LE FAIT FRANÇAIS EN AMÉRIQUE
Publication date: 31 juil. 08 09:00:00
Antoine de LAMOTHE, Sieur de CADILLAC - Pionnier de la Nouvelle-France
Voilà une figure bien haute en couleurs qui a marqué l’histoire de la Nouvelle-France et dont le souvenir restera immortel tant et autant qu’il y aura des voitures sur la terre et tout particulièrement en Amérique du Nord.
Par Gérard CHARPENTIER, Ph.D
Sociologue et auteur
Né le 5 mars 1658 à Laumont, un petit village proche de Saint-Nicolas-de-la-Grave non loin de la grande cité de Toulouse dans le sud-ouest de la France, Antoine Laumet dont les parents n’avaient semble-t-il aucun titre de noblesse, glorifia cependant ses origines lors de son mariage à Québec le 25 juin 1687.
On connaît peu de chose sur sa jeunesse. On croit savoir qu’à 16 ans, il s’engagea dans l’armée et il semble que c’est à partir de ce moment qu’il choisit de porter le nom de Cadillac comme nom de guerre. Coutume assez fréquente à cette époque.
Un première expérience en Acadie
Dans les années 1683, on le retrouve à Port Royal en Acadie en compagnie de Denis (ou François) Guyon dit Des-prés, sorte de corsaire protégeant les côtes de la région en pourchassant les bateaux ennemis, principalement anglais et qui, en guise de remerciements et de paiements, gardait légalement les cargaisons de ces bateaux.
En 1683, âgé d’environ 26 ans, il marie à Beauport la nièce de Denis Guyon, Marie-Thérèse Guyon, âgée de 17 ans qui, une fois devenue sa femme, va le suivre dans toutes ses aventures et lui donner au moins 9 enfants. Lors de son mariage, il signe l’acte civil du nom de Antoine de Lamothe, Sieur de Cadillac et se dit fils de Jean de Lamothe, conseiller au Parlement de Toulouse et de Jeanne de Malenfant, tous deux issus de familles anoblies.
En juillet 1689, on lui accorde un fief près de Port Royal ainsi qu’un autre le long de la rivière Douaque incluant l’ile de Mont Désert (Union River et Bar Harbour, maintenant dans le Maine). Les conflits incessants entre Français et Anglais associés aux indi-ens rend le développement de ses affaires très difficile et peu de temps après, toutes ses installations sont détruites. Il retourne alors en France et réussit à attirer l’attention du ministre des colonies Louis Phélypeaux de Pontchartrain, qui le recommande au gouverneur de la Nouvelle France Louis de Buade, Comte de Fron-tenac.
On peut dire que c’est à partir de ce moment là que l’ascension d’Antoine
de Lamothe, Sieur de Cadillac, qui porte maintenant officiellement le titre de chevalier, devient réelle et rapide. En effet, Frontenac se montre très intéressé par cet homme qui ne semble pas avoir froid aux yeux et qui connait bien la côte atlantique. À l’époque, Frontenac veut mettre fin aux attaques anglaises et indiennes venant de la région de New York et voit en lui l’homme de la situation.
Paradoxalement, ce projet qui reçoit l’accord du roi n’aboutit à rien, mais par contre cela permet à Antoine de Lamothe, Sieur de Cadillac d’être apprécié par le Gouverneur et de gravir les échelons et finalement de se voir confier en 1694 le commandement du fort Michillimakinac dans la région des Grands Lacs. Il a alors environ 36 ans.
La naissance de Détroit
Sa mission à Michillimakinac est de consolider dans cette région des Grands Lacs les actions déjà mises en place par ses prédécesseurs depuis 1679 et d’établir de bonnes relations avec les indiens. Indifférent aux avis qui lui sont donnés, il n’hésite pas à distribuer de l’alcool pour s’attirer les bonnes grâces des indiens et s’engage personnellement dans la traite des fourrures, amassant pour son compte une impressionnante fortune. Critiqué de toutes parts et se sentant victime d’un complot, il se rend alors en France en 1698 où il réussi à convaincre la Cour de créer une colonie permanente dans cette région de la Nouvelle France.
Quand il revient en 1699, il a, par ordre royal, le devoir de contrôler le commerce des fourrures, de promouvoir le travail des coureurs des bois, de développer la colonie dans la région et d’y installer un fort. Beaucoup à Québec ne lui font pas confiance et débattent du bien fondé de cette opération. Finalement, Cadillac quitte Montréal le 5 juin 1701 avec une centaine de personnes mi-colons mi-soldats et 2 missionnaires. Le 24 juin, le groupe s’arrête à l’emplacement où plus tard, sera construit le fort Pontchartrain, qui deviendra Détroit (Michigan). Antoine de Lamothe, est bien décidé à assoir son autorité et il lui faudra trois ans pour éliminer la compagnie possédant les titres de possession et devenir ainsi le maître de la colonie. Il essaie en vain d’en obtenir le marquisat, mais comme cette tentative n’est pas couronnée de succès, il cherche à devenir le gouverneur de cette nouvelle colonie, mais cela échoue de la même façon.
Ses ambitions politiques n’ayant pu être satisfaites, il ne considère désormais que les gains matériels qu’il peut faire, abusant sans ménagement de sa position si bien qu’en très peu de temps, il se fait beaucoup d’ennemis et finalement une enquête est ordonnée. Il quitte définitivement en 1710, avec toute sa famille son « domaine de Détroit » qu’il vendra 12 ans plus tard en 1722 à un colon de la Nouvelle France Jacques Baudry de Lamarche.
Malgré toutes ces accusations, Cadillac ne perd pas la confiance du roi, qui le nomme dès 1710 gouverneur de la Louisiane, mais avant de rentrer en fonction, il décide de retourner quelque temps en France. Il passe alors des accords avec un banquier influent de Toulouse un dénommé Crozat qu’il arrive à convaincre d’investir en Louisiane. Finalement Cadillac arrive en Louisiane en 1713 mais une fois de plus, l’appât du gain est plus fort que la raison et il est relevé de ses fonctions et condamné en 1717 à un emprisonnement à la Bastille. Il en sort l’année suivante et retrouve, aussi incroyable que cela puisse paraître, les bonnes grâces de la Cour royale. Il reçoit même la Croix de Saint-Louis et est nommé gouverneur de Castelsarrasin, une ville près de son village natal, où il décède le 15 octobre 1730 à l’âge de 72 ans.
La ville de Détroit dans le temps
Au cours de siècles, le domaine du Sieur de Cadillac n’a cessé de se développer pour donner la ville que nous connaissons aujourd’hui.
1701-Fort Pontchartrain qui deviendra Fort Détroit est implanté par Cadillac dans la région dite « Les Étroits ».
1760-Fort Détroit est cédé aux Anglais.
1796-Fort Détroit devient américain.
1815-Détroit devient une ville et la capitale du territoire du Michigan.
1837-Le Michigan devient un des états de l’Union.
Qui aurait pu prédire que ce pionnier français mi-gentilhomme mi-aventurier venait en 1701, il y a plus de trois siècles, de jeter les bases d’une ville qui allait devenir une des plus importantes villes des États-Unis de par sa population, mais aussi et surtout la première ville de l’automobile au monde.
Cadillac une marque de voiture de luxe
Encore plus impossible, qui aurait pu prédire que le nom de Cadillac et le blason qui s’y rattache, par son adoption par la « Cadillac Motor Car Corporation of Detroit» deviendrait un nom connu partout dans le monde comme le symbole du luxe automobile.
Ainsi, non seulement le nom de Cadillac est donné à une automobile de prestige, mais la compagnie manufacturière a également pris comme symbole le blason qu’Antoine de Lamothe, sieur de Cadillac a conçu personnellement au milieu du 17e siècle en s’inspirant sans réserve des armes du Baron Sylvestre d’Esparbes de Lussan, Sieur de Lamothe Bardigues, une petite ville près de Toulouse en France.
Sa maison à Montréal
On ne peut terminer le rapide survol de la vie de ce pionnier de la Nouvelle France sans rappeler qu’il existe toujours à Montréal une des maisons ayant appartenu à Antoine de Lamothe, Sieur de Cadillac. Elle fait l’angle des rues Notre-Dame et Saint-Laurent et c’est aujourd’hui un Mc Donald! On peut y découvrir une plaque commémorative.
SOURCE : Sites ayant permis de docu-menter cet article : www.cyberacadie.com - www.civilization.ca - www.republiquelibre.org - www.collectionscanada.ca - www.wikipedia.org – www.perso.wanadoofr