LES BONAPARTE EN AMÉRIQUE
Publication date: 25 sept. 08 09:00:00
Dans les années 1789, la France traverse une période révolutionnaire quasi unique dans l’histoire de l’Europe de l’Ouest. Elle va en sortir complètement désorientée, ce qui va permettre à un homme comme Napoléon Bonaparte de prendre les pleins pouvoirs et de mettre en place non pas une république comme l’aurait voulu la suite logique des choses, car les Français venaient de dire non au Roi et à la Royauté, mais un Empire avec un Empereur du nom de Napoléon 1er.
Par Gérard CHARPENTIER Ph. D
Sociologue et auteur
Il faut également savoir qu’avant de passer à l’Empire, la France a connu d’autres formes de gouvernement, tout d’abord, un « Directoire » de 1795 à 1799, puis un « Consulat » de 1799 à 1804 à l’image de la Rome Antique et dont les dirigeants portent le nom de Consul. Napoléon Bonaparte, jeune général révolutionnaire couvert de gloire et de prestige, en est le Premier Consul, ce qui lui donne en fait le pouvoir de gouverner et d’imposer ses idées.
LE CONSUL BONAPARTE, HAÏTI ET LA LOUISIANE
La révolution française a comme effet la célèbre « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » du 26 août 1789. Malgré cette belle déclaration, il faudra cependant attendre plusieurs années (1796) pour que l’abolition de l’esclavage soit proclamée dans les colonies françaises. Cette décision ne fait cependant pas l’unanimité, car les planteurs de cannes à sucre des îles de la Caraïbe, principalement Saint-Domingue (Haïti) ainsi que les industriels français et commerçants du sucre sont contre. Leur influence est forte, car à l’époque, le commerce du sucre revêt une très grande importance économique bien plus par exemple que la traite de la fourrure au Canada.
Quand Napoléon Bonaparte arrive au pouvoir en 1799, il se trouve à devoir résoudre cet important dossier relatif à l’esclavage. Il subit la pression du Sénat, mais aussi et surtout celle de sa femme, Rose «Joséphine» Tascher de la Pagerie originaire de la Martinique (veuve du Général de Beauharnais) qu’il a épousée en 1796. Elle est connue pour être une courtisane très habille et capable d’influencer les hommes de son entourage. En mai 1802, Napoléon décide finalement d’abroger la loi de 1796 et de rétablir l’esclavage dans les colonies ce qui provoque immédiatement une révolution dans l’île de Saint-Domingue (Haïti).
Bonaparte organise aussitôt un corps expéditionnaire (1802) pour mettre fin à cette rébellion. Il en confie le commandement à son beau frère le Général Leclerc. Sans vouloir dévaluer la force de cette révolte et le déterminisme des insurgés, il faut savoir qu’une épidémie de fièvre jaune vient alors faire des ravages parmi les soldats venus de France, rendant inefficace le corps expéditionnaire. Le Général Leclerc lui-même sera emporté par la maladie. Devant ce désastre, Bonaparte envoie le Marquis de Rochambeau, celui-là même qui vient de conseiller et d’aider les « insurgés » américains à se libérer de la tutelle anglaise, pour signer la fin des hostilités et l’acte d’indépendance d’Haïti (1803), rendant du même coup impossible tout ingérence anglaise dans ce conflit.
La « perte » de cette colonie va avoir des répercussions considérables sur l’avenir géo-politique du continent Nord américain. En effet, au même moment, la France vient de reprendre possession de la Louisiane cet immense territoire comprenant toute la vallée à l’ouest du Mississippi jusqu’aux rocheuses, du golfe du Mexique aux Grands Lacs.
Depuis le traité de Paris en 1760, la Louisiane est sous contrôle de l’Espagne et celle-ci est d’accord pour la restituer à la France compte tenu que leur différend est réglé. Nous sommes dans les années 1802-1803 et Bonaparte a échafaudé tout un plan pour occuper et développer ce territoire, mais ce plan est remis en question, car Haïti ne peut plus jouer le rôle essentiel qui lui est dévolu, celui d’être la base portuaire des bateaux français venant de France. Cet arrêt est indispensable avant de se rendre jusqu’à la Nouvelle-Orléans en traversant le golfe du Mexique contrôlé par les corsaires et les pirates à la solde des Anglais et des Espagnols. Pour Bonaparte, la colonisation de la Louisiane devient impossible et quand les États-Unis proposent à la France d’acheter la région de la Nouvelle Orléans, cette dernière saute sur l’occasion pour négocier la vente de la Louisiane dans sa totalité s’assurant du même coup, comme pour Haïti que les Anglais ne pourront s’y installer (1803-1804).
LES « DESCENDANTS » BONAPARTE AUX ÉTATS-UNIS
En 1803-1804 lors des négociations de la vente de la Louisiane, le Consul Bonaparte, futur Napoléon Ier envoie son jeune frère Jérôme Bonaparte aux États-Unis pour diriger la transaction. Le travail n’empêche pas les sentiments de s’exprimer et il tombe follement amoureux d’Elisabeth « Betsy » Patterson qu’il marie à Baltimore lors du Noël 1803. Napoléon, qui a d’autres projets pour son frère, annulera ce mariage prétextant que son frère aurait du demander l’autorisation, car il était mineur. De cette très courte union naîtra en 1805 un garçon Jérôme-Napoléon, l’ancêtre des Bonaparte d’Amérique qui portent encore de nos jours le nom de Bonaparte-Patterson. Jérôme Napoléon a été marié à Susan-Mary Williams avec qui il eu 2 enfants. Il décédera en 1870. Son père Jérôme Bonaparte (1784-1860), quant à lui, eu trois autres enfants avec Catherine de Wurtemberg et mènera jusqu’à sa mort une vie très active sur plan politique et militaire français.
LES BONAPARTE EN EXIL AUX ÉTATS-UNIS
Après la chute de l’Empire en 1815, la famille Bonaparte est contrainte à l’exil. Comme elle ne peut plus résider en France, on la retrouve un peu partout. En Autriche, en Suisse, en Angleterre, mais aussi aux États-Unis.
Joseph Bonaparte, frère aîné de Napoléon Ier, ex-roi de Naples (1806-1808) et ex-roi d’Espagne (1808-1813), arrive à Philadelphie en 1816. Il prend alors de nom de Comte de Survillier et s’installe à Bordentown, New-Jersey dans un magnifique domaine de 1000 acres « Point breeze ». Ses deux filles Charlotte et Zenaïde le suivent dans son exil. Elles sont mariées à leur cousin, respectivement les Princes Napoléon-Louis Bonaparte (fils de Louis) et Charles-Lucien Bonaparte (fils de Lucien). Il y a donc dans cette maison deux nièces et deux neveux de Napoléon Ier.
Sa femme quant à elle, reste pour raison de santé en Europe. La maison de Joseph deviendra rapidement le centre de ralliement des Bonaparte en exil aux États-Unis. On le verra aux États-Unis de 1816 à 1839.
Louis Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, car il est le fils de son frère Louis ex-roi de Hollande (1806-1810) et d’Eugénie-Hortense de Beauharnais, est lui aussi condamné à l’exil aux États-Unis après une tentative de coup d’état manqué contre Louis Philippe alors Roi de France. Il séjourne à New York de novembre 1836 à avril 1837. Date à laquelle il décide de ne pas tenir compte de sa condamnation et de revenir en Suisse à Arenenberg, d’où il mène une vie politique active qui lui permettra de devenir en France Représentant du peuple en 1848, Président de la république française de 1848 à 1852 et finalement Empereur des Français de 1852 à 1870.
Les deux Princes Murat, neveux de Napoléon Ier. Ils sont les fils de Caroline Bonaparte sœur de Napoléon et de Joachim Murat, un des plus brillants et prestigieux Maréchaux de la glorieuse armée impériale, Roi de Naples, trône pour lequel il se battra jusqu’à la mort (1815).
Le Prince Napoléon Achille Murat, l’héritier du royaume de Naples, arrive en 1821 aux États-Unis, quelques années, avant son jeune frère Lucien. Il a tout juste 20 ans et demande aussitôt à devenir citoyen américain.
Après être resté quelques temps à New York, il visite le pays et décide de s’installer en Floride. Il y achète une petite plantation près de la ville de Saint Augustine, qui sera sa première destination. On peut encore de nos jours y découvrir sa maison (Murat House) au coin des rues Saint-George et Bridge Street. Le jeune Murat est un homme d’engagement social et il n’hésite pas à rentrer dans la milice et au moment de la guerre contre les indiens Séminoles de s’enrôler comme volontaire sous les ordres d’un de ses amis personnels, le Brigadier Général Joseph Hernandez. Sa renommée est celle d’un homme d’honneur et quand en 1824-25, le Marquis de Lafayette vient en visite triomphale aux États-Unis, il est chargé de l’accompagner dans la plupart de ses déplacements.
C’est d’ailleurs à l’occasion de l’un d’eux qu’il rencontre la jeune veuve Catherine Daingerfield Willis, arrière-petite nièce de George Washington qu’il épousera en 1826. À cette époque, il est le propriétaire d’une plantation à Wasceissa (wacissa en 1899) dans la région Est de Tallahassee. Il lui a donné le nom de Lipona (anagramme de Napoli, Naples). Les documents officiels précisent que c’est le Colonel Murat, comme il aimait à se faire appeler, qui ouvrit le bureau de poste de ce lieu en 1828.
Après son mariage, il vient y vivre avec sa femme refusant de s’installer en Virginie où on lui promet portant un brillant avenir politique. Lipona est une grande plantation, avec une très belle maison où le Prince Murat aime recevoir avec faste, mais en même temps il s’implique dans la vie de sa ville et en devient même le maire dès 1825. Il est également connu pour sa grande générosité envers les œuvres de charité ce qui dans une certaine mesure fera qu’il connaitra des déboires financiers importants. Il meurt en 1847 à l’âge de 46 ans très endetté et sans laisser de descendance.
Le Prince Lucien Murat, son jeune frère arrive à Boston en 1825. Il s’installe près de son oncle Joseph à Baltimore, après avoir visité plusieurs régions des États-Unis comme la Californie, le Texas et la Floride. En 1827, il marie à Baltimore, Caroline Georgina Fraser avec qui il eu cinq enfants dont les descendants vivront aux États-Unis. En 1848, il retourne en France et s’engage dans une vie publique et politique importante. Il reviendra aux États-Unis lors de la chute de Napoléon III en 1870.
SOURCES : Vous pouvez aussi consulter sur internet les sites suivants qui ont permis de documenter le sujet traité dans cet article : www.famousamericans.net/napoleonachillemurat - www.napoleon.org/fr/essentiels/genealogie - www.floridaguard.net - www.fsu.edu/napoleon