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AUDUBON, PÈRE ET FILS ET LA « AUDUBON SOCIETY »

Publication date: 27 mars 08 09:00:00

En Floride tout comme sur le continent Nord Américain c’est le fils Jean-Jacques Audubon qui est le plus connu bien que son père ait eu lui aussi une place dans l’histoire des États-Unis qui reste bien souvent méconnue et qui a permis à son fils de connaître la notoriété qu’on lui prête.

Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.
Sociologue et auteur

Jean-Jacques est né en 1785, sur l’île de Saint-Domingue, alors colonie française très prospère, (maintenant Haïti) au lieu dit Les Cayes dans la partie Ouest de l’île. Ce Français, aussi célèbre aux États-Unis que le prestigieux Lafayette, a eu un destin très particulier et plutôt imprévisible pour l’époque.

Jean Audubon, Capitaine au long cours et homme d’affaires

Les ancêtres de Jean-Jacques sont originaires de la région de Nantes dans la Loire Atlantique en France. Son père, le Capitaine au long cours Jean Audubon est né aux Sables-d’Olonne. Il est lui-même le fils d’un navigateur sous contrat avec le gouvernement français et, très jeune, il commence à naviguer sur les mers. À cette époque, les corsaires tant français qu’anglais pullulent dans les eaux de la Manche qui séparent la France des Îles Britanniques. En 1757, à l’âge de 12-13 ans, il est blessé lors d’une attaque du bateau que commande son père « La Marianne » très certainement par un corsaire anglais. Il est fait prisonnier et n’est libéré que bien plus tard. Il a 19 ans quand il revient en France ce qui pourrait expliquer sa connaissance de la langue anglaise. À partir de 1770, il fait alors de nombreux voyages vers Terre-Neuve et Saint-Domingue pour le compte des frères Coiroud qui commercent dans le domaine  des soieries et des velours, des vins fins, du sucre et des esclaves. Ses affaires sont prospères et rapidement, il possède son propre bateau. En 1779, lors de l’un de ces voyages, il est fait prisonnier par les Anglais et emprisonné quelques mois à New York. Libéré, le capitaine Audubon qui commande maintenant la « Charlotte » qui s’implique dans la révolution américaine et participe en 1881 avec la flotte du Marquis de Grasse, aux combats de Yorktown, dans la Virginie actuelle. Bataille dont l’issue finale devait conduire à la naissance des États-Unis. En 1783, un groupe de marchands de la région nantaise lui confie la direction de leurs affaires à Saint Domingue où il va s’installer seul pour une période de 6 ans laissant sa femme en France. Le Capitaine Jean Audubon s’enrichit rapidement, devient propriétaire de plusieurs bateaux dont le Comte d’Artois qui jauge 250 tonneaux et d’une grande plantation à Saint-Domingue où un de ses frères réside également. Bien que marié en France avec la riche veuve Anne Moynet, depuis 1772, mais avec qui il n’a pas d’enfant, il a plusieurs maîtresses dans l’île. Nous en connaissons principalement deux; Jeanne Rabine dont il eu un garçon (Jean-Jacques dit Fougère) et une demoiselle Bouffard dont il eu une fille (Rosé ou Rosa dite Muguet).

Plus tard, il fera l’acquisition en 1789, dans la région de Philadelphie, d’une propriété Mill Grove qui allait jouer un rôle très important dans le destin de son fils, Jean Jacques.

Jean-Jacques Audubon, le naturaliste

Jean-Jacques Audubon, selon l’état civil français, est donc le fils illégitime de Jean Audubon et de Jeanne Rabine (parfois écrit sans « e »). Les historiens ne sont pas tous d’accord sur les origines de sa mère, certains la disent originaire de Nantes alors que d’autres pensent que c’est une esclave ou une créole. Ce qui est certain, c’est qu’elle vivait, aux Cayes et qu’elle travaillait pour une famille de planteurs, originaire de France. On a peu de renseignement sur elle, car elle mourut peu de temps après la naissance de son enfant. À sa naissance, le jeune garçon porte le nom de Jean Rabine ou encore Jean Fougère. En appelant son garçon de ce nom, le capitaine Audubon voulait ainsi s’associer symboliquement à la révolution française. De fait, «Fougère», dans le nouveau « calendrier révolutionnaire », correspond au 26 avril, jour de naissance de son garçon, c’est-à-dire le 3e jour du mois de « Floréal ». Vers 1789, son père est revenu s’installer dans la région de Nantes. Il y possède un domaine, « La Gerbetière », à Couëron, sur les bords de la Loire. Il fait venir ses deux enfants nés à Saint-Domingue les reconnaît officiellement et ils portent désormais le nom des Audubon. La vie de Jean-Jacques est alors celle d’un enfant aimé par son père et de par sa femme qui élève les enfants de son mari, comme s’ils étaient les siens. C’est là que Jean-Jacques, en compagnie du médecin de famille, Charles Marie d’Orbigny, fait ses premières observations et que se développe sa passion pour la nature et sa vie animale.

En 1803, son père l’envoie en compagnie de son ami Rosier aux États-Unis pour, soi-disant, gérer son fameux domaine de Mill Grove qu’il possède en Pennsylvanie et qui existe encore aujourd’hui. De fait, il veut le soustraire à la conscription obligatoire imposée par Napoléon Bonaparte à qui il s’oppose politiquement. Sa passion pour les oiseaux devient encore plus vraie et il réalise ses premier croquis, mais Jean-Jacques fait surtout la connaissance de Lucie Bakewell,  la fille des propriétaires voisins. Ils vont se fiancer, mais avant de se marier, Jean-Jacques retourne en France quelque temps. Il revient, en 1806, et se marie en 1808. Il aura avec elle quatre enfants, deux garçons et deux filles, mais ces dernières mourront en bas âge.

En dehors de sa passion pour les oiseaux et leur étude, on peut dire que la vie socioprofessionnelle de Jean-Jacques n’est pas des plus brillantes. La gestion du domaine de son père est un échec, ses tentatives dans le négoce d’allumettes et de lanternes l’est aussi, son association avec son beau-frère dans l’exploitation d’une scierie à vapeur est une catastrophe; si bien qu’il doit faire faillite et qu’il est condamné à une peine de prison, car incapable de payer ses dettes. Pendant cette période de sa vie, il fait des va-et-vient entre la Pennsylvanie et Louisville, dans le Kentucky, où il s’installe à deux reprises avec sa famille. Finalement, il revient en Pennsylvanie vers 1812. C’est également l’année où il devient Américain; il opte alors pour les prénoms de John James.

Pendant toutes ces années difficiles, il n’a cependant pas cessé de voyager, pour observer et réaliser des croquis d’oiseaux. Il parcourt et découvre la nature sauvage du Kentucky, des vallées du Mississippi, de l’Ohio, de la Louisiane, de la Floride et du Texas. Il visitera même le Canada et tout particulièrement le Labrador, en 1833. À cette époque, il signe parfois ses croquis du nom de La Forest. Non seulement il détient un talent indéniable, mais il est un précurseur parmi ce que l’on peut appeler les peintres naturalistes, car il est le premier à reproduire grandeur nature les oiseaux qu’il observe. Au total : 489. Il innove également dans sa façon de naturaliser les animaux qu’il  conserve en utilisant des fils de fer pour les maintenir dans certaines positions.

La « Audubon society » des États-Unis

Finalement, entre 1827 et 1838, la fortune lui sourit. Il finit par réaliser ses objectifs et trouve un éditeur pour éditer, dans un ouvrage unique, tous ses croquis regroupés dans 435 planches gravées et colorées. Ouvrage connu sous le nom de « The Birds of America » Il meurt en 1851, à New York, connu et reconnu pour son œuvre.   

Près de 50 ans après sa mort, la mémoire de ce peintre et observateur de la nature sera honorée par la création aux États-Unis de la « National Audubon Society » qui a pour vocation, la sauvegarde des oiseaux et de leur environnement naturel. C’est en 1889 à Boston que cette grande aventure à commencé à prendre forme, avec la parution d’un magazine spécialisé (qui quarante ans plus tard changera de nom pour s’appeler Audubon) lancé par F.M. Chapman, ornithologiste à l’Ame-rican Museum of Natural History. Il faut noter qu’une tentative similaire avait déjà était tentée quelques années auparavant, par George Bird Grinnell, qui avait également créé la première «Audubon Society » et le « Audubon Magazine».

Dès leur origine, les diverses associations qui allaient se regrouper sous le nom de « Audubon Society » avaient comme objectif de s’opposer à la chasse aux oiseaux pour la vente de leurs plumes. Aussi, on comprend facilement que le nom de John James Audubon, le premier peintre des oiseaux d’Amérique, fut symboliquement retenu pour la cause. Rapidement, chaque état eut sa propre société Audubon. Une fédération vit le jour et devint une force qui obligera les gouvernements à prendre des mesures de sauvegardes.

En 2008, il existe des centaines de « Audubon Society », réparties dans tous les États-Unis, et elles regroupent plus d’un demi-million de membres. Le domaine de Mill Grove et la bâtisse en pierre de style colonial bâtie en 1762 située à la sortie du village d’Audubon (Shannonville jusqu’en 1899) en Pennsylvanie fait désormais partie du patrimoine historique et est enregistré au « National Register of Historic Places ». C’est devenu le musée Audubon où sont présentées un certain nombre de pièces rares signées de la main de l’artiste et en particulier un exemplaire de « Birds of America » dont un autre exemplaire similaire est parti en mars 2000 aux enchères chez Christie’s à New York pour la somme de 8,8 millions de dollars, pulvérisant du même coup le record du monde pour la vente d’un livre rare.

En Floride, on compte 43 chapitres regroupés sous le nom de «Audubon of Florida ». Le rôle de ce regroupement étant de veiller sur les écosystèmes si fragiles de la Floride et tout particulièrement celui des Everglades.

SOURCES : Vous pouvez aussi consulter sur in-ternet les sites suivants qui ont permis de do-cumenter le sujet traité dans cet article : www.nantes.fr   - www.answers.com  - www.audubonofflorida.org  - http://fr.wikipedia.org/wiki/JohnJames_ Audubon -   http://fcit.usf.edu/florida/lessons/audubon/audubon.htm -