LES FRANÇAIS ONT-ILS ÉTÉ LES PREMIERS À VOLER DANS LES AIRS ?
Publication date: 25 déc. 08 09:00:00
En cette saison hivernale où les Québécois ont tendance à prendre l’avion pour profiter du soleil de la Floride, on peut se demander qui est à l’origine des premiers vols dans les airs. On a tous plus ou moins entendu parler du fameux Icare et de son père Dédale, deux héros de la mythologie grecque qui avaient semble-t-il réussi cet exploit bien avant tout le monde grâce à leurs ailes d’oiseau, mais il faut rester prudent, car rien n’est plus sur…
Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.
Sociologue et auteur
Voler comme un oiseau est un vieux rêve de l’humanité et, depuis toujours, on constate que les hommes ont cherché à comprendre pourquoi une feuille d’arbre, un papier, la fumée s’envolaient vers le ciel. Il fallait bien qu’un jour la réponse nous arrive, même si au tout début les réponses étaient très empiriques.
Le premier vol humain se fait à Paris
On peut dire que le 21 novembre 1783 est une date historique aussi importante que le premier vol dans l’espace réalisé en 1961 par les Russes et le pilote Youri Gagarine ou encore les premiers pas sur la lune des cosmonautes américains Neil Armstrong et Edwin Aldrin en 1969.
C’est à cette date que deux Français vont voler librement dans les airs, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, à bord d’un engin (aérostat) conçu et construit sous la supervision des frères Etienne et Joseph Montgolfier.
Avant ce jour historique, quelques expériences préparatoires sont menées et en particulier un premier vol libre avec des animaux. C’est à Versailles le 19 septembre 1783, devant le roi de France Louis XVI qu’a lieu la démonstration. Les passagers du vol ; un mouton, un canard et un coq sont enfermés dans un panier rond en osier accroché par une corde au ballon des frères Montgolfier qui monte à une hauteur estimée à environ 500 mètres et parcourt 3,5 km pendant un vol de 8 minutes. Les animaux sont récupérés vivants et en bonne santé. La petite histoire nous raconte que le mouton finira ses jours à la ménagerie royale, mais aucune précision n’est donnée quant au canard et à la poule ! Après le succès de ce premier vol libre, on décide de préparer un vol avec des humains. Un ballon est conçu et sa construction se termine vers le 8 octobre 1783. Commence alors une série d’ascensions captives (le ballon est relié au sol par un câble) tout d’abord dans les jardins de Monsieur de Réveillon, c’est d’ailleurs au cours du premier essai qu’Etienne Montgolfier prend son baptême de l’air. Par la suite, les préparations vont se poursuivre à la « Folie Titon », manufacture royale des papiers peints, qui se trouvait dans l’actuelle rue de Montreuil à Paris, alors bourg de Saint-Antoine. Jean-François Pitâtre de Rozier assisté tout d’abord d’André Giroud de Villette, puis ensuite par François Laurent Marquis d’Arlandes, dirige les opérations.
Au début du mois de novembre, tout est prêt pour se lancer dans l’aventure mais il manque une autorisation, celle du roi Louis XVI. Ce dernier hésite, car personne ne sait si les hommes qui vont partir dans ce premier vol ne vont par mourir asphyxiés, ou être brûlés vifs si le ballon prend feu ou encore être tués lors du retour au sol, etc. Les interrogations et les craintes sont réelles et très certainement comparables aux incertitudes qui règnent de nos jours lorsque des cosmonautes s’envolent dans l’espace. Pour toutes ces raisons, le roi préfèrerait envoyer dans les airs deux condamnés à mort volontaires pour l’expérience et qui seraient graciés si l’expérience est un succès. Finalement après bien des pourparlers, ce sont Pitâtre de Rozier et le Marquis d’Arlandes qui prendront les commandes de l’aérostat.
Le « lâcher tout » suivant l’expression de l’époque est donné à la lisière du Bois de Boulogne à Paris, sur les terres du château de la Muette. Le ballon qui pèse environ 850 kg s’élève sans problème. Le feu de paille et de papier huilé qui produit de l’air chaud est alimenté par le marquis d’Arlandes, Pitâtre de Rozier devant se contenter de surveiller la manœuvre, car il a cassé sa fourche dès le début de l’envolée. L’aérostat et ses deux pilotes file vers la ville de Paris, passe au-dessus des Tuileries atteignant à cet endroit son altitude maximale, c’est-à-dire environ 1 000 mètres. Il se dirige ensuite vers la barrière d’Italie pour atterrirent sur la Butte aux Cailles, aujourd’hui place Verlaine, dans le XIIIe arrondissement de la ville de Paris. La distance parcourue est de 9 Km et ce vol historique a duré 25 minutes.
À l’époque, c’est un exploit, les frères Montgolfier sont couverts d’honneurs par le roi et reconnus dans le monde des sciences et ils trouvent d’importants appuis pour poursuivre leurs travaux. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls et nombreux sont ceux qui, en France et en Europe, s’intéressent à ce premier vol historique qui va ouvrir la porte à d’autre chercheurs et inventeurs passionnés par cette aventure. C’est le cas avec le physicien et chimiste français Jacques Charles qui mettra au point le premier ballon gonflé au gaz hydrogène. Le vol a lieu le 1er décembre 1783, avec à bord Jacques Charles et Noël Robert. Parti des Tuileries à Paris le vol dure deux heures, parcours 35 km et se pose près de la ville de Nesles. Notons qu’à l’époque c’est Jacques Charles qui conçoit également la nacelle en osier, la soupape, le filet, les suspentes, le pilotage au lest et qui invente l’altimètre. Tous ces appareillages équipent encore aujourd’hui les ballons à gaz.
Il faudra attendre plus d’un siècle pour que le premier « vol dirigé » avec un aérostat soit réalisé. On le doit à l’ingénieur brésilien Albert Santos-Dumont qui réussit à faire un aller-retour avec son « dirigeable » de la ville de Saint-Cloud, siège de l’aéro-club français jusqu’à Paris. C’était le 20 septembre 1898.
Clément Ader réussit à voler avec le premier « avion »
Il existe ou, du moins, il existait toute une polémique autour des expériences et des inventions de Clément Ader qui lui ont permis de réaliser le premier vol à bord d’un « avion ». En effet, grâce aux recherches du général Pierre Lissarague, menées dans les années 1980 et 1990 à partir des archives secrètes de l’armée françaises rendues publiques dans les années 1980, on a maintenant la preuve de la réalité du vol en « avion » réalisé en 1897 par Clément Ader.
Au tout début de ses travaux, Clément Ader s’inspire des observations qu’il mène sur le vol des gigantesques chauves-souris dépassant les 1,10 m d’envergure connues sous le nom de « Roussettes ». Il en a fait venir des Indes afin de les observer planer dans une volière construite dans sa propriété près de Paris. C’est en s’inspirant des ailes de ces mammifères volants qu’il conçoit l’Éole (Dieu des vents), sa première machine volante qui est dotée d’un moteur à vapeur. L’appareil est testé le 9 octobre 1890, dans le parc du château de Gretz-Armainvilliers, les témoins affirment qu’il aurait réussi à s’élever à quelque 20 cm au dessus du sol, sur une distance d’environ 40 à 50 mètres.
À cette époque, de grandes découvertes aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, la course à l’armement est réelle et elle atteindra son paroxysme avec l’éclatement de la première mondiale de 1914. Aussi, on ne s’étonnera donc pas d’apprendre que les travaux et les expériences de Clément Ader vont être « récupérés » par l’armée française qui va financer ses recherches et la construction de l’Eole II et III baptisé par son inventeur « avion ». Les essais sont effectués dans la plus grande discrétion au camp militaire de Satory et les résultats vont être gardés secrets jusqu’en 1980-90 comme l’exige la loi française. À l’époque, la réalisation de cet avion aurait couté 200 000 francs soit environ 12 millions de dollars américain actuels. Il semblerait que les essais effectués entre le 12 et le 14 octobre 1897, n’étant pas assez concluants, pour penser utiliser l’avion comme une arme de guerre cela aurait amené l’armée à mettre fin à son financement et obligé Ader de mettre fin à la construction de ses prototypes.
Compte tenu des révélations apportées par le Général Lissarague, on comprend mieux aujourd’hui le silence qui a régné à propos des inventions et des premiers vols de Clément Ader en 1897 dont un aurait été de plus de 300 mètres. Ces révélations basées sur des documents authentiques devraient permettre de mette fin à la polémique relatives aux vols effectués par les frères Wright qui, avec leur appareil, réussissent le 17 décembre 1903 quatre vols de quelques dizaines de mètres sur la plage de Kill Devil en Caroline du Nord.
Pour la petite histoire, il faut savoir que c’est ce même Clément Ader qui perfectionne le téléphone de Graham Bell en inventant le combiné réunissant par une poignée le microphone et l’écouteur. Un objet que tout le monde utilise encore de nos jours.
Le premier vol en hélicoptère
Quand on aborde le sujet de l’hélicoptère, les historiens nous parlent toujours des Chinois qui avaient, dans les temps anciens, un petit jouet qui planait dans les airs. Mais aussi du célèbre peintre Léonard de Vinci (1452-1526) qui, comme on le sait, repose dans la crypte de la chapelle Saint-Hubert du château d’Amboise en France et qui avait élaboré plusieurs ébauches à propos de ce qu’aujourd’hui nous appelons l’hélicoptère, le char de combat, le sous-marin ou encore l’automobile. C’était un visionnaire et très peu de ses projets ont pu être construits, ni même seulement réalisables.
Dans les faits, le mot hélicoptère a été inventé par Gustave Ponton d’Amécourt qui, en 1861, construit avec Gabriel de La Landelle un petit prototype d’hélicoptère avec un moteur à vapeur. Puis en 1907 à Coquainvilliers, Paul Cornu invente et pilote un engin qui s’affranchit du sol sans élan, mais reste retenu par des câbles par crainte de ne pas être maitrisé. Dans la même année, Louis Breguet et Charles Richet à Douai et Maurice Léger à Monaco mènent des expériences similaires, mais l’histoire retiendra en premier celle de Paul Cornu et la date du 13 novembre 1907comme étant celle du premier vol libre d’un hélicoptère avec son pilote. Il faudra cependant attendre le 18 février 1921 pour que le Français Etienne Oemichen réussisse pour la première fois à faire décoller un appareil à la verticale à 10 mètres de hauteur pendant une minute et le 4mai 1924 pour qu’il réussisse à parcourir une distance d’un kilomètre.
Pour conclure cette petite rétrospective, sachez que si vous avez pris un avion à réaction pour venir passer quelques jours en Floride, ce sont deux Français qui ont inventé ce type de moteur. En tout premier, René Lorin en 1913 et puis surtout René Leduc en 1936 qui va le perfectionner. Ce dernier a été désigné en 2003 comme l’une des 100 premières personnalités de toute l’histoire de l’aérospatiale.
SOURCE : Vous pouvez aussi consulter sur internet les sites suivants qui ont permis de documenter le sujet traité dans cet article : www.aerostories.free.fr - www.wikipedia.com - www.cablevision.qc.ca