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ENTRE 1782 ET 1807, PLUS DE 20 000 FRANÇAIS DES CARAÏBES S'INSTALLENT AUX ÉTATS-UNIS

Publication date: 26 nov. 09 09:00:00

Pour les historiens, la fin du XVIIIe siècle, marquée par la naissance des États-Unis d'Amérique et la Révolution Française, est une période importante de l'histoire sociale et politique de l'Europe et des Amériques.

Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.

      Sociologue et Auteur

À cette époque, depuis la fin de la guerre de sept ans (1763), les Britanniques ont le contrôle d'une grande partie de l'Amérique du Nord sauf celle contrôlée par les Espagnols. Les Français afin de garder leurs possessions dans les Caraïbes (Saint-Domingue, Guadeloupe, Martinique, etc.) qui sur le plan économique rapportent beaucoup à la France, ont cédé le Canada aux Anglais et la Louisiane (Territoire allant des Grands Lacs au golfe du Mexique) à l'Espagne.

En effet, Saint-Domingue (maintenant Haïti) est en très forte croissance, elle assure aux produits de France leur première zone d'exportation et elle produit à elle seule plus de sucre que toutes les îles et colonies anglaises des Caraïbes réunies. Sans parler du coton et du café qui y sont en pleine expansion et couvrent 50% du marché mondiale du moment. La partie française de l'île surnommée la « Perle des Antilles » fait vivre 600 000 esclaves et affranchis Noirs ainsi que 30 000 Blancs arrivés pour la grande partie récemment de France. Ce sont souvent des membres de la noblesse ou des hommes d'affaires très entreprenants qui n'ont qu'un objectif en tête, celui de s'enrichir.

LES FRANÇAIS DES CARAÏBES ET LA GUERRE D'INDÉPENDANCE DES COLONIES ANGLAISES D'AMÉRIQUE

Les 13 colonies anglaises d'Amérique du Nord entrent en conflit puis en guerre en 1775 avec leur métropole, c'est-à-dire la Grande Bretagne. Cela se terminera en 1781 avec la bataille de Yorktown et la naissance des États-Unis. Dès 1777, la France soutient leur action sous l'influence du marquis de La Fayette qui, depuis 1776, s'est engagé à titre personnel et volontaire comme combattant avec les insurgés américains. Elle entre officiellement dans le conflit en 1778 en envoyant un corps expéditionnaire commandé par le vicomte de Rochambeau. Il comprend plus de 5 000 hommes armés choisis parmi les meilleurs régiments français. De plus, une flotte de guerre basée en partie à Saint-Domingue et commandée par le comte d'Estaing, met en déroute la marine de guerre anglaise et assure aux Français le contrôle de la mer des Antilles.

La participation la plus connue des Français de Saint-Domingue dans le cadre de l'engagement officiel de la France a lieu en Géorgie lors du siège de Savannah. Les Anglais avaient réussi a prendre le contrôle de la capitale de la Géorgie et il était connu qu'ils menaient des exactions et des représailles sur la population locale. En 1779, un an avant que le corps expéditionnaire de Rochambeau n'arrive de France, il est décidé de mener une action conjointe avec les insurgés américains et de faire le siège de la ville. L'opération se solde par un échec à cause des nombreuses difficultés rencontrées pour débarquer les soldats qui étaient à bord des navires de guerre du comte d'Estaing.

Parmi eux on compte non seulement des soldats et des officiers venus de France, mais aussi un certain nombre d'officiers issus de la noblesse française et des colons blancs qui ont choisi de laisser la carrière militaire qu'ils avaient en France pour se consacrer à l'exploitation d 'une plantation à Saint-Domingue, mais qui se sont engagés aux côtés de la France ou des Américains pour défendre leur cause. Il faut citer ici Denis Nicolas Cottineau de Kerloguen, né en 1745 à Nantes qui est un ancien officier de marine français, installé à Saint-Domingue où il possède une plantation.

En 1779, il accepte de commander le « Pallas », l'un des premiers navires des Treize colonies d'Amérique et participe aux activités militaires en cours et sera reconnu comme un héros de la Révolution américaine. Plus tard il fera partie de ces Français des Caraïbes qui vont s'installer aux États-Unis. Il décède en 1808 à Savannah et une plaque commémorative est érigée dans le cimetière ou il est enterré.

À ce contingent français et américain, s'ajoutait une légion de plus de 500 « gens de couleur libres», c'est-à-dire des hommes issus de l’union entre un Blanc et une Noire, ainsi que de tous les croisements successifs ou encore qui avaient été affranchis. On dit même que Henri Christophe (né en 1767) le futur président puis roi d'Haïti sous le nom d'Henri Ier ou encore « roi Christophe » faisait partie de cette légion. Frappé d'une apoplexie qui le laissa partiellement paralysé, il se suicidera d'une balle d'argent dans le cœur (1820). Notons que tout récemment (octobre 2009), un monument a été inauguré à Savannah pour commémorer le sacrifice des hommes de cette légion lors du siège de la ville.

LES FRANÇAIS DES CARAÏBES ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

On peut dire que la naissance des États-Unis en 1782 et la chute de la royauté française en 1789 allaient provoquer une onde de choc dans les colonies françaises des Caraïbes. A Saint-Domingue, les nobles et les colons français qui s'y sont installés voient d'un mauvais œil l'abolition de l'esclavage qui mettrait en péril l'exploitation de leurs plantations. Ils sont encouragés en cela par les Anglais des îles voisines qui vont leur apporter une aide militaire pour s'opposer au mouvement révolutionnaire qui vient de la métropole, mais qui secrètement espèrent bien s'approprier la colonie. C'était sans compter sur une majorité de la population Noire et Métis qui allait se révolter contre le pouvoir Blanc tant Français qu'Anglais. Cela aboutira à l'indépendance de la colonie en 1803.

LES FRANÇAIS DES CARAÏBES S'INSTALLENT AUX ÉTATS-UNIS

Dans certains documents qui retracent l'histoire de ces Français des Caraïbes durant cette période de 25 ans à cheval sur la fin du 18e et le début du 19e, on parle de fuite et de réfugiés. À mon sens, les termes sont inexacts, car dans la majorité des cas, les personnes qui vont quitter Saint-Domingue pour s'installer dans d'autres îles des Caraïbes ou aux États-Unis, le font bien évidement à cause des nouvelles conditions politiques, mais surtout par choix personnel et pour des raisons d'affaires. Cela est vrai autant pour les Blancs, les gens de couleurs libres ou encore les esclaves noirs affranchis. Leur volonté, leur dynamisme et leur sens des affaires va apporter un souffle nouveau dans l'économie des États-Unis et ils vont être à l'origine du développement de la culture du coton dans ce pays.

EN PENNSYLVANIE

Philadelphie, capitale des Etats-Unis, va naturellement attirer les nouveaux arrivants en provenance de Saint-Domingue. Beaucoup ont soutenu le mouvement d'indépendance et certains y ont même participé activement. En outre dès 1789, l'état de la Pennsylvanie avait voté une loi d'émancipation des esclaves. Plus de 2000 français dont environ 500 esclaves qui vont être affranchis (entre 1793 et 1796), vont venir à Philadelphie. Ils y sont accueillis et conseillés par deux Français, Du Ponceau et Girard, déjà installés dans cette villes depuis de nombreuses années et qui dirigent la French Benevolent Society of Philadelphia. Cette communauté française va rapidement devenir importante, jusqu'à représenter le cinquième de la population. Beaucoup vont quitter la ville pour s'installer sur la « Frontière » avec la Louisiane dans l'est de la Pennsylvanie. Parmi eux on trouve Aristide Aubert Du Petit-Thouars, Colin de Sevigny, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt ou encore le Marquis de Blacons.

EN GÉORGIE ET CAROLINE DU SUD

Dans ces deux états, l'esclavage est encore une pratique courante et des colons français de Saint-Domingue s'y installent rapidement après l'accession à l'indépendance des États-Unis. Ils ont des capitaux, de la main d'œuvre, un esprit d'entreprise et, vers 1790, ils y ont développé la culture du coton à grande échelle en particulier sur l'île de Sapelo, le long de la rivière Savannah et dans la région de Savannah

Parmi eux, Pierre-Jacques Meslé de Grandclos, Charles Pierre César Picot de Boisfeuillet, Julien-Joseph Hyacinthe de Chapedelaine, François-Marie Louis Dumoussay de la Vauve, Nicolas Magon de la Villehuchet, Christophe Poulain Dubignon, Jean Bérard de Moquet, marquis de Montalet, Charles Pierre César Picot de Boisfeuillet. Denis Nicolas Cottineau de Kerloguen.

En Caroline du Sud, c'est l'archipel de Beaufort, au nord de la côte géorgienne, non loin de Savannah qui verra arriver les colons français de Saint-Domingue qui, dans certains cas, viendront s'installer avec leurs esclaves.

EN ALABAMA

En 1792, le vicomte Louis Marc Antoine de Noailles, un héros de la Révolution américaine, pour avoir combattu aux côtés de son beau-frère le Marquis de La Fayette tente d'y fonder une colonie, mais cela ne sera pas un succès.

C'est principalement à partir de 1819 lors de la création officielle de cet état, qu'un certain nombre de Français de Saint-Domingue déjà installés à Philadelphie vont quitter cette ville pour se lancer dans la culture du coton. Parmi eux on peut citer André Curcier ou Frederick Ravesies, qui apportent leurs capitaux et leurs connaissances. Certaines maisons construites à l'époque par des planteurs sont encore visibles à Demopolis ou Aigleville.

EN LOUISIANE

Achetée à la France en 1803, la Louisiane, devenue américaine, voit arriver à partir de cette date et jusqu'en 1809 plus de 10 000 créoles blancs de Saint-Domingue, faisant doubler en quelques années la population de la Nouvelle-Orléans. Ils y développent des infrastructures portuaires et maritimes qui permettent une rapide conquête de l'ouest via l'artère fluviale du Mississippi. Les Français et leurs descendants vont y jouer un rôle essentiel jusque dans les années 1850.

En fait, la majorité de ces nouveaux colons arrivent de Cuba, car un grand nombre de colons français de Saint-Domingue, environ 7 000, avaient décidé de quitter quelques années auparavant la colonie française à cause de son instabilité politique et étaient venus s'installer à Cuba. Malheureusement pour eux, la guerre entre la France et l'Espagne (1806) va compliquer leur vie et la plupart d'entre eux vont partir pour la Louisiane et rejoindre ceux arrivés dans les années 1790. Ils vont révolutionner la culture du coton et du sucre, car ils implantent même une nouvelle variété de canne à sucre, la Otaheite.

Avant 1803, La Louisiane sous contrôle espagnol depuis 1764, a interdit l'importation d'esclaves nés dans les Caraïbes, tout particulièrement ceux des îles françaises, car trop influencés par les idées révolutionnaires, mais a autorisé celle de ceux qui venaient d'Afrique et en 1796 toute importation d'esclaves, quelle que soit son origine est totalement interdite. Les planteurs ayant besoin de main-d'œuvre, la contrebande s'installe. Elle est contrôlée par le pirate Jean Laffite installé à Barataria, (Il vient lui même de France, Saint Domingue et Cuba) qui va amener en Louisiane entre 1790 et 1810 environ 18 000 esclaves parfois pour le compte de planteurs déjà originaires de Louisiane, comme par exemple son ami Hippolyte Chrétien.

Une fois devenue américaine, la Louisiane française a été divisée en plusieurs états et tout au long des décennies qui ont suivi, ces familles de colons français des Caraïbes ont contribué à leur développement.

Sources: Vous pouvez également consulter ces sites sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : www.wikipedia.com - www.linternaute.com/histoire/ - www.herodote.net/histoire/ - http://www.saintdomingue.com/