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LE PREMIER GOUVERNEUR CIVIL DE LA FLORIDE AVAIT DES ORIGINES FRANÇAISES

Publication date: 30 avr. 09 09:00:00

La Floride a connu au travers des siècles un peuplement fort diversifié. À l’origine, ce sont les indiens Timucua qui furent les premiers à s’y installer, puis vinrent les Européens au moment de la colonisation. On peut dire que d’un point de vue historique, la Floride est reconnue comme une terre conquise et colonisée par les Espagnols, mais elle présente aussi la particularité d’être une terre où les Français, sans parler des Anglais, ont également laissé leurs marques.

Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.

      Sociologue et auteur

La présence des Français dans cette région, mais aussi en Caroline, est à relier directement à la grande crise qui a secoué la France et l’Europe durant les 16e et 17e siècles. On assiste alors à une véritable révolution religieuse. C’est la naissance du « Protestantisme » qui occasionne des luttes fratricides et sanglantes. En France, le point culminant est marqué en 1572 par le massacre de la Saint Barthélémy (entre 30 et 70 000 morts) suivi de persécutions plus ou moins importantes. Cette situation encourage et oblige parfois bon nombre de protestants qu’on surnomme les « Huguenots » à fuir leur pays.

Dès 1562-64-65 sous le commandement de Jean Ribault, officier de marine et de René Goulaine de Laudonnière, une toute première tentative de colonisation est menée sur l’île Parris, près de Beaufort (Caroline du Sud) où Charlesfort est fondée puis abandonnée en 1564. À la même époque, le Fort La Caroline est bâti sur les rives de l’actuelle « Rivière de Mai » (Saint John) non loin de Jacksonville (comté de Duval). En fait, il est possible de dire que c’est historiquement parlant, la première fortification construite (avant Saint Augustine) dans l’espace actuel des États-Unis. La présence de ces protestants français dérange cependant les très catholiques Espagnols. Les affrontements sont inévitables et se termineront par le massacre en 1565 de la majorité des colons et soldats français présents dans la région. Seuls les catholiques et les non-combattants sont épargnés et envoyés dans les galères espagnoles.

Par la suite, mais plusieurs décennies plus tard, de nombreux Français huguenots et catholiques, vont s’installer au Nouveau Monde, mais aucune tentative de colonisation ne sera faite. Les nouveaux arrivants vont s’intégrer dans ce qui existe déjà et devenir les premiers franco-américains. Il en sera ainsi pour Daniel Duval ou Du Val, (les deux orthographes sont utilisées) le père de William Pope Duval qui est un de ces Huguenots ayant choisi de quitter son pays natal et de s’installer dans le Nouveau Monde.

ORIGINES FAMILIALE DE WILLIAM POPE DUVAL

Daniel Duval, est né en France en 1682 dans une famille de la petite noblesse Normande qui compte alors autant de protestants que de catholiques. Lui-même est marié à une catholique, Anne Pope, ce qui ne rend certainement pas la vie facile.

Après un petit séjour en Angleterre, le couple décide finalement de partir pour le Nouveau Monde. La traversée se fait à bord du vaisseau « Le Nasseau » qui jette l’ancre le 5 mars 1701 dans la rivière York en Virginie. C’est le début d’une grande aventure dont les descendants, plus de trois siècles après, sont toujours très actifs. De son premier mariage avec Anne, il a quatre garçons, dont William Pope et une fille. Par la suite, il aura trois autres filles avec sa seconde femme.

WILLIAM POPE DUVAL, UNE VIE ENGAGÉE

II est né le 4 septembre 1784 à Mount Confort près de Richmond en Virginie, où il grandit au sein de sa famille. À noter que son deuxième prénom est en fait le nom de jeune fille de sa mère, ce qui est vraiment exceptionnel pour l’époque.

-À l’âge de 14 ou 16 ans, il décide de voler de ses propres ailes et part pour le Kentucky. Il s’installe à Bardstown où il fait des études de droit tout en travaillant.

-En 1804, alors qu’il a 20 ans, il est accepté au barreau du même état et se marie avec Nancy Hynes.

-En 1812, lors de la guerre contre les indiens, il sert comme volontaire et assume le commandement d’une compagnie de « Mounted Rangers ». Tout comme son père et comme beaucoup de membres de la famille Duval, il n’hésite pas à servir militairement son pays.

-De 1813 à 1815, il est représentant au congrès du Kentucky, mais il ne brigue pas une réélection et retourne à la pratique du droit.

Sa vie va changer du tout au tout quand en 1821, il accepte de devenir Juge des États-Unis pour la région Est de la Floride qui vient de devenir un nouveau territoire des États-Unis. Il a alors 27-28 ans et on le charge de revoir les lois pour l’ensemble du territoire, ce qu’il va faire pendant environ deux ans. Il cessera rapidement d’exercer cette fonction, car le 7 avril 1822, le Président James Monroe le nomme Gouverneur de la Floride en succession au Général Andrew Jackson qui en était le Gouverneur militaire. W P. Duval devient ainsi le premier Gouverneur civil de la Floride. Il le sera jusqu’en 1834, après avoir été renommé à ce poste deux fois de suite, par les présidents John Quincy Adams et Andrew Jackson qui fut également le premier et seul gouverneur militaire de la Floride.

Pendant les 12 ans de son administration en tant que Gouverneur, il divise la Floride en quatre régions, la ville de Tallahassee devient la capitale de la Floride, il signe les tous premiers actes législatifs de la Floride en tant que territoire, établi les fondements d’une cour de justice, organise le système scolaire en ouvrant des écoles et finalement négocie avec les indiens une paie relative.

Après 1834, alors que son mandat de Gouverneur est terminé, il continue à œuvrer dans le monde juridique et politique, mais à partir de 1848, il passe la majeure partie de son temps au Texas où plusieurs de ses enfants se sont installés. L’un de ses fils, Burr H. Duval a également donné son nom à un des comtés de cet état.

Notons que durant toute sa vie, son frère John propriétaire de la plantation « Belle Aire » prés de Tallahassee, fut très proche de lui. Personnalité influente au sein des Franc Maçons, il lui a toujours apporté toute son aide. William Pope Duval est décédé à Washington le 19 mars 1854 à l’âge de 70 ans et est enterré dans le cimetière du congrès, dans la capitale des États-Unis.

Après sa mort, son nom est donné à de très nombreuses rues au travers de l’état de la Floride, la plus célèbre étant certainement celle de Key West. Le comté de Duval avait quant à lui, été créé en 1822. Sa femme Anne, avec qui il a eu huit enfants, dont cinq nés en Floride, repose dans le cimetière Saint Joseph de Port Saint Joe, dans le comté de Gulf.

LA FLORIDE ET LES HUGUENOTS

Après la tentative de Fort La Caroline, les Français de religion protestante (Huguenots) se sont rarement installés directement en Floride. Tout au long du 17e siècle et ce jusqu’à la moitié du 18e, on connaît pour ainsi dire une deuxième vague d’immigrants Huguenots. Beaucoup débarquent en Caroline du Sud à Charleston, ville à l’époque très prospère. Le flot des nouveaux arrivants augmente tout particulièrement à la suite de la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685. À Charleston, on retrouve encore de nos jours le quartier français avec son église de style Gothique où les descendants des Huguenots peuvent toujours y pratiquer leur culte. En fait, c’est en 1687 que le tout premier édifice a été construit et le cimetière tout proche est là pour témoigner de ce passé.

LA FLORIDE COMPTE DE NOS JOURS 7 CHAPITRES DE LA “HUGUENOT SOCIETY OF AMERICA”

La « Huguenot society of America » a été fondée à New York en 1883 par le Révérant Père Alfred V. Wittmeyer, Recteur de l’Église du Saint Esprit des Huguenots français de New York. Cette association est basée sur quatre principes fondamentaux ayant pour but de promouvoir la liberté de religion et de perpétuer la mémoire des premiers colons Huguenots tout en développant l’entraide entre ses membres. Il est à noter que cette association religieuse ne cherche pas à défendre ou promouvoir la culture française des Huguenots, ce qui explique peut-être le fait que la majorité de ces derniers ne parlent plus la langue de leurs ancêtres, mais seulement l’anglais.

On peut également noter que la «Huguenot society of America » compte en 2009, 46 chapitres répartis dans 38 états sur les 50 que comptent les États-Unis plus le « District of Columbia ».

La Floride est le seul état qui en compte 7. Seulement 3 autres états comptent plus d’un chapitre. Tous ces chapitres de la Floride portent des noms évocateurs reliés directement à l’histoire des Huguenots en France, en Floride ou dans le reste des États-Unis. Nous avons :

-Amiral Gaspard de Coligny (1519-1572) : À l’époque, il est un des chefs de file des Huguenots. C’est un proche d’Henri de Navarre, le futur roi de France, Henri IV.

-Ernst d’Erlach : Il est issu d’une famille noble et a marié en 1566 la princesse indienne Issena de la tribut Timucuan. Ce mariage est considéré comme le premier mariage chrétien au Nouveau Monde.

-Fleur de Lis : C’est le symbole de la royauté Française.

-Fort Caroline : Cela rappelle la brève implantation de 1563 à 1565, des colons Huguenots non loin de Jacksonville en Floride.

-Henry de Navarre : II est mieux connu sous le nom d’Henri IV devenu roi des français en 1598. Il est assassiné par un fanatique en 1610.

-Jean Calvin (1509-1564) : C’est le père spirituel du Calvinisme et il est considéré comme un des chefs les plus importants de la Réforme. Il est Français et à dû s’exiler en Suisse. C'est un juriste humaniste et théologien de renom, auteur de nombreux ouvrages influents dont « Institution de la religion chrétienne ».

-Louis DuBois 1626-1696 : Personnage reflétant bien la dimension des Huguenots en Amérique. Né en France dans une famille de protestants, il s’installe en Amérique dans les années 1660 où il connaît la prospérité.

Sources : Vous pouvez aussi consulter sur internet les sites suivants qui ont permis de documenter le sujet traité dans cet article :

www.huguenotsocietyofamerica.org - www.huguenot.netnation.com -www.answers.com/topic/william-pope-duval - www.glflamason.org