LA GUERRE DE 7 ANS (1753-1760) : PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, AVANT CELLE DE 1914-18
Publication date: 24 sept. 09 09:00:00
Dans les faits, cette guerre de 7 ans qui a changé l'échiquier politique de l'époque et redéterminé jusqu'à nos jours la répartition des pouvoirs internationaux, prend ses racines en 1700 au moment de la succession du roi d'Espagne Philippe II (dynastie des Habsbourg) qui meurt sans laisser d'héritier et qui désigne le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, roi de France, comme son successeur.
Par: Gérard CHARPENTIER Ph. D.
Sociologue et Auteur
Il devient le nouveau roi d'Espagne sous le nom de Philippe V. En très peu de temps, les autres puissances européennes voient d'un mauvais œil la dynastie des Bourbons régner sur la France et l'Espagne, mais aussi sur un empire colonial franco-espagnol qui couvre non seulement la majeure partie du continent américain nord et sud et Caraïbes, mais aussi de nombreux territoires en Asie et en Afrique.
LA GUERRE DE SUCCESSION D'ESPAGNE 1702-1713
La présence de la flotte française dans le domaine colonial espagnol ne convient pas du tout aux Anglais qui ont de grandes revendications coloniales. Le roi d'Angleterre, Guillaume III de Nassau-Orange, qui est également gouverneur (stathouder) des Provinces-Unies (Pays-Bas actuels), n'a pas de peine à mettre en place à La Haye une Grande Alliance contre Louis XIV sous prétexte de limiter ses pouvoirs en Europe, mais en fait, les Anglais espèrent affaiblir la France par des guerres en Europe et ainsi avoir une compétition moins forte ailleurs dans le monde.
Il faut comprendre que les limites territoriales des Anglais et des Britanniques en général sont naturelles de par leur insularité et qu'il est facile de les défendre alors que des guerres sur le continent menacent la France dans son intégralité territoriale et qu'elle doit se défendre contre des invasions venant de toutes parts et principalement du Nord. À cette époque en dehors des guerres qui permettaient d'agrandir un état ou un royaume, les mariages entre familles royales étaient un autre moyen d'agrandir son influence militaire et politique.
En dehors de la dynastie des Bourbon, une autre dynastie, celle des Habsbourg également liée depuis des générations à celle de Louis XIV et à bien d'autres familles royales d'Europe, a une influence très importante et il faut savoir qu'elle revendique également le trône d'Espagne de par ses liens de sang avec la famille royale d'Espagne. Pendant les 10 ans de guerre, ce sera une succession de défaites et de victoires militaires pour chacun des camps avec d'un côté l'Angleterre (qui en 1704 en profite pour mettre la main sur un rocher espagnol qu'elle gardera jusqu'à nos jours : Gibraltar) , les Provinces-Unies, la Prusse et l'Autriche, le Danemark, le Portugal et la Savoie (250 000 hommes et 300 vaisseaux) et de l'autre côté, la France, l'Espagne la Bavière et Cologne (200 000 hommes et environ 100 vaisseaux).
En fait, les Anglais vont accepter de faire la paix uniquement parce que l'Archiduc Charles (Habsbourg), que la coalition a réussi à mettre sur le trône d'Espagne en 1706 à la place du roi Philippe V (Bourbon), succède à son frère l'empereur d'Allemagne Joseph Ier qui décède subitement en 1711. Ce nouvel empereur Charles VI, également roi d'Espagne, qui reconstitue ainsi l'Empire de Charles Quint (dynastie des Habsbourg) ne fait plus l'affaire des Anglais. Après bien des soubresauts dans les négociations, le roi Philippe V redevient roi d'Espagne et le restera jusqu'en 1746, mais renonce à ses droits sur la couronne de France.
LES « PERFIDIES » DE L'ENTRE-DEUX GUERRES - 1713-1753
Malgré les accords de paix signés entre tous les belligérants, les Anglais et leur reine Anne Stuart, qui a succédé en 1702 à Guillaume III, continue d'avoir une politique anti-française et ne se privent pas pour mener des attaques meurtrières de style militaire aussi bien sur terre que sur mer. Politique poursuivie par son successeur George Ier.
C'est d'ailleurs dans cette période de relations franco-anglaises difficiles que réapparait en France l'expression de « perfide albion ». Vu l'antagonisme permanent qui existe entre les deux pays depuis plus d'un millénaire, le mot « perfide », c'est à dire « qui ne respecte pas sa foi, sa parole » revient facilement chaque fois que la situation se détériore. Ce mot étant utilisé aussi bien par les Anglais à l'égard des Français que des Français à l'égard des Anglais (albion). Ainsi, on peut citer par exemple des faits de guerre ou des propos ne respectant pas les usages de l'époque.
-« En 1415, les Anglais achèvent, sur ordre d'Henri V, les chevaliers français faits prisonniers lors de la bataille d'Azincourt, alors que le code d'honneur commandait de les épargner et de négocier une rançon pour leur libération ».
- « En 1607, Sir E. Hoby parle lors d'un de ses discours de « the perfidy of the French nation »....
Les pirates et corsaires Anglais attaquent les navires français
Louis XIV, roi de France
Quand Louis XIV meurt en 1715 à l'âge de 77 ans, après 72 ans de règne, il laisse une France affaiblie et ce n'est pas Louis XV, son arrière petit-fils, qui monte sur le trône à l'âge de cinq ans qui va pouvoir rétablir le rayonnement de la France, bien que son règne durera jusqu'en 1774. Pendant les 40 ans de « paix » la stratégie des Anglais fut de diminuer les capacités de la marine française, ce à quoi ils s'employèrent en laissant les pirates (anglais) sillonner les mers et permettre à de nombreux corsaires (anglais) d'attaquer les bateaux français qui faisaient le commerce entre la France et ses colonies des Indes, des Antilles et de la Nouvelle-France.
Louis XV qui, suivant l'expression de l'époque, ne savait « faire ni la paix, ni la guerre» laissa l'Angleterre imposer une loi basée sur la menace de guerre.
Avant que l'Angleterre ne déclare vraiment la guerre à la France en 1756, des actes de guerre étaient menés sans aucunes représailles de la part de la France.
Si l'on considère les Antilles et la Nouvelle France, les Anglais vont par exemple en 1754 se déclarer souverains uniques des iles Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et Tobago considérées depuis plus d'un siècle comme indivises et communes entre la France et l'Angleterre. En Acadie, qui a été cédée aux Anglais depuis le traité d'Utrech, les colons français qui avaient eu la garantie de pouvoir continuer à vivre dans cette région sont dépouillés de leurs biens, chassés de leurs terres et, à partir de 1755, déportés un peu partout dans le monde. En Ohio, les soldats anglais, associés aux milices constituées de colons anglais et d'indiens, attaquent les colons et les forts français de cette région qu'ils revendiquent, etc.
Plus encore sur les mers, en 1755 et sans aucune déclaration de guerre, les Anglais capturent 300 navires de commerce français et emprisonnent 6 000 marins ce qui va isoler la Nouvelle France et l'affaiblir dans son développement et ses défenses militaires par manque de moyens de transport.
Louis XV voulant sauvegarder la paix laissa faire et poussant la modération jusqu'à la faiblesse, Versailles renvoie de son côté un navire anglais capturé lors d'une bataille. Comme réponse à ce geste qui se veut chevaleresque et noble, les Anglais s'emparent de trois autres navires français le long des bancs de Terre-Neuve. Au moment de la déclaration de guerre en 1756, les Anglais ont une flottille de 100 vaisseaux et 74 frégates alors que la France n'a plus que 45 vaisseaux en état (plus 15 à remettre en état) et 31 frégates.
« L'affaire » Jumonville
Les Français, depuis les expéditions de Joliette et du père Marquette et de Cavelier de la Salle, ont exploré et connaissent bien la région de l'Ohio. Ils y ont installé une ligne de forts allant des Grands Lacs jusqu'à la Nouvelle Orléans afin de s'assurer le contrôle de ce vaste territoire tant vis à vis des indiens que des Anglais qui le revendiquent également.
En 1753, un jeune colon anglais de la Virginie du nom de George Washington est envoyé par le gouverneur de cette province, à Fort le Bœuf pour exiger des Français qu'ils se retirent de la région de l'Ohio, ce qui est poliment refusé. En 1754, les Français chassent les Anglais de leur fortin de Fort Prince George (qui deviendra Fort Duquesne, puis Pittsburg). Quand George Washington, qui a 22 ans et qui vient d'être promu lieutenant-colonel de la milice de Virginie, prend connaissance de la chute du fortin, il décide de se rendre sur place. Chemin faisant, on l'informe qu'un détachement français d'une trentaine d'hommes campe dans une petite gorge. Sans chercher à savoir qui ils sont, il encercle le détachement, qui n'a posté aucune sentinelle et engage la fusillade avec ses 40 hommes et auxiliaires. Cela ne dure que 15 minutes. Les Virginiens ont 1 un mort et 2 blessés alors que 10 soldats français sont tués et 21 sont faits prisonniers dont le commandant Joseph de Jumonville (neveu de Marguerite de Verchère) qui est blessé, c'est alors que ce dernier est achevé.
Par la suite, les Britanniques ont avancé que c'est le chef indien Tanaghrisson qui l'avait tué d'un coup de hache pour venger la mort de son père tué par les Français. De leur côté, les Français témoins de cet assassinat affirmèrent qu'il fut exécuté par les miliciens alors qu'il protestait d'avoir été attaqué sans aucune sommation. Quant à Washington, il va déclarer par la suite qu'il l'avait pris pour un espion et non pour un émissaire chargé d'une mission diplomatique identique à celle que lui même avait menée en 1754 à Fort Le Bœuf.
Le commandant du Fort Duquesne, Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur, envoie alors un détachement de 500 hommes commandé par Louis Coulom de Villier, le frère de Jumonville. Il va retrouver les cadavres des victimes laissés aux loups puis un mois plus tard, à Fort Necessity, lors de la bataille de Great Meadows, le 3 juillet 1754 il capture George Washington. Ce dernier évite un jugement pour meurtre et donc l'exécution, en échange de sa reddition et de ses aveux complets et signés où il reconnait être l'assassin de Jumonville. Comme on peut s'en douter, il nia plus tard les faits jouant sur sa mauvaise compréhension du français ! (une copie de ce document figure au musée de Fort Necessity / National Battlefield, en Pennsylvanie).
L'affaire fait scandale en France et même Voltaire, pourtant anglophile, s'indigne et déclare : « Je ne suis plus Anglais depuis que les Anglais sont pirates sur mer et assassinent nos officiers en Nouvelle-France ».
Beaucoup d'historiens s'accordent pour dire que cette affaire qui est considérée comme un assassinat, a obligé les Anglais à s'engager dans une véritable guerre déclarée et cesser de procéder comme il le faisait depuis 40 ans. Mais sur le terrain, la partie était devenue inégale. Les Anglais en Nouvelle-France pouvaient aligner plus de 41 000 soldats et miliciens, alors que la France n'avait que 22 000 hommes. À Louisbourg, par exemple, 6 500 Français et indiens devaient affronter 28 000 Anglais.
LA GUERRE DE 7 ANS ET LA « CONQUÊTE »
Dans cette guerre, les Anglais (et les Britanniques) qui ont soufflé sur les braises du conflit n'ont eu que 20 0000 morts et blessés, alors que la France en eus 168 0000 et les autres belligérants plus de 800 000. La France à cette époque comptait 22,5 millions d'habitants, l'Europe 114. Il faut noter qu'il est rare qu'une même guerre porte trois noms différents et même plus, mais c'est néanmoins le cas pour celle qui nous concerne. En Europe, elle porte le nom de guerre de 7 ans (Seven years' war), alors qu'en Amérique du Nord on lui donne deux noms différents. Généralement aux États-Unis ce sera « French and Indian War » (guerre contre les Français et les Indiens ou guerre franco-indienne), alors qu'au Canada on va utiliser l'expression de War of the Conquest ou British Conquest (guerre de la Conquête / Conquête Britanique ou tout simplement La Conquête) et plus rarement War for Empire (guerre pour l'Empire).
Bien que ce ne soit pas la dernière bataille de cette guerre, celle des Plaines d'Abraham en 1759 dans les environs de Québec marque symboliquement la fin de la Nouvelle-France et le débute de la domination des Britanniques en Amérique du Nord. Le mot « conquête » venant rappeler sans équivoque qu'il y a désormais un conquérant et des conquis, des dominants et des dominés suivant l'expression du célèbre politicien français Seyes au temps de la révolution française. Ainsi va le monde !
Sources: Vous pouvez également consulter ces sites sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : www.wikipedi.com - http:/books.google.com - www.birth-of-america.com- www.encarta.com