LE CURÉ LABELLE : Pionnier du Québec moderne
Publication date: 31 déc. 09 09:00:00
Pour un Québécois de la grande région de Montréal, le curé Labelle, aussi surnommé le « roi du Nord », est une figure de son histoire. Il fut, comme sa fonction l'indique, au service de l’église et des hommes, mais aussi un fervent artisan et défenseur du fait français.
Une enfance ordinaire et peu connue
Antoine Labelle est né le 24 novembre 1833 à Sainte-Rose-de-Lima, petite bourgade située sur la rive nord de l’ile Jésus qui, de nos jours, forme le territoire de la ville de Laval. Des recherches historiques ont déterminé que l’emplacement de sa maison natale se situait au 246 de l’actuel Boulevard Sainte-Rose. Bien que très jeune au moment de la révolte des Patriotes (1837-38), on peut penser que son enfance en fut à tout jamais marquée par le fait que son père, un petit cordonnier local sans fortune est relativement pauvre, semble avoir été un de ses partisans actifs. Son père est un homme très pieux et le curé de la paroisse a vite fait de remarquer la vivacité d’esprit du jeune garçon lors des cours de catéchisme a fait en sorte qu’il puisse recevoir une éducation au séminaire de Sainte Thérèse petite ville au nord de l’ile Jésus.
À la lecture des essais d’Auguste Nicolas, un penseur progressiste influent de l’époque, il comprend que modernité et foi catholique ne sont pas opposées et que les deux peuvent se combiner dans une action de développement social. Quand il est ordonné prêtre à 23 ans le 1er juin 1856, dans sa ville natale de Sainte Rose, c’est pour lui le début d’une vie qui le conduira à pratiquer sa foi catholique avec ferveur, mais au service de la communauté canadienne française à laquelle il veut apporter la prospérité et le respect qui lui est dû.
« Disciple » de l’abbé Jean Holmes et du philosophe Rameau de Saint-Père
Pour bien suivre le climat socio-politique de l’époque et ce qui va motiver en partie l’action du curé Antoine Labelle, il faut rappeler ici certaines données. En effet, au début du 19e siècle le développement colonial du Bas Canada, maintenant le Québec, se fait principalement dans les « Eastern Townships » créés par le gouvernement pour répondre à la demande des « Loyalistes » anglo-protestants qui fuient les États-Unis nouvellement indépendants. Dans cette opération, les grands perdants sont avant tout les colons canadiens français de religion catholique qui subissent bien des injustices devant le pouvoir et l’avidité des négociants anglais qui gèrent l’affaire et que le gouvernement semble laisser aller.
Dès 1825, l’évêque catholique de Québec envoie l’abbé Jean Holmes pour dénoncer la pratique de tels procédés et voir comment on peut les combattre. Pour lui, il suffit de faire en sorte que les anglo-protestants se sentent en minorité et ils vont quitter les lieux. Avoir et promouvoir une politique de colonisation est donc pour lui le meilleur moyen. Cela peut sembler évident à notre époque, mais ce n’était pas le cas dans les années 1800. L’abbé Jean Holmes meurt prématurément à 53 ans, mais d’autres pensent comme lui et en particulier Rameau de Saint-Père, catholique et philosophe français qui développe avec succès la même idée en Acadie. Dans les faits, cette théorie trouve un écho favorable auprès des dirigeants de l’église et de ses membres, car les intérêts de l’église catholique se confondent avec ceux du Canada français.
Le jeune curé Antoine Labelle fait partie de ceux qui trouvent là une réponse à bien des questions qu’il se pose. Après avoir été vicaire à Sault au Récollet et à Saint-Jacques-de-Laprairie, il est nommé curé à Saint-Antoine-Abbé de Huntingdon et à Saint-Bernard de Lacolle, non loin des lignes américaines et il se retrouve confronté au comportement hostile des anglo-protestants. C’est d’ailleurs à Saint-Antoine-Abbé que l’abbé Jean Holmes en personne lui explique comment organiser sa nouvelle paroisse et faire en sorte que les anglo-protestants ne s’y sentent pas dominants et lâchent prise.
Curé de Saint-Jérôme-de-Terrebonne
Il a 34 ans quand en 1867 Mgr Bourget le nomme curé de Saint Jérôme. Il vient de passer 11 ans de sa vie à se vouer corps et âme à la cause de ses paroissiens et parfois frôler l’épuisement. Le fait de se retrouver responsable d’une belle paroisse d’environ 3 700 personnes dans une ville active et prospère lui redonne l’énergie qui commençait à lui manquer. C’est un homme qui ne compte pas sa peine et sa forte stature fait qu’il ne passe pas inaperçu. Il mesure 180 cm et pèse plus de 150 kg ce qui est rare à cette époque. Il est reconnu comme étant un bon curé et il a acquis une expérience pratique qui va lui permettre d’agir efficacement à partir de Saint-Jérôme et promouvoir la colonisation de la région par des Canadiens Français.
Promouvoir la colonisation des Canadiens Français dans le Nord
Depuis le début de la Nouvelle-France, le « Nord » a toujours connu une certaine forme de colonisation. Dès 1673, le gouverneur Frontenac concède quatre « Seigneuries » : Terrebonne, des Mille Iles, Deux-Montagnes et Argenteuil, mais à partir de 1785, les Canadiens Français sont de moins en moins nombreux à s’installer dans cette région. Les Loyalistes américains ont pris possession des rives de l’Outaouais et les entrepreneurs anglais exploitent les forêts de la région. La révolte des Patriotes en 1837 sera un point tournant dans l’histoire de cette région et Antoine Labelle, dont le père fut très certainement un des partisans, gardera toujours en mémoire la fierté de ses origines.
Son objectif social est de développer la colonisation dans la région pour aider les Canadiens Français à repousser pacifiquement les protestants et prendre la place qui leur est dûe dans un Canada dominé par les Anglais. Il se met alors à parcourir la région dans un rayon de 200 km choisissant l’emplacement des futurs villages en fonction des cours d’eau, de la fertilité des terrains, de la facilité que l’on a pour s’y rendre et lorsque son choix est arrêté, il plante une croix en imitant ainsi Jacques Cartier. Pendant les 23 ans où il sera curé de Saint-Jérôme, il va fonder dans les Laurentides pas moins de 29 cantons et ouvrir 20 paroisses.
Sous-ministre de la colonisation et Protonotaire apostolique
Parallèlement à cette action directe de colonisation des Laurentides, il a aussi une vision globale du développement du Canada qui dépasse les limites des Laurentides, il veut construire un chemin de fer en direction de l’Ouest et ouvrir ses vastes horizons à la colonisation et promouvoir ainsi le développement économique de tout le pays.
Son action sociale est rapidement reconnue, on lui rend officiellement hommage et le gouvernement du Canada n’hésite pas à accorder de larges subventions à son grand projet. Quand le premier tronçon du chemin de fer Montréal/Saint-Jérôme, qui se poursuivra en 1902 avec le « P’tit train du Nord », est inauguré en 1876, une des locomotives porte son nom. Le curé Labelle est devenu une personnalité incontournable et il est sollicité par les hommes politiques en place. En 1888, il est nommé « Sous-commissaire au département de l’agriculture et de la colonisation » dans le gouvernement d’Honoré Mercier et mène une politique très proactive de colonisation.
Il se déplace en France et en Europe pour promouvoir l’immigration vers les diocèses canadiens, ce que le Pape Léon XIII encourage ouvertement. Il demande sans y parvenir l’érection canonique du diocèse de Saint-Jérôme. En 1889, il est élevé à la dignité de « Protonotaire apostolique » par le Vatican qui le soutient dans ses actions malgré les objections de Mgr Fabre le successeur de Mgr Bourget qui ne voit pas d’un bon œil l’engagement politique de son bouillant curé de saint Jérôme qui désormais porte le titre de « Monseigneur ».
En 23 ans d’action directe dans les Laurentides, le curé Labelle aura encouragé l’installation de plus de 5 000 colons canadiens français dans cette région.
Une telle réussite est souvent jalousée et contestée et sa mort subite ne lui permettra pas de contrecarrer ses détracteurs et de mener à bien tous ses projets.
Mort d’un « héros »
En effet le curé Labelle est loin d’être en bonne santé. C’est un homme qui pèse plus de 150 Kg. Sans dire qu’il est obèse, c’est beaucoup et c’est pour ainsi dire presque le double du poids qu’il devrait faire pour sa taille de 180cm. De plus il est bien connu qu’il ne ménage pas sa peine et s’occupe peu de son état physique. Depuis plusieurs années, il souffre d’une hernie qui l’oblige à se faire hospitaliser après la célébration des fêtes de Noël de 1890. Il est opéré à Québec dans la journée du 3 janvier 1891, mais quelques heures plus tard, il meurt dans la nuit des suites de complications post-opératoires. Il a 58 ans. Au moment de son enterrement dans le cimetière de Saint-Jérôme, une foule immense et là pour lui témoigner un dernier hommage. Les funérailles suivant les recommandations du diocèse et de Mgr Fabre doivent rester simples et aucun monument ne doit être érigé à sa mémoire. Il faudra attendre 1924, pour qu’un important monument, œuvre d’un sculpteur québécois, soit érigé en son honneur devant la cathédrale de Saint-Jérôme.
Sources : Vous pouvez également consulter les sites suivants sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : http://fr.wikipedia.org - www.genealogie.org - www.mef.qc.ca/cure.labelle.htm