur coup par ce terrible fléau, ne cache rien sur ces moments difficiles, sur ces inquiétudes invivables qui apparaissent dans ces circonstances terrifiantes.
« Je dirais que la première fois a été pire à vivre qu’à la deuxième occasion. En apprenant que vous avez un cancer, l’angoisse profonde, la crainte de l’inconnu vous bouleversent de façon indéfinissable. L’impuissance que vous vivez face à une mort potentielle est quelque chose d’intolérable. Vous pouvez recevoir les meilleurs soins du monde des plus grands spécialistes, rien ne garantit que vous y survivrez. Non il n’y a rien qui ressemble à une absolue certitude que vous vous en tirerez ».
« La deuxième fois, du moins dans mon cas, je suis devenu plus fataliste. Je me suis dit, j’ai fait ce que j’ai aimé dans la vie, j’ai été choyé, j’ai atteint plein de mes objectifs, j’ai connu de grands moments de bonheur. Alors si j’en suis à mon dernier petit bout de chemin ben je n’y peux rien. À ce moment, ce n’est plus vous qui
importe, mais votre entourage », poursuit Pat Burns.
C’est à ce moment que ce diable d’homme a vécu les moments les plus dramatiques de sa maladie.
« Ce qui me déchirait si profondément c’était la peine de tous ceux qui m’entouraient. La tristesse et l’anxiété qui s’emparent de votre famille vous rendent inconsolable d’autant que vous n’avez aucun pouvoir sur la situation. Je dirais que ce sont ces moments qui ont été les plus insupportables et les plus douloureux. Voir les miens vivre dans un long et sombre corridor et avec la mort en attente est un sentiment tellement cruel que je ne voudrais pas revivre cela ».
Nouveau sens à a vie
Tous ceux qui ont traversé et surmonté ce genre d’épreuve donnent un sens nouveau à leur vie. Leurs priorités ne sont plus les mêmes.
S’il se rappelle avoir vécu de grands et beaux moments dans sa vie, c’est sans équivoque que l’on sent chez Pat Burns ce désir de prolonger ces bonheurs.
Pat reste associé au hockey, ce qu’il aime le plus faire dans la vie. Et là, il fait un long monologue pour dire toute son amitié et sa reconnaissance à Lou Lamoriello, directeur-gérant des Devils, pour qui il est toujours à l’emploi.
« Les gens ne connaissent pas Lou. On le critique souvent à tord. Il a été mon ange gardien. Il m’a supporté sans ne jamais m’abandonner. Les Devils n’ont rien ménagé pour que je sorte vainqueur de ces deux combats. Lou est un homme de décision mais de cœur aussi. Il me considère toujours comme un membre de la famille des Devils. Je ne dirai jamais assez combien cet homme et été bon et généreux pour moi et combien je lui en serai reconnaissant toute ma vie», insiste Pat.
Pat Burns n’a que 57 ans, il a renoué avec ses passions, sa famille, le hockey, la moto, son milieu de vie à Charlotte en Caroline où il habite depuis cinq ans. Il est toujours disponible pour participer aux campagnes et aux activités dont les objectifs sont de venir à bout un jour de cette terrible maladie qu’est le cancer.
Ce soir-là il m’a juré qu’il ne songeait pas du tout à revenir derrière le banc d’une équipe. Celui qui avait été nommé l’entraîneur de l’année à trois reprises jurait avoir fait le tour, à Montréal, Toronto, Boston et avec les Devils qu’il a menés à la victoire de la Coupe Stanley en 2003.
Le cachottier
Mais ce diable d’homme n’a pu résister à relever un autre défi. Il vient d’accepter le rôle d’entraîneur d’Equipe Canada. Il admet que le coaching, sa dose de caféine, comme il dit, lui manquait.
Et Pat Burns admet que ce rôle pourrait bien lui servir de tremplin pour un retour derrière le banc d’une équipe de la ligue Nationale.
Si c’est vraiment son intention, il n’aura que l’embarras du choix. Plusieurs équipes ont un besoin criant d’un bon entraîneur.
Jacques Martin qui était le seul gérant-entraîneur dans la ligue n’occupera plus la double fonction l’an prochain. Il conserve son poste de directeur gérant.
Il ne pourrait mieux choisir que Pat Burns, apprécié des québécois.
Burs amènerait sûrement quelques milliers d’amateurs de plus au Atlantic Bank Center et ses joueurs seraient mieux d’emboîter le pas.