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LA CUEILLETTE DU COTON EN FLORIDE

Publication date: 29 oct. 09 09:00:00

Généralement en Floride, la culture du coton se fait en deux saisons, tout d'abord les semis en mars, avril et mai pour avoir une cueillette entre août et décembre au plus tard.

Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.

      Sociologue et auteur

Le coton est cultivé aux États-Unis depuis le tout début de la colonisation

C'est à Jamestown aux abords de Williamsburg en Virginie, berceau incontesté de la colonisation anglaise sur le continent nord-américain, qu'on en retrouve les premières traces. Des documents attestent que les premières tentatives de la culture du cotonnier ont eu lieu dès 1607 sans cependant donner de grands résultats à cause d’un climat peu favorable. Il faudra attendre la colonisation des terres plus au sud et en particulier de la Caroline, de la Floride et puis du Texas, pour voir cette culture se développer avantageusement et prendre une place dans l’économie du pays. Il faut savoir que, de ne jours, le coton est la fibre naturelle dont la production dans le monde est la plus importante.

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C’est aussi la première fibre textile utilisée dans le monde depuis la fin du XIXe siècle. Elle comble à elle seule presque la moitié des besoins de l’industrie du textile. Dans le concert mondial actuel, les États-Unis sont les seconds producteurs, pas loin derrière la Chine et juste devant l’Inde. Ils sont les premiers exportateurs alors que la Chine, quant à elle, est la première puissance industrielle importatrice.

En Floride les imprévus climatiques rendent difficile la culture du coton

Théoriquement, la culture du coton demande des conditions climatiques bien spécifiques, une saison végétative longue avec beaucoup de soleil, mais avec en moyenne 120 jours de pluie relative pour effectuer un bon arrosage et permettre la croissance. La fin du cycle, quant à lui, doit se faire par temps sec pour éviter le pourrissement de la fibre. La Floride présente toutes ces bonnes conditions climatiques sauf quand il y a des ouragans ou quand il gèle. Notons au passage que 40% de la production du coton dans le monde se fait dans des terres irriguées pour compenser le manque de pluie, ce qui se fait également en Floride quand cela est nécessaire. Souvent des parasites viennent compromettre les récoltes. Malheureusement, pour combattre ce fléau, les planteurs de la Floride, comme partout aux États-Unis, ont utilisé depuis de nombreuses années des produits contenant de l’arsenic et aujourd’hui, les sols doivent être décontaminés. Comme les plans de coton sont systématiquement arrachés après une récolte, il est possible de procéder à certains traitements ainsi que de varier les types de cultures.

L'esclavage et la culture du coton en Floride

Combien de films américains comme « Autant en emporte le vent » ont pour toile de fond la culture cotonnière et nous montrent les esclaves du sud des États-Unis en train de cueillir à la main les balles de coton dans des champs sans fin plantés de cotonniers ou encore en train de tirer à la force des bras d’énormes boules de ces balles de coton. Combien de chants afro-américains comme le « Rythm’and Blues » sont nés de cette période esclavagiste durant laquelle ces hommes et ces femmes étaient traités comme des bêtes de somme. Concernant cette période de l’histoire américaine, il est difficile de séparer les chiffres par état concernant ce que les Américains appellent le « Sud » et qui regroupe la Virginie, la Caroline, la Georgie et la Floride du Nord. En 1850, à l’époque de la plus forte production de coton, il y a environ 2 à 2,5 millions d’esclaves aux États-Unis. Soixante-quinze pour cent d’entre eux travaillent dans les plantations de coton et 1 millions d’entre eux sont principalement localisés dans le « Sud ». Pendant 72 ans, les esclaves sont indispensables pour l’exploitation de ces plantations de coton. Depuis le tout début en août 1619, quand les premiers esclaves arrivent à Jamestown en Virginie, jusqu’à l’abolition de l’esclavage le 6 décembre 1865, ont peut dire que leur destin ainsi que celui des propriétaires de plantations est directement lié au «King cotton ».

Georges Washington, le futur premier président des Etats-Unis, possède lui aussi une plantation « Mont Vernon » et plus de 120 esclaves y travaillent. Deux évènements changeront le destin de ces esclaves travaillant dans les plantations du « Sud ». Le tout premier, en 1793, est l’invention d’une machine à égrener le coton ce qui rend la main d’œuvre humaine moins indispensable et le « marché » des esclaves moins lucratif. Le second et non le moindre, c’est la guerre civile de 1861 à 1865, entre les états du Nord abolitionnistes et les sept états du Sud qui eux considèrent indispensable de conserver l’esclavage en vigueur s’ils veulent continuer d’exploiter avec bénéfice leurs plantations.

On sait tous comment la victoire du Nord sur le Sud a définitivement changé la dynamique économique et politique des États-Unis. De plus, la concurrence internationale jouant, le prix du coton baisant, les plantations se sont orientées vers de nouvelles productions comme par exemple le tabac et les arachides.

Au XIXe siècle, Gainesville est au centre du commerce du coton

C’est en 1824 que la Floride devient un état à part entière des États-Unis d’Amérique et que les colons, fermiers et planteurs commencent véritablement à s’y installer. Gainesville va naître en 1853 le long de la ligne de chemin de fer entre Fernandina et Cedar Key. Son nom est choisi en l’honneur du général Edmund P. Gaine qui mena à bien sa mission dans la guerre contre les Séminoles. Rapidement, la vie économique se développe grâce à des planteurs comme le Major B. Bailey dont la maison, construite par des esclaves, existe toujours à Hogtown Creek et accueille maintenant des personnes âgées après avoir été restaurée dans les années 1980. C’est le plus vieux bâtiment de la ville.

Après la guerre civile, un autre ancien militaire le Colonel Henry F. Dutton qui avait servi dans les armées de l’Union, fait de Gainesville une des plus importantes villes de l’état en ce qui concerne le commerce du coton. En 1882, il utilise dans sa plantation quatorze égreneuses à coton. La ville compte plus de 2 000 habitants, une banque très active et des hommes d’affaires entreprenants.

L’huile de coton, un ingrédient peu connu

Dans le coton, on peut dire sans trop se tromper que tout peut être utilisé. En dehors de la fibre élaborée pour le textile et la fabrication de nos vêtements, il existe en plus de la graine elle-même une grande quantité de produits dérivés. On les retrouve dans le papier buvard, les coques à brûler pour produire de l’électricité, mais surtout il est possible d’extraire du coton une huile qui peut servir non seulement comme carburant pour les moteurs diesel, mais aussi pour l’alimentation.

En effet le coton, en tant que matière première oléoprotéagineuse, est bien souvent méconnu et ignoré. Le monde serait bien surpris d’apprendre que les cosmonautes consomment des tablettes hyperprotéinées à base d’huile de coton et que les hamburgers ou steaks pour végétariens en contiennent également, sans parler de la nourriture pour bétail. En effet, cette huile a une richesse protidique qui la place immédiatement après celle du soja. On peut penser que cette situation est due au fait que la production et la manipulation de l’huile de coton présentent certaines opérations que l’on peut qualifier de délicates. Ce qui n’empêche pas que plus 4 millions de tonnes de cette huile sont produites annuellement dans le monde.

Sa consommation varie suivant les pays et les cultures. Sa consommation par habitant est de 2kg aux États-Unis, elle est de 12 kg en Ouzbekistan et au Japon, l’huile de coton est considérée comme un produit de luxe!

Le coton présent dans nos vies depuis des millénaires

Le coton dont le mot nous vient de l’arabe el Kutun fait partie de l’histoire de l’humanité depuis des millénaires. On en retrouve des traces en Égypte depuis plus de 12 000 ans av. J-C et au Mexique depuis plus de 7 000 ans et 5 000 ans au Pérou. Les premiers écrits qui en font état, se retrouvent en Inde environ 1500 ans av. J-C., on apprend alors qu’il y est cultivé et exploité de façon régulière et méthodique depuis plus de 3 000 ans et qu’il permet de confectionner le tissu des vêtements. Ce n’est seulement qu’à la fin du XVIe siècle que sa culture est développée dans les régions les plus chaudes des autres continents de la planète, c’est à dire l’Afrique, l’Europe et l’Amérique.

Le coton, à la différence de la laine qui nous est donnée par les moutons lors de leur tonte, est une fibre végétale qui entoure les graines du cotonnier au moment de leur floraison. Une fois récoltée, elle va être traitée et transformée en fil ce qui permet de la tisser pour fabriquer des tissus.

C'est ainsi que le coton, quelque soit l'endroit où l'on se trouve sur la planète terre, nous accompagne dans toutes les étapes de notre vie, de la naissance avec la layette, à la mort avec le linceul. Il joue un rôle essentiel dans nos relations sociales et spirituelles par le vêtement et les valeurs symboliques qu’on lui accorde où les modes qu’il engendre.

Sources : Vous pouvez également consulter ces sites sur intenet qui ont permis de documenter cet article : www.coton.wikipedia - http://www.afn.org/~hgi/gnvhistory.html - http://www.slaveryinamerica.org/history/hs_es_cotton.htm - http://www.dagris.fr/toutestbon.html


TROIS PLANTATIONS HISTORIQUES DE LA FLORIDE

Kingsley Plantation National Historic Site

C’est en 1814 que Zephaniah Kingsley s’installe à Fort George dans ce qui est connu aujourd’hui comme étant la « Kingsley Plantation ». Il a avec lui ses trois enfants, il en aura un quatrième avec sa femme Anna Madgigine Jai, qu’il a achetée comme esclave et affranchie en 1811. Elle est originaire du Sénégal. Parallèlement à sa plantation de Fort George il en possède trois autres d’aussi grande importance. Le totale de ses terres s’élève à environ 32 000 acres et il possède plus de 200 esclaves.

La vie et l’histoire de Kingsley symbolise une période historique dans le développement des États-Unis et visiter la plantation permet de découvrir la vie des planteurs et des esclaves à une époque où la Floride était encore possession espagnole et allait prochainement devenir un état américain.

Historic Haile Homestead 

En 1854, Thomas Evans Haile et sa femme, tous les deux originaires de la Caroline du Sud s’installent près de Camden avec leurs 5 enfants et y développent une plantation de coton de 1 500 acres. Ils font construire une très grande maison de plus de 6 000 pieds carrés pour y loger leur grande famille qui, au total, comprendra 15 enfants. Ils confient le travail à l’un de leurs esclaves qui d’après les experts actuels était sans aucun doute un expert dans ce domaine. À leur mort dans les années 1890, la plantation revient à leur fils Evan, avocat de profession. Il vient passer les fins de semaine et y organise des réceptions et des parties de chasse. Dans les années 1930, le domaine est laissé à l’abandon, mais sera redécouvert en 1970 par le producteur de film Victor Nunez qui y tourne « Gal Youngun » Finalement la maison est classée bâtiment historique en 1996 et, depuis, il est possible de la visiter.

Bulow Plantation Ruins State Historic Site

En 1821, la Major Charles W. Bulow fait l’acquisition d’environ 5 000 acres de terres sauvages situées non loin de Saint-Augustine dans ce qui est encore le « Territoire de la Floride ». Avec l’aide de ses esclaves, il défriche plus de 2 000 acres et y développe sa plantation. Il meurt 2 ans plus tard, laissant la plantation à son fils âgé seulement de 17 ans. Ce dernier, après avoir complété ses études à Paris, revient en Floride pour développer la plantation. Il y reçoit pendant quelques temps le célèbre naturaliste français Jean Jacques Audubon. Malheureusement en 1836, pendant la guerre des Séminoles, ces derniers mettent le feu à toutes les installations. Devant ce désastre, Bulow retourne à Paris où il meurt l’année suivante. Aujourd’hui encore reste dressée dans le ciel la structure en pierres de la cheminé et quelques pans de murs.