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LE SAPIN DE NOËL... En France, au Québec et en Floride

Publication date: 27 nov. 08 09:00:00

En 2008, pour la majorité des personnes, la tradition du sapin de Noël est reliée aux fêtes de la Nativité. C’est à dire la naissance de l’enfant Jésus. Dans la réalité historique, il en est cependant tout autrement car cela n’a rien à voir avec la naissance du Christ et du christianisme.

Gérard CHARPENTIER Ph. D.

Sociologue et auteur

Pour la petite histoire, soulignons que le mot Noël est apparu dans la langue française et dans le langage courant vers 1112. C’est une évolution phonétique du latin « natalis » (relatif à la naissance) lui-même devenu nael et noel au cours des siècles précédents. Le tréma sur le o ne venant qu’en 1718.

Une tradition très ancienne

Les historiens qui se sont penchés sur cette coutume remontent très loin dans le temps, à une époque où les divisions géopolitiques actuelles n’existaient pas. On retrouve des traces de cérémonies où le sapin tient une place particulière aussi bien au Moyen Orient qu’en Europe et cela n’avait rien à voir avec la fête de Noël que nous célébrons de nos jours.

-Au Moyen-Orient on constate que la décoration du sapin a des origines avec l’adoration du dieu païen Attis qui a été crucifié sur un arbre. Or, en hiver, le seul arbre qui reste vert est le sapin et, très vite, on va l’associer au symbole de la vie éternelle, car il ne perd pas ses feuilles comme tous les autres arbres. Le sapin une fois coupé est décoré avec de l’or et de l’argent et une étoile à six pointes, emblème de la mort et de la renaissance qui est fixée à son sommet. On retrouve des traditions un peu semblables chez les Grecs avec le dieu Adonis ou encore Dionysos que l’on voit même portant un de ces conifères sur des fresques romaines découvertes en Tunisie.

-En Europe il semblerait que les traditions qui auraient donné naissance à l’arbre dit de Noël soit d’ordre plus sanguinaires. En effet, certaines tribus germaniques célébraient le dieu Yule en sacrifiant des animaux et dans certains cas des ennemis réduits à l’esclavage, qu’ils accrochaient dans les arbres. De leur côté, certains rois Vikings honoraient également leurs dieux en sacrifiant des animaux qu’ils suspendaient aussi dans les arbres alors que la population quant à elle suspendait des petites offrandes telles que des pommes ou des pâtisseries.

Des traditions reprises par les chrétiens

Comme cela a souvent été le cas dans l’histoire de l’humanité, les religions se succèdent en se superposant les unes sur les autres et, de ce fait, elles acceptent et adoptent certaines traditions populaires. C’est le cas du fameux sapin de Noël que nous connaissons de nos jours. En effet, les chrétiens ont intégré dans leurs symboles religieux le fait que les arbres à feuilles persistantes sont le symbole de la vie. Le pape Jean-Paul II, lors de l’angélus dominical du dimanche 19 décembre 2004, a même déclaré que le sapin de noël est «l’Arbre de la Vie, image du Christ, don suprême de Dieu à l’humanité » !

Au cours des siècles, les symboles que l’on attribuait au dieu Attis et que l’on accrochait au sapin ont successivement étaient remplacés par le soleil, la lune, les étoiles puis par les anges. En ce qui concerne les boules et les guirlandes que l’on peut y retrouver de nos jours, elles viendraient remplacer les offrandes faites par les peuples germaniques et scandinaves.

Quant à l’idée d’illuminer le sapin, tout d’abord par des bougies, puis de nos jours par des ampoules, elle prendrait son origine dans le fait que dans les temps anciens, au moment du solstice d’hiver aux nuits très noires, les Celtes mettaient le feu dans certains conifères pour chasser les mauvais esprits et surtout les bêtes sauvages affamées qui rodaient autour des campements.

La tradition du sapin de Noël dans le monde

Cette tradition du sapin de Noël telle que nous la connaissons aujourd’hui, a fait son apparition en 1521 dans la petite ville libre de Selestat en Alsace, alors sous influence germanique et française et qui sera rattachée au royaume de France à l’époque de la Renaissance.

Progressivement, la tradition se développe en Alsace-Lorraine, en Allemagne et en Autriche. Le sapin n’est plus seulement utilisé pour symboliser la vie dans les comédies religieuses jouées sur les parvis des églises, mais il fait désormais partie de la décoration des maisons privées et de certains lieux publiques au moment des fêtes de Noël.

- En France, c’est Marie Leszczy_ska, princesse d’origine polonaise et épouse de Louis XV qui, en 1738, introduit pour la première fois un sapin décoré au château de Versailles. La tradition se développera durant les siècles qui vont suivre pour se généraliser dans la France entière et l’Europe. En 1837, un sapin de Noël est officiellement installé aux Tuileries à Paris pour célébrer la fête de Noël et l’on voit apparaître accrochés dans les sapins une foule de petits objets propres à chaque région. Ainsi, en Alsace, les boules de Noël en verre et de différentes couleurs  viennent remplacer les pommes. À Lyon, ce sont des petits personnages en coton et les fameux cheveux d’anges qui font leur apparition. Mais on découvre aussi les guirlandes, la neige ou les glaçons artificiels ainsi que les étoiles, les anges, les petit personnages en bois, le père Noël, etc.

- Au Québec et au Canada, on voit apparaître le premier sapin de Noël en 1781. Ce serait grâce à la présence des soldats d’origine germanique à la solde des Britanniques. Un de leur chef le général von Riedesel aurait planté le premier sapin de Noël en Amérique du nord à Sorel. Il faut dire que cette coutume ne se généralise pas très rapidement, car les Anglais n’y accordent pas une grande importance. On voit apparaître le premier sapin de Noël au château de Windsor seulement en 1841. Au Québec et au Canada, ce n’est véritablement que vers 1930 que cette tradition va prendre sa place dans la société.

- Les États-Unis et la Floride vont mettre du temps avant de céder à cette tradition. Il faut en effet attendre 1850, mais depuis le retard a été rattrapé !

Que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, le sapin de Noël devient rapidement le centre des festivités de fin d’année. On le retrouve partout dans les rues et les édifices à bureaux. C’est au pied du sapin que désormais les cadeaux vont être déposés et les chrétiens quant à eux vont y rajouter la crèche de Jésus pour célébrer la Nativité du 24 décembre.

Toute une industrie

Dire que les fêtes de fin d’année dont Noël fait partie soient devenues le moteur de toute une industrie n’étonnera personne. En effet, l’arbre ou sapin de Noël associé aux cadeaux de Noël et aux festivités de ce jour, provoque une augmentation des affaires de façons majeure. L’industrie du sapin de Noël revêt dans les faits plusieurs aspects.

- Le sapin naturel a pendant longtemps était directement prélevé dans les forêts de façon anarchique. Afin d’éviter des coupes sauvages dans les bois, on voit apparaître dans beaucoup de pays, des plantations uniquement destinées à répondre à la demande. Au Danemark, plus de 4 000 exploitants forestiers exportent plus de 10 millions d’arbres annuellement. C’est le premier exportateur mondial. Au Canada, c’est environ 300 exploitations qui fournissent 2 millions d’arbres annuellement, mais selon Statistiques Canada, c’est la production des ornements dérivés du sapin de Noël qui prendrait depuis quelques années une place de plus en plus importante. En France, c’est la région de la Bourgogne qui  fournit plus de 50%  des 4 à 5 millions d’arbres qui sont utilisées au moment de Noël. Le sapin naturel reste et restera pour beaucoup le plus représentatif des traditions, mais pour des raisons sécuritaires (feu) ainsi qu’une utilisation plus facile, le sapin artificiel, devient de plus en plus populaire dans les grandes zones urbaines.

- Le sapin artificiel même si son apparence laisse bien souvent perplexe, trouve un marché très important aux États-Unis. On estime que 70% des sapins de Noël intérieurs sont artificiels. En effet, ils offrent au consommateur américain la particularité d’être facile à l’utilisation et d’être réutilisables d’une année à l’autre et certains laissent même les décorations sur l’arbre quand ils le rangent. De plus, la grande variété des tailles offertes permet à l’acheteur de choisir un sapin de Noël correspondant à la place disponible dans sa maison ou son appartement et, dans beaucoup de cas, ils sont considérés comme plus sécuritaires. En Europe, qui reste plus attachée aux traditions, le sapin artificiel est souvent considéré comme étant de mauvais goût. Les Français par exemple, même s’ils sont très ouverts au modernisme, apprécient tout particulièrement l’odeur que dégage un sapin dans la maison. Il faut cependant noter que de plus en plus de Français réalisent une décoration intérieure avec du matériel artificiel ou bien selon le journal le Monde en 2007, « Les jeunes ménages préfèrent désormais innover en décorant lampadaires, plantes vertes et autres objets quotidiens. Et seules les familles citadines aisées voient encore dans le sapin végétal une jolie façon de perpétuer les traditions. »

D’autres ont actuellement tendance à se lancer dans des décorations de Noël extérieures sur les arbres naturels ou en installant des guirlandes lumineuses autour de la maison, s’inspirant en quelques sortes de ce qui est fait au Québec depuis des générations !

SOURCE : Vous pouvez aussi consulter sur internet les sites suivants qui ont permis de documenter le sujet traité dans cet article : www.culture.gouv.fr  - www.wikipedia.org  - www.joyeux-noel.com