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SI LA «STATUE DE LA LIBERTÉ» M'ÉTAIT CONTÉE

Publication date: 27 août 09 09:00:00

Depuis 1886, se dresse dans le port de New York dans l'embouchure de la rivière Hudson la statue de la Liberté éclairant le monde (The statue of Liberty Enlightening the World). La torche tenue bien haut dans sa main droite étant le symbole de la liberté accueillant tous les peuples du monde venant vivre dans ce pays.

Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.

      Sociologue et Auteur

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Elle commémore également les liens d'amitié fran­co-américains tissés aux cours des siècles, car elle a été donnée par le peuple français au peuple américain. Aujourd'hui, elle est avec 4,5 à 5 millions de visiteurs annuellement, le monument le plus visité de la ville de New York et les voyageurs peuvent par beau temps l'apercevoir depuis le Battery Park ou encore depuis le NJ turnpike.

À son origine, les français de Laboulay et Bartholdi

Si on doit cette colossale statue ainsi que bien d'autres créations artistiques de renommée mondiale au sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi, né à Colmar dans la région de l'Alsace en 1834 et décédé en 1904, on doit l'idée originale d'un tel geste à l'un de ses amis, l'historien Édouard René Lefebvre de Laboulay grand admirateur des institutions politiques américaines et favorable à l'instauration d'une troisième république de type libérale, à la place du régime de Napoléon III qu'il jugeait trop oppressif.

Les Etats-Unis, qui sortaient tout juste de la guerre de sécession, véritable guerre civile entre le Nord et le Sud (1861-1865), devaient quant à eux fournir un terrain pour recevoir cette gigantesque sculpture.

Il avait été prévu que la statue serait inaugurée lors du centenaire de la déclaration d'indépendance des États-Unis, mais n'ayant pu être terminée à temps, seul le bras soutenant la torche fut présenté en 1876, à l'exposition de Philadelphie, devant un public enthousiasmé. Cette exposition consacra définitivement Bartholdi comme sculpteur aux États-Unis, car en même temps que le bras de la statue de la Liberté, il y exposait également une statue du Marquis de Lafayette ainsi qu'une monumentale fontaine placée devant le bâtiment principal de l'exposition.

Bartholdi et sa fiancée de Montréal

Pour la petite histoire, ce voyage de Bartholdi aux États-Unis revêtit en dehors de l'exposition une importance capitale dans sa vie. En effet, il en profita pour faire un saut jusqu'à Montréal et retrouver une jeune femme, Jeanne-Emille Baheux de Puysseux qu'il avait quelques temps auparavant rencontrée chez son ami J. La Farge. Il est certain que cette rencontre fut décisive car ils se marièrent au mois de décembre suivant.

Une prouesse technique pour l'époque

Cette statue présente en effet la particularité d'être la première statue au monde dans laquelle on entre pour atteindre le sommet de la tête.

Sur le plan technique, deux hommes vont participer à la conception de ce chef-d'œuvre. Tout d'abord, on confie à l'architecte Eugène Viollet-Le-Duc le choix de déterminer le matériau extérieur de la statue. Il fait un choix très audacieux, celui du cuivre traité avec la technique du « repoussé. ». La torche sera cependant recouverte de feuilles d'or. L'ingénieur Gustave Eiffel déjà connu en France pour la fameuse tour Eiffel, devra quant à lui concevoir la structure métallique créant les formes de la statue et supportant le cuivre constituant l'enveloppe extérieure.

L'ensemble des travaux étant supervisés par une sorte de consortium franco américain, les tâches vont être réparties d'un commun accord.

-Les Français étant responsables non seulement de la création artistique de la statue, mais aussi de son assemblage une fois sur le sol américain ainsi que de son entretien dans le temps. Ce sera d'ailleurs le cas en 1981. En effet, en prévision des fêtes du bicentenaire des Etats-Unis, des restaurations importantes et majeures coûtant 86 millions de dollars seront réalisées. Deux années de travail permirent entre autre d'installer un ascenseur intérieur, de remplacer la torche et de changer 1 600 morceaux de fer forgé.

-Les États-Unis de leur côté devant déterminer un site et y construire la base de la statue, mais la pierre utilisée pour composer le socle proviendra des carrières de Euville dans la Meuse en France, car elle est réputée pour sa blancheur et sa faible érosion par rapport aux effets de l'eau de mer.

Le 22 février 1877, date de naissance de George Washington, premier président des États-Unis, le congrès approuve la suggestion de Bartholdi et choisit l'île de Bedloe, du nom du propriétaire, comme futur site de la statue. Cette petite île de 49 000 m2 est située dans l'embouchure de la rivière Hudson, elle est géographiquement parlant dans les eaux territoriales de l'état voisin du New Jersey, mais la statue est considérée comme un des monuments de la ville de New York située quant à elle dans l'état de New York sur la rive est de la rivière Hudson. À noter que l'île va garder ce nom jusqu'en 1956, année à laquelle le président Eisenhower approuve la résolution du congrès décidant l'adoption d'un nouveau nom, celui de l'île de la Liberté (Liberty Island).

Finalement le 4 juillet 1884, Ferdinand de Lesseps, réalisateur du canal de Suez, promoteur du canal de Panama et responsable de l'Union Franco-Américaine qui coordonne le financement et toutes les activités autour de la réalisation d'une telle œuvre, présente la statue finie à l'ambassadeur des États-Unis en France, Levi Parson Morton. La statue expédiée de Rouen en France arrivera aux États-Unis en 214 paquets le 17 juin 1885.

Une fois terminé, ce sera un monument unique en son genre dans lequel un escalier intérieur de 168 marches permet d'atteindre la tête de la statue et ensuite grâce à une échelle de 54 barreaux, d'atteindre la torche à une hauteur d'environ 17 mètres plus haut. L'ensemble du monument comprenant la statue de 225 tonnes et la construction qui la supporte, totalise une hauteur de 93 mètres, la statue seule ne faisant que 47 mètres. À l'époque, c'est la plus haute structure de New York.

Cérémonie officielle d'inauguration et naissance du « Ticker-Tape Parade »

La cérémonie officielle d'inauguration se fait le 28 octobre 1886 sous la présidence de Grover Cleveland, en présence de Bartholdi, de sa femme, du comte Ferdinand de Lesseps, de nombreuses personnalités françaises et américaines ainsi que de plus d'un million de personnes massées dans les rues de New York pour assister à une parade monstre de 20 000 figurants. L'historien de Laboulay quant à lui n'eu pas la chance de voir l'accomplissement de son idée, il était mort durant l'hiver 1883.

Pour continuer cette page d'histoire, on peut dire que c'est véritablement à l'occasion de cette inauguration que prit naissance la fameuse « New-York Ticker-Tape Parade » qui marque encore de nos jours les grands évènements américains. En effet, ce jour là, seul le quartier de Wall Street était resté au travail et lors du passage de la parade, les employés se mirent à jeter par les centaines de fenêtres de leurs bureaux les rouleaux de papier utilisés pour les téléscripteurs, envahissant ainsi en quelques instants le ciel de rubans torsadés comparables à des serpentins.

La statue de Liberté connaitra un autre moment historique le 4 juillet 1986, car une manifestation grandiose suivie par plus d'un milliard et demi de téléspectateurs eut lieu pour célébrer non seulement le centenaire de la statue, mais aussi la fête nationale et le bicentenaire des États-Unis. Le Président alors en exercice Ronald Reagan déclara au nom de tous les américains que les États-Unis se sentaient le gardien de la flamme de la liberté et qu'ils la tenaient haute pour que le monde entier puisse la voir (We are the keepers of the flame of liberty; we hold it high for the world to see).

Les répliques de la statue dans le monde et le début des « gadgets »

Il faut savoir que le 18 février 1879, Bartholdi qui est aussi un homme d'affaires averti, obtient le brevet (D11, 023) [protégeant ses droits en tant que créateur de la statue qui est avant tout une œuvre d'art. Ce brevet décrit les principaux éléments en ces termes : « Une statue représentant la Liberté éclairant le monde, qui consiste, fondamentalement en un personnage féminin drapé, avec un bras levé, portant une torche, alors que l'autre tient une tablette gravée, et avec un diadème sur la tête, en substance comme indiqué plus avant ». Viennent par la suite d'autres précisions décrivant certains détails de l'œuvre.

Au cours des temps, la statue de la Liberté à été reproduite totalement ou partiellement à différentes échelles et de différentes façons.

Les toutes premières miniatures de la statue furent commercialisées et distribuées aux nombreuses personnalités présentes lors de la cérémonie d'inauguration du 28 octobre 1886. Elles furent réalisées par l'entreprise française Gaget-Gautier (aujourd'hui société Miège) qui avait travaillé le cuivre de la statue. Les linguistes et les historiens s'accordent bien souvent pour dire que le mot Gadget vient du nom de Gaget le « g » étant prononcé à l'anglaise c'est à dire « dje ».

En dehors de ces miniatures souvenirs vendues dans les boutiques et les musées, la statue de la Liberté a été reproduite à de plus grandes échelles et se retrouve dans de très nombreux pays, comme par exemple l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie, le Japon (celle de l'Odaiba dans la baie de Tokyo), la Chine, le Vietnam (ancienne colonie française), aux États-Unis (au casino New York-New York à Las Vegas) et bien sur en France.

Parmi les principales répliques françaises du monument, on trouve celles

-de Paris sur l'ile des Cygnes. Haute de 11,5 m, elle se dresse à la hauteur du pont de Grenelle situé à l'extrémité aval de l'île, non loin de l'ancien atelier de Bartholdi dans le 17e arrondissement. Notons qu'il existe à Paris une seconde réplique qui se trouve dans les jardins du Luxembourg.

-de Colmar ville natale de Bartholdi. Haute de 12 m, elle a été érigée pour marquer le centenaire de sa mort en 2004, à l'entrée nord de la ville.

-de Barentin, en Seine-Maritime. C'est une copie en polyester de 13,5 m de haut réalisée pour le film « Le Cerveau » de Gérard Oury, sorti en 1965.

-de Saint-Cyr-sur-Mer dans le Var réalisée en 1900,

-de Roybon, dans l'Isère. C'est réplique en fonte, identique à l'originale réalisée en 1906,

-de Lunel dans l'Hérault qui en 1889 avait acquis une reproduction réalisée par les entreprises Gaget, mais fondue lors de la seconde guerre mondiale. Une nouvelle réplique fut inaugurée en 1989 pour le bicentenaire de la révolution française.

Sources: Vous pouvez également consulter ces sites sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : www.histoire-image.org - http://mairie17.paris.fr/mairie17- www.wikipedia.org -