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RENÉ-ROBERT CAVELIER, SIEUR DE LA SALLE

Publication date: 30 oct. 08 09:00:00

Par Gérard CHARPENTIER Ph. D

Sociologue et auteur

Bâtisseur de la Nouvelle France

René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle, fait partie de ces pionniers qui ont bâti la Nouvelle France. Il nait, à Rouen, en Normandie, France, le 21 novembre 1643. Il grandit au sein d’une opulente famille bourgeoise. À l’âge de 15 ans, il rentre comme novice chez les Jésuites, coutume assez courante pour l’époque et à 17 ans, il prononce ses vœux (1660). Cinq ans plus tard, il demande à être envoyé comme missionnaire à l’étranger, mais très rapidement en 1667, il demande à être relevé de ses vœux pour « faiblesses morales » ce qui sous-entend qu’il ne respecte plus en particulier ses vœux de chasteté. C’est un homme ambitieux, volontaire et au caractère souvent fougueux. Comme ses contemporains il a une obsession, celle de trouver une route vers la Chine en traversant d’est en ouest ce Nouveau Monde.

La seigneurie de « La Chine »

C’est donc en homme libre, relativement sans grande fortune, ni droit de commerce que René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle arrive en Nouvelle France en 1667. Il faut cependant préciser que son frère Jean, un sulpicien qui séjournait depuis quelques mois à Ville Marie, l’aurait fortement influencé par ses récits et on peut penser qu’il est à l’origine de ce voyage dans le Nouveau Monde. La Salle, qui a tout juste 24 ans, est un homme entreprenant et très rapidement il obtient une concession dans la partie est de l’île de Montréal. Comme on le sait, en venant en Amérique, La Salle avait une idée fixe en tête, celle de découvrir le chemin terrestre vers l’Orient et la Chine, si bien que sa Seigneurie de La Salle va très rapidement prendre le surnom de « La Chine », car c’est de cette place que ses expéditions vers l’ouest et la Chine devaient être préparées.

Dès juillet 1669, il organise une expédition (Exploration Frenzy) en espérant découvrir la « Mer Vermillon » (Océan Pacifique) en remontant la rivière Ohio. En fait, La Salle part à l’aventure sans grande préparation et ne sait vraiment pas vers quoi il se dirige. Le groupe est cependant composé d’hommes d’expérience qui vont marquer l’histoire de la Nouvelle France, pour les décennies à venir. L’expédition arrive en septembre sur les bords du lac Érié, mais en novembre, La Salle, prétextant un mauvais état de santé, décide de repartir vers Ville Marie où il n’arrive qu’à l’été 1670 près d’an après. Il déclare alors  avoir navigué, de façon imprévue vers le sud et qu’il avait suivi pendant un certain le cours d’un immense fleuve, le Mississippi qu’il aurait du coup découvert et exploré avant Jolliet et Mar-quette. Ce point reste encore de nos jours une énigme.

Un bâtisseur de forts, des Grands Lacs au golfe du Mexique

En 1673, le Gouverneur de la Nouvelle France, Louis de Buade de Fron-tenac, confie à La Salle qui a sa confiance, la mission de négocier avec les indiens du lac Ontario, la permission de faire la traite des fourrures dans cette région des grands lacs et de bâtir un fort (Fort Frontenac) ce qu’il fera à Cataracoui (Kingston de nos jours). L’opération est un succès et en remerciements de ses bons et loyaux services, La Salle reçoit ses lettres de noblesse ainsi que  le titre de Seigneur de Cataracoui.

Fort de son succès, La Salle, qui est avant tout un pionnier, veut aller plus loin. Il finit par obtenir, en 1667 lors d’un de ses voyages en France, la reconnaissance de toutes ses découvertes, ainsi que le droit exclusif d’explorer la région des Grands Lacs et celle située entre la Floride et le Mexique, c’est-à-dire toute l’embouchure du Mississippi. Il obtient aussi la permission de bâtir des forts là où cela lui semblerait bénéfique et ce, dans les mêmes conditions que celles qui lui avaient été accordées pour le fort Fron-tenac.

Dès 1678, La Salle explore la région des chutes du Niagara. Le frère Hennepin de l’Ordre des Récollets qui fait partie de l’expédition en fait la première description avec des illustrations et trace les premières cartes.

Les remparts de Fort Conti (ou Fort Niagara) sont érigés pendant qu’une autre équipe bâti un petit navire, le « Griffon », qui permettra pour la première fois en Amérique du Nord à un navire de cette taille de naviguer en août 1679 de Niagara jusqu’à Michillimakinac (Mackinac), puis jusqu’à la Baie des Puants (Green Bay) pour revenir finalement à Niagara. De retour, La Salle continue d’explorer en canoë le lac Michigan. Par la suite, il construit Fort Miami à l’embouchure de la rivière Miami (Saint Joseph). En janvier 1680, il atteint le site de l’actuelle ville de Peoria dans l’Illinois. Il y fait ériger le Fort Crèvecœur (Fort Heartbreak). Malheureusement, au même moment, un incendie détruit totalement Fort Niagara et le Griffon (qui ne seront pas reconstruits), ce qui va ralentir et limiter les explorations dans la région des Grands Lacs.

Poursuivant son exploration, La Salle part de Fort Crèvecœur en janvier 1682, en compagnie d’une quarantaine de personnes. Son intention est de découvrir l’embouchure du Mississippi sur le golfe du Mexique, ouvrant ainsi la voie à ce qui allait devenir le territoire de la Louisiane. Chemin faisant, le fleuve Illinois est partiellement exploré et les forts de Chicagou (Chicago) et Renard (Fox) son implantés.

En février, il atteint le Mississippi à la hauteur de ce qui est maintenant la ville de Memphis où il construit une petite fortification, Fort Prud’homme. C’est finalement le 6 avril qu’il arrive à l’embouchure du Mississippi où est maintenant située la ville de Venice (Louisiane). Il plante alors une croix avec un panneau portant l’inscription  « Au nom de Louis XIV, roi de France et de Navarre ce 9 avril 1682 » Par ce geste, La Salle venait d’étendre la Nouvelle France jusqu’aux limites des conquêtes espagnoles en Amériques du Nord et donner naissance à la future Louisiane.

L’expédition en Louisiane et Fort Saint Louis (Texas)

Après cette reconnaissance du Mississippi et l’exploration partielle de son delta sur le golfe du Mexique, La Salle réussit à convaincre le roi de France Louis XIV d’établir une colonie française en Louisiane. Il quitte La Rochelle le 24 juillet 1684 à la tête d’une flottille de quatre vaisseaux  Le Joly, L’Aimable, La Belle et le Saint François qui transportent en dehors des équipements, outils et provisions plus de 300 personnes dont six missionnaires, huit marchands, une douzaine de femmes et enfants ainsi qu’une centaine de soldats. L’objectif est de rejoindre l’embouchure du Mississippi en traversant l’océan Atlantique, la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique. Malheureusement, l’expédition tourna progressivement à la catastrophe. Le Saint François est capturé par les pirates de Saint Domingue et c’est une perte totale. Les trois autres navires poursuivent leur route dans le golfe du Mexique, mais de mauvais calculs et de mauvaises cartes ne permettent pas de retrouver l’embouchure du Missis-sippi. En fait, de récentes découvertes ont permis de découvrir que La Salle avait échoué en novembre 1684 à plus de 600 kms de l’embouchure du Mississippi dans la région du Texas actuel à Matagorda Bay. Les hauts fonds étant très nombreux dans cette baie, L’Aimable va finalement rester bloquer sur l’un d’eux. Comme il ne reste désormais plus qu’un seul navire pouvant être utilisé, La Salle décide alors d’installer la petite colonie sur les bords de Garcitas Creek où il construit Fort Saint Louis. Le Joly qui est un navire de guerre et dont la mission était de protéger l’expédition lors de sa traversée, n’a plus de raisons pour rester et repart en France.

Les mois qui suivent ne vont pas être faciles, la petite colonie est harcelée par les indiens Karankawa. Les explorations de la région par La Salle et ses hommes sont difficiles et sur mer, les tempêtes tropicales rendent la navigation périlleuse si bien que le La Belle finit par s’échouer et couler. La mort frappe de tous côtés et les désertions sont fréquentes parmi les colons.

La fin tragique de La Salle

Devant ce désastre, La Salle décide de diviser le groupe en deux. Entre trente et quarante colons resteront dans le fort tandis que lui même et environ une quinzaine d’hommes tenteront de rejoindre les forts du Michigan par voie terrestre. Finalement, le 19 mars 1687 une mutinerie éclate parmi les membres du groupe qui tentent de rejoindre le Michigan. Trois hommes sont tués et on pense que La Salle voulant mettre fin à la tuerie est lui-même tiré à bout portant alors que la bataille fait rage entre les comploteurs qui finissent par s’entretuer.

En ce qui concerne le fort Saint Louis, il est à la même époque attaqué par les Espagnols qui revendiquent ce territoire et les colons qui réussissent à s’échapper sont finalement massacrés par les indiens Karankawa pendant l’hiver 1688-89.

La Salle est encore de nos jours très honoré

  • Au Texas, René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle reste présent dans la mémoire collective grâce à la « Texas Historical Commission » qui en 1996-97 a sorti des eaux l’épave du vaisseau La Belle, que l’on peut maintenant admirer dans un musée. Cette même société a mis à jour les vestiges du Fort Saint Louis (1999-2002).
  • Au Québec, les villes de Lachine et Lasalle, maintenant arrondissements du grand Montréal, contribuent également à garder vivant le souvenir de ce grand homme.
  • En Ontario, les vestiges du fort Cataracoui (Kingston) sont mis en valeurs et sont devenus un site touristique incontournable.
  • Partout au Canada et aux États-Unis (Indiana, New York, Minnesota, Illinois, etc.) son nom est donné à des édifices, des rues, ou autres, ainsi au Collège Militaire Royal du Canada à Kingston, nous avons le Fort La Salle ou encore le Second régiment qui porte son nom. Par le passé, une automobile produite par GMC avait le nom de La Salle, etc.


SOURCE : Vous pouvez aussi consulter sur internet les sites suivants qui ont permis de documenter le sujet traité dans cet article : www.wikipedia.org - www.civilization.ca  - www.thecanadianencyclopedia.com