JACKSONVILLE, UNE DESTINATION ESTIVALE MÉCONNUE
Publication date: 30 avr. 09 09:00:00
La majorité des
Québécois qui viennent en Floride en utilisant leur voiture passent par
Jacksonville, mais combien prennent de temps de s’y arrêter pour la découvrir.
Pourtant, plus on avance dans le temps, plus elle offre aux visiteurs des
attractions touristiques dignes des autres villes de la Floride. Historiquement
parlant, la région de la côte est de la Floride est très certainement habitée par les
humains depuis des millénaires. C’est une hypothèse qui est confirmée par le fait qu’en 1990 des
travaux réalisés pour la I-95
à la hauteur de Titusville près du Cap Canaveral, ont mis à jour des ossement
humains vieux de plus de 7 000 ans.
Par Gérard Charpentier Ph. D.
Sociologue et auteur
LE VILLAGE INDIEN OSSACHITE ET LE FORT LA CAROLINE BIEN AVANT JACKSONVILLE
On estime que le site géographique où se situe maintenant Jacksonville est connu lui aussi depuis des millénaires. De toute évidence, les indiens Timucua ont occupé les lieux depuis environ 5 à 6 000 ans avant l’arrivée des Européens. On pense que le village d’Ossachite fut au travers des temps le plus important ensemble d’habitations qu’ils bâtirent dans cette région. C’est en 1562, que les Français, sous la conduite de Jean Ribault et René Goulaine de Laudonnières ont été les premiers à construire un fort et y installer une petite colonie majoritairement composée de protestants. Malheureusement, les Espagnols qui revendiquaient cette région et qui étaient radicalement catholiques, n’eurent de cesse d’éliminer cette colonie française composée d’hérétiques. Après le massacre de La Matanzas en 1565, ils ont occupé le fort en le rebaptisant San Mateo. Ils l’abandonneront en 1569 quand la construction du fort de Saint Augustine un peu plus au sud sur la côte océanique va permettre de recevoir en toute sécurité la nouvelle colonie espagnole.
LE PASSÉ RÉCENT DE JACKSONVILLE
Pendant environ deux siècles, la vie coloniale essentiellement espagnole, va s’organiser autour de Saint Augustine et il va falloir attendre 1791 pour que des colons et des fermiers d’origine anglo-saxonne s’installent de façon permanente dans la région de l’ancien Fort La Caroline. Pendant 42 ans, le premier nom de ce petit village va être tout simplement Cowford, c’est-à-dire là où les vaches (cow) passent à gué (ford). Ce n’est qu’en 1832, quand la Floride devient un territoire puis un des états des États-Unis, que le nom de Jacksonville lui est donné et qu’elle deviendra par la suite l’importante agglomération que nous connaissons en 2009. Elle porte le nom du général Andrew Jackson qui fut le premier et unique gouverneur militaire de la Floride et qui sera quelques années plus tard, le septième président des États-Unis. Notons également que Jacksonville est localisée dans le comté de Duval créé en 1822 et qui porte le nom du premier gouverneur civil de la Floride W.P. Duval. Vous pouvez lire à ce sujet l’article dans ce même numéro intitulé «Le premier Gouverneur civil de la Floride avait des origines françaises».
Au cours de son histoire, plusieurs événements ont marqué la ville et sa population. On peut tout d’abord noter les destructions causées par la guerre civile, bien que la ville n’ait jamais été le lieu d’affrontements militaires, le champ de bataille le plus proche étant Olustee. En effet, la ville ayant connu plusieurs sièges et ayant changé plusieurs fois de mains est sortie de la guerre civile fortement endommagée et a nécessité beaucoup de reconstructions. De plus en 1886-88, la ville a connu un exode important à cause d’une épidémie de fièvre jaune semant la panique dans plus de la moitié de la population. La série des catastrophes allait se continuer et elle semble se terminer, avec ce que les habitants de la ville appellent «The Great Fire of 1901 » qui, en huit heures, allait détruire tout le secteur industriel de la ville et jeter à la rue plus de 10 000 personnes. On peut dire que c’est à cette époque que Saint Augustine a connu un développement touristique plus important et que Miami et Palm Beach sont devenues des destinations de plus en plus fréquentées.
JACKSONVILLE A ÉTÉ UN DES BERCEAUX DU MOUVEMENT POUR LES DROITS CIVILS
Contrairement à ce qui est généralement véhiculé par les médias, le mouvement pour les droits civils n’a pas pris naissance en Alabama, mais bien à Jacksonville dans les années 1910. Les toutes premières contestations portaient sur la ségrégation raciale dans les transports en commun de la ville, mais il faut dire que le mouvement ne dura pas longtemps et c’est certainement pour cela que les historiens oublient souvent que tout a débuté dans cette ville. Les conflits raciaux dans la ville n’ont pas pour autant cessés et au cours des années suivantes, les manifestations et les actes de violence se sont succédés. Un des plus importants est certainement celui du 27 août I960, connu sous le nom du « Ax Handle Saturday » où des hommes blancs, membres du Ku Klux Klan, armés de bâtons de baseball et de haches ont attaqué des groupes de manifestants noirs pacifiquement assis devant des restaurants où la ségrégation était pratiquée. Rapidement, la violence dégénéra et la foule des blancs s’est mise à attaquer tous les afro-américains présents. En 1995, à l’occasion de l’élection de Nat Glover, un afro-américain, comme sheriff du comté de Duval de nouvelles violences d’une intensité encore plus forte vont éclater.
Jacksonville présente aussi la particularité de faire partie de ce que les États-Uniens appellent la « Bible Belt » c’est-à-dire cette couronne où les églises sont très présentes et très actives. Le protestantisme évangélique faisant partie de la vie sociale et de la culture de la ville. Plus de 350 000 fidèles fréquentent 794 églises! La plus importante, la « First Baptiste Church of Jacksonville » regroupe à elle seule 28 000 fidèles. Les catholiques romains, quant à eux, sont environ 160 000 et fréquentent 51 églises. Comme on peut le constater, la religion a sa place dans la vie sociale de Jacksonville, pour ne parler que de ces deux groupes de chrétiens pratiquant ouvertement leur religion.
JACKSONVILLE UN CARREFOUR ÉCONOMIQUE EN PLEINE EXPANSION
De par sa localisation sur les rives de la rivière Saint John, la ville s’est toujours trouvée à la croisée des chemins tant maritimes que terrestres. De nos jours, elle se place dans le peloton de tête des villes des États-Unis et de la Floride et le « front de mer » de son centre-ville, que l’on peut voir quand on circule sur la I-95, est désormais célèbre.
Notons tout d’abord sur le plan territorial, qu’elle est depuis 1968 la ville la plus étendue en termes de superficie, des États-Unis et la onzième sur le plan mondial. Elle doit ce statut au fait que le comté et la ville ont mis leurs structures administratives en commun et ne forment plus qu’un seul ensemble. Sur le plan démographique, Jacksonville comptait à peine 1000 habitants en 1870! Aujourd’hui, avec une population de plus de 830 000 personnes, elle est la plus populeuse de la Floride et la treizième aux États-Unis. Quand on évalue tout l’ensemble urbain relié à Jacksonville, on atteint le chiffre de 1,3 million de résidents, dont la moyenne d’âge se situe aux environs de 34 ans. Au niveau de sa population, il faut dire que Jacksonville se place également au premier rang des villes de la Floride en ce qui concerne les afro-américains qui sont plus de 240 000, ce qui représente plus de 34% des habitants. Les blancs, quant à eux, sont environ 64%. Le reste de la population est très diversifiée, mais il faut noter que la concentration des ressortissants d’origine arabe est de plus en plus importante et fait de Jacksonville la dixième ville des États-Unis en ce qui concerne cette population.
De plus, les spécialistes en économie ne manqueront pas de vous faire remarquer que Jacksonville est un carrefour à tous les niveaux. Elle est un point de croisement des autoroutes Nord-Sud, Est-Ouest, elle a un aéroport international (JAX) et possède le port maritime ayant les eaux les plus profondes du sud des États-Unis. La diversification de ses activités économiques est réelle et fait de cette ville un centre extrêmement dynamique. Citons pour mémoire que la super chaîne d’alimentation Winn-Dixie, les restaurants Bubba Burger, Colomer USA, le fabriquant des produits Revlon et bien d’autres compagnies ont leur siège social et développent leurs activités à partir de Jacksonville.
Jacksonville est toujours très impliquée dans l’industrie du film et de la télévision. En effet, il faut savoir que dans les années 1900 la ville avait mérité le titre de « Winter Film Capital of the World » rien de moins. Plus de 30 studios employaient plus de 1000 acteurs, mais le climat social et politique instable fit que la majorité de ces entreprises quittèrent Jacksonville et la Floride pour Hollywood en Californie. À partir de cette époque, même si beaucoup de films et séries télévisées sont encore produits ici, les activités cinématographiques sont de plus en plus espacées.
Jacksonville est une ville en pleine expansion et elle est jumelée à 6 villes dans le monde ce qui augmente sont rayonnement international.
- Bahia Blanca, Argentina (depuis 1967)
- Murmansk, Russia (1975)
- Masan, South Korea (1983)
- Nantes, France (1984)
- Yîngkou, China (1990)
- Port Elizabeth, South Africa 2000
JACKSONVILLE, ZONE MILITAIRE NAVALE STRATÉGIQUE POUR LES ÉTATS-UNIS
II ne faut jamais oublier que Jacksonville est un port naturel de première qualité, les premiers colons ne s’étaient pas trompés et cela veut dire en termes militaires que c’est une zone stratégique. Pendant la seconde Guerre Mondiale, la « Naval Air Station Jacksonville » ou « NAS JAX » a été un centre d’entraînement de premier ordre. Plus de 20 000 pilotes et personnel navigant y ont été formés. L’escadrille des « Blues Angel » y a été basée à ses débuts, avant d’être transférée tout d’abord à la NAS Corpus Christ! Puis par la suite à la NAS Pensacola. Aujourd’hui, la NAS JAX emploie plus de 24 000 civils et se place au 3e rang des bases navales militaires des États-Unis.
JACKSONVILLE UNE DESTINATION ESTIVALE MÉCONNUE
Conséquence directe de son importance territoriale et de la rapide croissance de ses activités, Jacksonville s’est progressivement divisée en quatre grands secteurs. Le Nord, le Sud, l’Ouest et l’Est, ce dernier étant certainement le secteur qui connaît le développement le plus caractéristique. L’Est de la ville est délimité géographiquement par ce que l’on a l’habitude d’appeler « l’intracostal Waterway »; cette fameuse voie maritime parallèle à la côte qui sépare le continent des terrains et dunes donnant sur l’océan où l’on retrouve le « Jackson Beach ». C’est dans ce secteur que Jacksonville a décidé de développer le plus grand parc urbain des États-Unis. Sur un territoire de plus de 320 Km2 (80 000 acres) on retrouve 337 bourgs et bourgades où des centres récréatifs et un bon nombre de bars et discothèques ainsi que des boites de nuit. C’est également dans ce secteur que se trouvent le «Jacksonville Landing shoping center » et le « Riverwalk ». Ce parc connaît déjà un franc succès et on peut parier qu’un jour, il deviendra une destination estivale de choix.
Malgré ses magnifiques installations estivales on peut sans se tromper que Jacksonville reste méconnue des touristes québécois et canadiens. Elle possède pourtant des dizaines de musées, de centres culturels et théâtres avec un calendrier d’événements culturels sans pareil. Tous les ans, en avril, elle est l’hôte du « Jackson Jazz Festival », le second en importance aux États-Unis et pour les passionnés de la vie animale, ils peuvent visiter le « Jackson Zoological Gardens » qui est le second Zoo de la Floride pour la diversité des animaux qui y sont. Pour les vacanciers qui recherchent avant tout les plaisirs du bord de mer, il faut alors sortir de Jacksonville, et ils ont l’embarras du choix avec Jacksonville Beach, Fernandina Beach, Atlantic Beach, Baldwin, Callahan, Fruit Cove, Hastings, Milliard, Glen Saint Mary Keystone Heights, Macclenny, Mayport, Middleburg, Neptune Beach, Green Cove Springs, Fleming Island, Orange Park, Penney Farms, Ponte Vedra, Yulee ou encore Saint Augustine plus au sud. Les plages ne manquent pas, mais certains vous diront que ce n’est pas Miami où en hiver, les risques de gel sont inexistants!
Sources : Vous pouvez
aussi consulter sur internet les sites suivants qui ont permis de documenter le sujet
traité dans cet article :
www. wikipedia.org/wiki/Jacksonville www.cviog.uga.edu/Proiects/gainfo/ ftcaroline.htm
LE « TIMUCUAN PRESERVE »
Ce parc national situé au nord de Jacksonville se veut être le site historique commémorant non seulement la nature de la région à l’époque de la colonisation, mais aussi l’histoire de la naissance de la ville. Il comprend plusieurs sites à visiter.
Tout d’abord, le parc lui-même qui est un immense espace naturel renfermant des marécages et un milieu humide encore sauvage longeant la côte Atlantique où il est également possible de découvrir de très belles forêts, des marais salants et des dunes de sables tout le long du littoral. Plusieurs installations y ont été aménagées et permettent de retracer 6 000 ans de présence humaine et les débuts de la colonisation française, espagnole et européenne.
En règle générale le parc et ses installations, où des expositions sont régulièrement présentées, sont accessibles au public tous les jours de l’année, sauf pour le Thanksgiving ainsi que le 25 décembre et le 1e janvier. Les heures d’ouverture varient suivant le site considéré de 8H/9H le matin, pour fermer le soir entre 16H45/17H et parfois 18H. Précisons que des abris ont été construits où il est possible de pique-niquer, mais aucun feu n’est permis.
Il est toujours recommandé de s’informer sur Internet ou en téléphonant avant de s’y rendre, car il peut y avoir des variations.
LE « FORT CAROLINE NATIONAL MEMORIAL » ET LA COLONNE RIBAULT
II est situé au 12713 Fort Caroline Road, Jacksonville. On peut y voir des expositions retraçant la vie sauvage dans l’estuaire de la rivière Saint John, baptisée à l’époque « Rivière de Mai » par les Français, mais aussi comment la vie des indiens Timucuans et des premiers colons français, espagnols et anglais était organisée.
On y retrouve également des plans du fort La Caroline, mais aussi une réplique quasiment de grandeur nature, ce qui permet de découvrir comment en 1562, les colons français avaient organisé leur colonie et comment ils se protégeaient. Une piste en pleine nature et un observatoire ont également été aménagés d’où il est possible d’admirer la nature restée identique depuis plusieurs siècles et telle que les premiers colons ont pu la voir au 16e siècle.
La colonne Ribault quant à elle est située à environ un demi-mille à l’est du mémorial du fort La Caroline. C’est une reproduction de la colonne originale en pierre que les premiers colons français dirigés par Ribault, ont érigée en 1562 à l’embouchure de la « Rivière de Mai ».
Depuis l’esplanade sur laquelle se dresse la colonne, il est possible d’admirer la rivière et les marais salants avoisinants qui sont régulièrement recouverts par les marées océaniques.