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LE PHÉNOMÈNE RENO

Publication date: 27 août 09 09:00:00

Entre la femme et la chanteuse, il y a un fossé et pourtant, les deux finissent par se rejoindre dans sa voix et dans le cœur du public québécois qui l’adore et l’admire.

Par Richard Huet

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De la jeune fille qui chantait devant les Woolworths et les 5-10-15 pour quelques sous et pour le plaisir, qui courait les concours d’amateurs sous la tutelle de Jean Simon à la vedette du disque et de la télévision qui enregistrait à Londres, New York, Paris, Toronto et Montréal pour se retrouver devant cette femme de 63 ans qui doute encore d’elle-même, il y a des années de bravos et de silences, de triomphes et d’absences.

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Adolescente, Ginette avant déjà ce sourire ravageur et ce charme qui allaient conquérir bien des coeurs...

Des questions et des cris d’amour mis en musique et toujours véhiculés par cette voix unique au monde qui a su conquérir le cœur d’un peuple tout entier. Jamais conquérante n’aura eu la foi en soi si fragile. Ginette Reno n’est pareille à personne, et c’est en étant ce qu’elle est qu’elle s’est assurée cette place dans notre univers. De chanteuse pop juvénile, elle est devenue productrice, femme d’affaires, comédienne, et grande interprète de textes solides et profonds. Entre ses chansons-plaisirs, se retrouvent les chansons-confidences où ses malaises et ses joies sont étalés au grand jour. Personne avant elle n’avait réussi à établir un tel contact avec un public qui vit au rythme de ses battements de cœur. Et pourtant, elle doute encore d’elle-même… L’enfant qu’elle est toujours et la femme qu’elle est devenue vivent une éternelle quête d’amour avec un grand « A » et une soif de passion qui forgent ce caractère et ce talent. Terriblement complexe, elle est pourtant entière.

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La maturité va merveilleusement bien à Ginette Reno.

Depuis la première fois où je l’ai rencontrée au début des années ’60 dans un tout petit magasin de disques à Verdun (dont je suis devenu le gérant quelques années plus tard) où elle poursuivant une tournée de promotion pour son tout premier 45 tours en compagnie de Michel Girouard, je l’ai trouvée terriblement belle. Et il en est encore ainsi aujourd’hui. J’ai eu l’occasion de faire des émissions de télévision avec elle au fil des années mais je n’ai jamais eu le courage de lui dire mon admiration. Il faut dire que ces compliments la gênent et la rendent mal-à-l’aise.

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Véritable trésor national et ambassadrice, elle a chanté: en France, en Angleterre, aux États-Unis et à travers le Canada avec un immense succès.  Mais son coeur est bien au Québec.

De succès en succès, très nombreux et très variés, d’histoire d’amour en peine d’amour, elle a forgé un parcours qui n’est comparable qu’à celui de Piaf. À 63 ans, voulant quitter la scène, elle s’est permise un cadeau d’adieu intitulé « Fais-moi la tendresse » où elle se donne sans retenue avec la complicité de son fils Pascalain à la réalisation. C’est le triomphe immédiat à tous les niveaux, un bijou de réalisation et d’interprétation. Malheureusement pour Ginette, ses adieux sont ratés car personne ne veut la laisser partir et cette femme qui doute constamment doit se faire à l’idée que l’Amour ne la quitte pas et qu’il ne partira pas. Se retrouvant sur les Plaines d’Abraham avec Céline Dion, elle craignait pourtant de se faire éclipser. Encore une fois, elle s’est trompée sur son pouvoir d’enchantement et le mariage de nos deux plus grandes voix n’aura servi qu’à prouver que la position de Ginette Reno dans notre culture, dans notre âme et dans notre cœur n’a jamais faiblie et qu’elle est toujours unique et irremplaçable. Les jours où il fallait aller en Europe ou aux États-Unis pour chercher de grands talents sont bel et bien révolus. L’or et le diamant se sont épousés ce soir-là pour aller un peu plus haut, un peu plus loin…et nous emmener avec eux.

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Notre dernière rencontre remonte au lancement officiel de son magnifique film "Le secret de ma mère" qui est maintenant disponible sur DVD.