20 MARS, JOURNÉE MONDIALE DE LA FRANCOPHONIE
Publication date: 1 mars 09 09:00:00
Au 21e siècle, on compte plus de 6 700 langues dans le monde, mais seules deux d’entre elles, le français et l’anglais, sont parlées et enseignées sur tous les continents de la planète. Ce rayonnement est dû au rôle très important que la France et la Grande-Bretagne ont joué dans la « découverte » du monde et la colonisation des nouveaux espaces soumis à leurs influences et, dans beaucoup de cas, à leur domination socio politique et économique. Notons cependant qu’elles ne sont pas pour autant les plus utilisées au quotidien, car dans les faits, le nombre de locuteurs utilisant une autre langue est souvent plus important et c’est peut-être pour cette raison que depuis 1990, le 20 mars a été décrété journée de la francophonie pour commémorer sur tous les continents la langue française.
Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.
Sociologue et auteur
PLACE DU FRANÇAIS PAR RAPPORT AUX PRINCIPALES LANGUES DANS LE MONDE
Voici un aperçu très schématique du classement des six premières langues naturelles classées en fonction du nombre de locuteurs dont c’est la langue maternelle ou la seconde langue.
-1e le mandarin ou « chinois » avec plus de 900 millions de locuteurs dont c’est la langue maternelle et 300 millions dont c’est la seconde langue, mais indispensable pour être performant sur le plan socio politique et économique[]. Avec un total de plus de 1,2 milliard de personnes concentrées principalement dans un seul pays la Chine.
-2e l’anglais avec 360 millions de locuteurs dont c’est la langue maternelle et 720 millions dont c’est la seconde langue utilisée occasionnellement. [] Nous avons un total de 1,060 millions de personnes réparties sur les cinq continents.
-3e l’hindoustani sous l’une de ses deux formes totalise 829 millions de personnes. Pour l’hindi nous avons 425 millions de locuteurs dont c’est la langue maternelle et 300 millions dont c’est la seconde langue soit au total 725 millions alors que pour l’ourdou (urdu) nous avons 61 millions de locuteurs dont c’est la langue maternelle et 43 millions dont c’est la seconde langue pour un grand total de 104 millions personnes.
-4e le français avec 220 millions de locuteurs francophones réels dans le monde (chiffes de l’Organisation mondiale de la Francophonie en 2007) dont on peut dire que c’est la/ou une des langues maternelles et[] 400 millions dont c’est la seconde langue et/ou une des langues étrangères utilisées couramment []soit au total plus de 620 millions de personnes réparties inégalement sur les cinq continents.
-5e l’arabe pour toutes les variétés y compris le maltais avec 205 millions de locuteurs dont c’est la langue maternelle et 200 millions dont c’est une langue seconde. Au total, []405 millions de personnes principalement réparties en Afrique du Nord et au Moyen Orient.
-6e l’espagnol avec 330 millions de locuteurs dont c’est la langue maternelle et 20 millions dont c’est la seconde langue et/ou une des langues étrangères utilisées couramment []soit au total 350 millions se trouvant principalement en Europe et sur le continent américain.
Viennent ensuite le russe, le portugais, le malais indonésien avec pour chaque langue, moins de 200 millions de locuteurs pour qui c’est la langue maternelle.
LES DIFFÉRENTS STATUTS DU FRANÇAIS EN AMÉRIQUE ET DANS LES CARAÏBES
On peut dire que dans les Amériques et dans et les Caraïbes, le français connaît un bon nombre de statuts forts différents. Cela correspond à la présence de la France depuis près de cinq siècles dans cette partie du monde.
-Au Canada. Officiellement c’est un pays bilingue avec deux langues, le français et l’anglais. Parmi les dix provinces que compte ce pays, deux d’entre elles ont un statut particulier par rapport à la langue française. Au Québec le français est la seule langue officielle et au Nouveau Brunswick, c’est officiellement bilingue français et anglais. En ce qui concerne les trois territoires, le Yukon est officiellement bilingue français et anglais. Partout ailleurs au Canada, il existe des communautés francophones plus ou moins importantes mais toujours très vivantes. Notons également que les Acadiens et les Québécois ont la particularité d’être officiellement reconnus comme constituant deux nations francophones au sein du Canada. Le Canada, le Québec et le Nouveau Brunswick sont membres de l’organisation Internationale de la Francophonie dont le dernier sommet vient de se tenir à Québec en Octobre 2008.
-Aux États-Unis. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les États-Unis d’Amérique n’ont pas juridiquement parlant de langue «officielle ». Est considérée comme langue officielle celle qui est la plus utilisée et la plus dominante. Cette situation a poussé certains états du sud des États-Unis à déclarer l’anglais langue officielle pour éviter que l’espagnol utilisé par une grande majorité de la population ne le devienne. Un autre cas très particulier, est celui de la Louisiane qui, en 1982, est devenu le seul état bilingue anglais et français des États-Unis. Notons qu’il existe également des communautés francophones importantes en Nouvelle Angleterre et en Floride sans parler des petits groupes parlant français un peut partout dans le pays.
-Dans les Caraïbes. La population des iles des Caraïbes est le résultat de cinq siècles de présence française. La langue française y connaît plusieurs statuts et a souvent donné naissance à des créoles très particuliers et propres à chaque ile. La république d’Haïti a comme langue officielle le français, mais aussi son créole. Les départements français d’outre-mer ont eux aussi le français comme langue officielle. Les iles de la Dominique et de Sainte Lucie qui sont des états indépendants, bien que de langue officielle anglaise, ont un créole français très vivant ce qui leur permet, comme la république d’Haïti, de faire partie de l’Organisation Internationale de la Francophonie.
-Les collectivités et départements français d’Amérique et des Caraïbes.
Il faut bien comprendre que ces collectivités et départements français d’Amérique et des Caraïbes font partie du territoire de la République Française au même titre que les départements de la France métropolitaine située sur le continent Européen. Les liens qu’ils ont avec la France remontent dans le temps à une époque aussi lointaine que celle de la Nouvelle France, du Québec ou de la Louisiane. Ils se répartissent en quelque sorte sur une ligne allant du nord au sud de la côte est de ce vaste continent. Nous avons en Amérique du Nord, près de Terre-Neuve, les iles de Saint-Pierre et Miquelon, dans les Caraïbes, Saint Barthélémy, Saint Martin, la Guadeloupe et la Martinique puis en Amérique du Sud, la Guyane.
CES MOTS COURANTS QUE L’ON CROIT ANGLAIS, LE SONT-ILS VRAIMENT ?
Les linguistes vous diront que plus de 50% des mots de la langue anglaise sont directement empruntés à la langue française ou au latin, mais qu’ils ont été transformés au cours des temps tout comme la langue française elle-même l’était. Deux types d’influences sont donc à noter. Tout d’abord, la prononciation du français à une autre époque que la nôtre. Pour illustrer cela, prenons les mots « cat et car » de la langue anglaise qui viennent directement des mots français chat et char, utilisés au 11e siècle par les troupes normandes de Guillaume, qui vont conquérir l’Angleterre et qui prononçaient le français avec une influence nordique qui effaçait l’effet phonétique du « h » permettant de donner le son « che ».
Les Anglais sous domination normande ont donc adopté les sons cat et car. Sur un autre plan, celui de l’évolution au cours des siècles, il faut savoir que la transformation du français par l’anglais est principalement déterminée par le fait que l’anglais est une langue de mots et de sons alors que le français est une langue de phrases et de syntaxe. Pour illustrer ce phénomène, nous avons par exemple et par ordre alphabétique les mots suivants :
Denim : Nous avons là un exemple moderne et tout à fait anglo-américain de la transformation que peut subir une expression française. En effet depuis le XVIe siècle, dans la ville de Nîmes, dans le sud de la France se tisse la « serge de Nîmes » qui est une technique donnant une étoffe grossière, très résistante, teintée en bleu et qui est utilisée depuis toujours pour des vêtements de travail. Au 20e siècle, elle va être utilisée pour les fameux « blue jeans ». Très rapidement, la contraction de cette dénomination va donner le mot « denim », sans le « es » final, nom générique donné au fameux tissu de coton bleu et que l’on prononce en oubliant que cela vient de l’expression « de Nîmes ».
Gadget : Voici un autre exemple de l’évolution phonétique d’un mot français vers l’anglais. On le voit apparaître dans la deuxième moitié du 19e siècle et pour les experts, il viendrait des mots « gâchette et gagée » quand on parle de petits outils et petits accessoires ou alors ce qui est plus connu, du nom de l’entreprise française « Gaget » (le g du milieu étant prononcé en anglais) qui pour promouvoir et financer le projet de la célèbre statue de la Liberté de New York, a lancé sur le marché une représentation miniature de la statue, créant ainsi la mode des objets publicitaires qui sont souvent très ingénieux mais rarement d’une grande utilité.
Jazz : Ce mot quant à lui a pour beaucoup des origines très diverses et très honorables, mais aucune ne fait vraiment autorité. Cependant, pour les créoles Franco-Louisianais il n’y qu’une seule explication possible, car pour eux, les plus anciens airs de musique jazz ont été chantés en créole franco-louisianais et les amateurs de ces plus anciens airs disaient « Cette musique me jase. », expression bien française!
Snob : Au 18e siècle, avec l’industrialisation de l’Angleterre, les grandes écoles ne sont plus réservées aux seuls enfants de la noblesse. Beaucoup d’industriels ont acquis de très grandes fortunes et peuvent y envoyer leurs propres enfants. Cependant, il était de tradition d’inscrire les titres de noblesse reliés à l’élève or cette nouvelle catégorie d’élèves n’en ayant pas, il fut décidé de marquer en latin « Sine Nobilitate » (sans noblesse). Inscription qui devint rapidement S.nob puis snob avec la signification moderne qu’on lui connaît.
Sport : Le fondateur du « petit Larousse » Pierre Larousse nous permet de découvrir dans son dictionnaire l’origine du mot sport des temps modernes : « Le mot Sport n’est pas, comme beaucoup l’ont cru, une expression empruntée à la langue anglaise. Il vient du vieux français Desport qui signifie divertissement ». On peut même rajouter qu’en espagnol nous avons le mot « deporte » qui vient de la même racine.
Nous pourrions sans aucun doute en trouver bien d’autres, mais ce sera peut- être pour une autre fois!
Source : Vous pouvez aussi consulter sur internet les sites suivants qui ont permis de documenter le sujet traité dans cet article : www.culture-generale.fr – www.republiquefrancaise.com –www.wikipedia.org - www-francophonie.org