Samuel de CHAMPLAIN, Fondateur de la Nouvelle-France
Publication date: 26 juin 08 09:00:00
Il serait très étonnant qu’un Nord-Américain francophone du Canada ou des États-Unis et encore moins de l’Acadie ou du Québec ne connaisse pas le père fondateur au 17e siècle de la Nouvelle-France. Quatre siècles après, elle reste encore vivante dans ce que l’on peut appeler de nos jours l’Amérique française.
Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.
Sociologue et auteur
Dans les années 1600, la France connaît des guerres de religion meurtrières. Henri IV est assassiné en 1610 et la découverte du Nouveau Monde est le dernier des soucis pour les Français. Cependant, Samuel de Champlain, né aux environs de 1567 dans une famille de marins et qui a tout juste la trentaine, est impatient de découvrir autre chose que son Brouage natal près du célèbre port de la Rochelle.
Un premier voyage en Amérique du Sud et dans le Caraïbes
Son premier voyage, qui durera plus de deux ans et demi, se fera de 1599 à 1601 avec son oncle en Amérique du Sud. Il se rend d’abord en Espagne pour ramener dans leur pays des soldats espagnols venus en France au moment des guerres de religion puis, à bord d’un navire espagnol, il vogue vers les Caraïbes, séjourne quelque temps au Mexique et dans la région de Panama et termine son voyage à Cuba avant de retourner en France. Il ramène de son voyage une grande quantité de notes et de croquis, car il est très doué pour le dessin. C’est très certainement grâce à ce récit qu’il va soumettre au roi Henri VI que ce dernier va le nommer cartographe royal et qu’il va participer aux futurs expéditions en Amérique du Nord. Là encore, il en ramène des cartes et des descriptions très détaillées qui font sa renommée et qui seront très précieuses au moment de la fondation de Québec et le développement de la colonisation.
Son premier voyage au « Canada »
Il participe en 1603 comme simple voyageur en compagnie de Pierre Du Gua, Sieur de Mont à une expédition dirigée par François Gravé, Sieur du Pont qui agit pour le compte d’Aymar de Chastes. Il navigue jusqu’à l’archipel d’Hochelagua (Mont Royal), tout en explorant au passage la région du Saguenay, refaisant alors le périple de Jacques Cartier. C’est d’ailleurs à ce moment qu’il note que le site de Québec (Stadaconé) serait tout à fait propice à la construction d’un fort et de son « Abitation ». Ce site de Stadaconé est déjà connu depuis les voyages de Jacques Cartier en 1534 et de Jean François de La roque de Roberval en 1542 et l’implantation du Fort Charlesbourg Royal, dont on vient en 2008 de mettre à jour les vestiges au Cap Rouge qui est un quartier de la ville de Québec.
De l’Île de sable à Martha’s Vineyard Island
Sa deuxième mission sera en Acadie et c’est certainement son expédition la plus connue. En 1604, il touche les rivages du Nouveau Monde à l’île de sable située au large des côtes de l’actuelle Nouvelle Écosse. L’île est tristement connue des marins, car depuis 1583, plus de 350 navires s’y sont échoués, mais il faut aussi souligner qu’une tentative de colonisation y avait été menée par le français Troilus de La roche de Mesgouez et que 40 colons y ont survécu entre 1598 et 1603 date à laquelle ils ont été rapatriés. L’expédition dirigée par Pierre Du Gua, Sieur de Mont qui comprend 79 hommes, contourne alors les terres en se dirigeant vers le sud pour s’engager ensuite dans ce qui deviendra la Baie des Français (Bay of Fundy) et le berceau de l’Acadie. Ces lieux sont habités depuis fort longtemps par des populations indigènes et Samuel de Champlain choisit d’installer son premier campement permanent à l’intérieur des terres sur une petite île à l’embouchure d’une rivière donnant dans la baie de Passamaquoddy et à laquelle on donne le nom d’île Sainte Croix, car elle est placée à la croisée de plusieurs petites rivières. Aujourd’hui, la rivière Sainte-Croix est la frontière naturelle entre le Canada (Nouveau-Brunswick) et les États-Unis (Maine).
L'île Sainte-Croix, qui se trouve maintenant dans l’état du Maine, a été reconnue en 1984 par les autorités américaines comme site historique et « Premier établissement permanent d’Européens en Amérique ». Lors de cette première colonisation en 1604, un terrible hiver décime la moitié de la colonie obligeant les survivants à s’installer de l’autre côté de la Baie fondant ainsi Port-Royal, connue de nos jours sous le nom d’Annapolis en Nouvelle-Écosse. Jusqu’en 1607, le cartographe Samuel de Champlain explore les côtes maritimes de la Baie des Français, longe les côtes de l’actuel Maine et du Massachusetts en passant par l’île du Mont désert, le Cap Code jusqu’à Martha’s Vineyard Island. Donnant à tous ces lieux des noms qui sont bien souvent encore en vigueur de nos jours et qui appartiennent à l’histoire de l'Acadie.
« L’Abitation de Québec »
Les premières expéditions de colonisation dans la région de l’Acadie s’étant avérées difficiles, Samuel de Champlain arrive à convaincre les autorités de l’époque que l’implantation d’une colonie serait plus facile le long du fleuve Saint-Laurent. Il connaît déjà la région pour l’avoir parcourue en 1603 lors de sa première expédition à Tadoussac. Samuel de Champlain décide donc en 1608 de retourner dans la vallée du Saint-Laurent, plus précisément à « Stadaconé », qui devient Québec. Nous sommes le 3 juillet et sans attendre, il fait construire son « Abitation » qui va devenir le quartier général de la Nouvelle France pour les siècles à venir avec la construction du fort et plus tard du château Saint Louis qui sera la résidence des gouverneurs français et anglais de la Nouvelle France et du Canada dont on vient en 2008 de mettre à jour les vestiges.
Lors de ce premier voyage à Tadoussac, Samuel de Champlain avait commencé à établir de bonnes relations avec les indiens et s’était même lié d’amitié avec le chef Anadabijou et très rapidement il leur apporta son aide contre les Iroquois, leurs ennemis jurés. On peut dire que c’est grâce à leurs indications que Samuel de Champlain allait pouvoir explorer d’autres régions que celles bordant le Saint Laurent.
De Québec à Ticonderoga
En 1609, Samuel de Champlain est le premier européen à explorer les terres au sud-est de la région de Québec en descendant la rivière des Iroquois (Richelieu) et « découvre » un immense lac, qui deviendra jusqu’à nos jours le lac Champlain. Il revendique aussi ses régions pour le roi de France (Vermont et New York). Bien malgré lui, Samuel de Champlain et les premiers colons français sont entrainés dans les combats qui opposent leurs alliés Hurons, Algonquins et Montagnais aux belliqueux et cruels Iroquois qui, du coup, considèrent les Français comme leurs ennemis. En juillet 1609-1610, il accompagne avec 9 soldats français un groupe de 300 Algonquins dans la région de la rivière des Iroquois et dont l’objectif premier est de mener une opération punitive contre les Iroquois. Aucune rencontre avec les Iroquois n’ayant eu lieu, Champlain va continuer son exploration avec seulement 2 soldats français et 60 Algonquins. Le petit groupe longe l’ile La Motte (VT) où le fort Saint Anne sera construit en 1666 et continue ensuite vers le sud pour installer son campement à environ 25 Km au Nord de Ticonderoga, sur la rive est du lac dans l’actuel Vermont. C’est à cet endroit qu’une bataille décisive a lieu entre Champlain et ses hommes contre environ 200 Iroquois. Lors de la bataille, Champlain utilise son arquebuse et tue du même coup deux des trois chefs du groupe ce qui met les Iroquois en fuite. Ce moment historique a d’ailleurs été illustré par Champlain lui-même dans un de ses ouvrages retraçant ses expéditions. A noter que certains historiens pensent que cette célèbre bataille pourrait avoir eu lieu à Crown Point, un plus au nord toujours dans l’état de New York.
Par la suite, au cours des décennies suivantes, les Français ayant remarqué que ce lieu baptisé « Pointe à la chevelure » était un point stratégique pour contrôler la région, un petit fortin est construit et l’implantation de colons est encouragée. Puis un autre fort plus imposant est construit sur la rive ouest du lac, c’est le fort Fréderic. Il deviendra le fort Carillon que les Français vont abandonner dans les années 1760 après avoir mis le feu aux maisons des colons de Pointe à la chevelure qui va prendre le nom actuel de Chimney Point (VT), car seules les cheminées restent en place. Quand au fort Carillon, il prendra le nom de Crown Point aujourd’hui site historique ce qui est la traduction de Pointe à la chevelure.
Exploration des régions des Grands Lacs et du pays des Hurons
À partir de sa base de Québec et avec l’aide des tribus indiennes amies, il continue d’explorer le pays vers l’ouest en direction des grands lacs. En 1612, après avoir atteint l’archipel d’Hochelagua, il visite de nouveau le site de Boucherville et il nomme une des îles Saint Hélène du nom de sa jeune femme, Hélène Boullé. Par la suite, il situe l’emplacement du futur Montréal en marquant l’endroit où doit se construire la Place Royale. De 1613 à 1615 il remonte plusieurs fois la rivière Outaouais. Il est le premier blanc à s’aventurer si loin vers l’ouest. Il explore l’île des Allumettes, le lac Nipissing, la baie Géorgienne, le lac Simcoe, le lac Entonoronous (Ontario) et le lac Huron. Blessé lors d’un affrontement contre les Iroquois, il passera l’hiver de 1613 en Huronnie avant de retourner à Québec.
Au travers des siècles, on a commémoré la mémoire de Samuel de Champlain
La célébration du 400e de la ville de Québec durant toute l’année 2008 et tout particulièrement lors de l’été est sans aucun doute le plus grand hommage que l’on puisse rendre à cet homme.
Quand il meurt à Québec en 1635, il aura traversé l’océan Atlantique 21 fois et parcouru à pied ou en pirogue ce qui allait être les bases de la Nouvelle-France luttant jusqu’à la fin pour implanter les colonies de Trois-Rivières (1632) et de Montréal (1634).
Aujourd’hui, le monument de la ville de Québec situé sur la terrasse Dufferin face au fleuve, inauguré en 1898 et réalisé par les sculpteurs Chevré et Cardonnal de Paris est certainement le plus important.
Partout ailleurs en Amérique du Nord, il existe d’autres monuments érigés en sa mémoire et bon nombre de lieux et édifices qui portent son nom comme par exemple le pont Champlain à Montréal. C’est aussi le cas aux États-Unis, principalement dans l’état de New York. Des monuments ont été érigés à Champlain, l’Isle Lamothe, Plattsburg, Crown Point. Dans les états du Maine (ME) et du Massachusetts (MA) des plaques sont apposées à Bangor (ME), Seal Harbor (ME), Stage Harbour - Chatham - Cape Cod (MA), à Rockford (MA) et Boston (MA). Pour terminer il faut rappeler qu’en 1870, l’abbé Charles-Honoré Laverdière (1826-1873), a regroupé les œuvres de Champlain et les a fait publier. La deuxième édition de cette collection serait conservée à l’Institut Canado-Américain de Manchester (New Hampshire).
SOURCES : Sites ayant permis de docu-menter cet article : www.perso.wanadoofrlalain.perron/Champlain.htm - www.cyberacadie.com/acadie_ste_croix_1604.htm - www.civilization.ca/vmnflexplorlchampJ2.html - www.republiquelibre.org - www.ropfo.ca/francorigines - www.collectionscanada.ca - http://fr.wikipedia.org.