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SURVIVANTS DE L’APOCALYPSE : Une famille haïtienne sauvée par un floridien

Publication date: 11 févr. 10 09:01:00

Le drame est tellement horrifiant, tellement bouleversant et les moments vécus par les victimes et leur sauveteur relèvent à ce point de l’horreur, de l’invraisemblable, du cauchemar et de l’apocalypse qu’ils paralysent l’inspiration, exigent un effort titanesque et une concentration absolue afin de pouvoir vous le décrire.

Reportage et photos par Michel Lemieux et Diane Ledoux.

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Les acteurs, autant les cinq survivants du tremblement de terre, qui a rendu poussière Haïti, que leur sauveteur, Marc Eisenmann du Hollywood Beach Hotels, sont au centre d’un récit tellement effroyable et terrifiant, que tous auront à vivre l’angoisse et ses séquelles, pour on ne sait combien de temps.

Du début à la fin de cette tragédie, remplie d’interminables moments de détresse et de frayeur, Marc Eisenmann, et Ogan Saintelus, le père de trois enfants haïtiens, ensevelis sous les débris d’une maison mise en miettes, ont vaincu tous les obstacles et les peurs pour tirer de l’enfer et des ténèbres Gancci, 5 ans, Angie, 3 ans, et Gansly, un an.

Il aura fallu l’extrême compassion et l’inébranlable générosité d’un homme d’affaires de la Floride, qui a décidé de se rendre en Haïti, pour que Ogan, son épouse, Soline Duqueny, et leurs trois enfants, échappent à l’horreur et à l’atrocité devenus l’héritage maudit laissé par ce tremblement de terre dans un pays déjà si largement démuni et amputé de tout.

Le drame

Lorsque la terre a commencé à valser, vers les 16 heures 15, le 12 janvier, à Port-au-Prince, Ogan était à son travail à l’Hôtel Plaza. Son épouse participait à une réunion à l’église et les trois enfants s’amusaient avec la gardienne, au troisième étage de la maison où ils habitaient.

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En à peine 20 secondes, la vie de cette petite famille, comme celle de millions d’autres a été charcutée par cet acte de la nature, pire qu’un tsunami. Une fin du monde inachevée.

Surtout combien méchante et cruelle.

L’hôtel Plaza et l’église résistent. Deux lieux privilégiés. Allez savoir pourquoi! Soline et Ogan sont sains et saufs, mais chacun ignore le sort de l’autre. L’effroi les tue. Presque. Pendant deux heures, Ogan court tant qu’il le peut, pour se rendre à la maison à six heures 20.

Le spectacle est assassin. Plus rien. Il s’écroule et hurle tout le chagrin de son corps. Il se retrouve devant un cimetière, sans croix, sans fleurs. Abandonné. Aucun repaire, aucune indication. Il sait ce qu’il cherche. Les corps de ses trois enfants. Il ignore par où commencer. Il tasse pierre par pierre, débris par débris. Inlassable, courageux, il refuse d’abandonner. Avec l’aide d’une poignée de voisins, il persiste. Cinq heures passent. Le désespoir l’envahit. Ogan est croyant. Il faut vraiment la foi pour croire devant une scène aussi inhumaine, tellement machiavélique.

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« Vers deux heures 20 dans la nuit du 13, j’ai entendu des pleurs. C’étaient celles de mon bébé de 14 mois. Je l’ai reconnu tout de suite. Nous avons réussi à atteindre mon petit. Mes trois enfants étaient là. Le troisième étage les a sauvés. Ils ont suivi l’effondrement et se sont retrouvés davantage en surface que sous les décombres », raconte-t-il.

« Seul mon fils Gancci était blessé, très gravement. C’était insupportable. Il était emprisonné. Il fallait couper des pierres pour le sortir de là. Sa tête était deux fois plus grosse que la normale, puis son bras droit était totalement charcuté. Nous y sommes parvenus après cinquante minutes faites de sueurs et d’efforts. J’ai cru à ce moment au miracle. Notre gardienne aussi s’en est tirée. Nous devions réagir et vite. Mais comment. Que faire et où aller? »

« Il n’y avait plus d’hôpital, pas de médecin, pas d’infirmier. C’était le désert. Les gens se sont regroupés plusieurs heures sur le terrain de soccer juste en face de ma demeure. C’est là que, finalement, j’ai retrouvé ma femme Soline, bouleversée et heureuse, en même temps, de nous voir tous vivants. Nous avons passé la nuit dans ce parc pour nous reposer».

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Ogan a ensuite dû marcher deux autres heures avec, sur ses épaules, son fils gravement handicapé et en compagnie de son neveu de trois ans. « Nous avons multiplié les arrêts. Ma femme suivait loin derrière avec mes deux autres enfants de trois ans et un an ».

Ogan est retourné à l’Hôtel Plaza où les employés pouvaient recevoir des médicaments et de la nourriture.

« Nous nous sommes installés jusqu’au lendemain dans l’église, à attendre. À attendre quoi? On ne le sait pas », raconte Ogan, qui se rappelait chacun de ses instants de terreur et d’horreur.

Le sauveteur

Cherchant du secours, Ogan a amené son fils à l’Hôtel Plaza en espérant trouver du secours pour sauver son fils. C’est l’endroit où le réseau de télévision CNN a installé ses quartiers généraux.  Il a rencontré un médecin de l’armée pour qu’il voie son fils. Malgré qu’il ait accepté, le médecin n’était pas revenu le soir.

C’est là qu’Ogan a fait connaissance avec Marc Eisenmann, cet homme d’affaires de Hollywood, propriétaire du complexe Hollywood Beach Hotels.

Marc se préparait à aller prêter main forte aux sinistrés. Il était 19 heures le soir du 14.

« Mon fils était couché par terre sur la terrasse de l’hôtel. Marc a suivi tous les cours d’ambulancier à New York. Il lui a immobilisé le bras pour calmer sa douleur. Lorsqu’il a vu la tête de mon fils grosse comme une citrouille, il a décidé que c’est nous qu’il allait sauver. Et il l’a fait ».

« Marc Eisemann nous a sauvé la vie. Nous lui devons tout. Si nous nous retrouvons en Floride, il en est le seul et unique responsable. C’est un homme d’une bravoure, d’une détermination, d’une générosité et d’une bonté que nous ne connaissions pas en ce monde » s’exclame Ogan Saintelus, cet Haïtien qui a touché terre à Miami avec son épouse et ses trois enfants miraculés.

Marc Eisenmann est un vrai héros.

Il est un homme généreux et bon. Mais plus encore, il est un être sensible et humain comme on en voit peu.

Pourquoi cet homme d’affaires, propriétaire du complexe Hollywood Beach Hotels, a-t-il décidé, en moins de deux minutes, de porter secours aux sinistrés du tremblement de terre à Haïti?

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« Nous vivons à peine à 700 milles de là, dans la facilité et dans l’aisance. Comment peut-on rester indifférent à l’une des pires tragédies à frapper notre planète? » dit-il.

« Je n’ai pu tourner le dos et penser que cet épouvantable drame ne me concernait pas. J’aurais été incapable de me regarder dans un miroir sans avoir honte ».

Il a donc pris un avion pour la République Dominicaine où il s’est retrouvé un peu coincé. Mais rien ne pouvait l’arrêter. Il a fini par convaincre des ambulanciers de l’amener à Haïti. « Un voyage de six heures qui m’aura permis de dormir quelques heures », dit-il avec un éclat de rire cette fois.

Il était accompagné du gérant de ses hôtels, un haïtien, Gardy Lustin, qui n’a retrouvé que des restes de la maison familiale.

Avec des trousses de secours, des provisions et deux téléphones walkie-talkie, ils ont atteint cette terre des ténèbres.

L’effroi sans limite

Il a fait connaissance avec l’effroi et l’insupportable dès qu’il a constaté l’épouvantable destin qui frappait ce peuple tellement démuni et dont le seul héritage est la pauvreté. « Je me suis retrouvé devant une garderie devenue le tombeau de sept petits enfants, » raconte-t-il les larmes embrouillant ses yeux.

L’homme manifeste davantage sa grande sensibilité, forcé de prendre une pause, la gorge nouée par l’émotion, lorsqu’il raconte l’odeur des corps déchiquetés poussés dans une fosse commune par un bélier mécanique. L’insupportable, Marc l’aura vécu dans son entièreté.

Marc est un ancien magicien et un homme d’affaires auparavant de New York, venu s’établir à Hollywood. Il a déjà suivi un cours intense d’ambulancier. Il a l’esprit vif et pratique.

Devant l’insistance de Ogan Saintelus, il a pris charge de toute cette famille, qui avait échappé à la malédiction.

Les deux parents et les trois enfants ne pouvaient tomber sur un meilleur samaritain que Marc Eisenmann.

Ce dernier s’est donc improvisé chef de mission. Il pensait sûrement à ses cinq enfants Steven, Samuel, Jacob, Anna Beth et Benjamin âgés de 11 à 3 ans. Tous en santé et choyés par la vie.

En constatant l’état du petit Gancci, sa seule priorité était de sauver la vie de ce garçon.

Deux semaines plus tard, il raconte la triste scène.

« Je me suis rappelé les situations que j’avais connues comme ambulancier et j’ai ressenti tout le bonheur de sauver une vie. J’ai d’abord immobilisé le bras de Gancci. Puis, j’ai réussi à communiquer avec un ami, grand chirurgien d’un hôpital à Miami. Il m’a suggéré de faire une incision à la tête de l’enfant, qui était devenue deux fois plus grosse que la normale. Là, je me suis senti incapable d’aller jusque là. J’ai décidé de trouver un autre moyen. Nous nous sommes rendus à l’aéroport, grâce à un client de l’hôtel, » poursuit Marc.

Un pilote généreux

Un avion britannique devait rentrer à Miami pour cueillir une équipe de médecins, infirmiers et secouristes. Le père et le fils n’avaient aucun papier leur permettant de franchir les services douaniers. Mais, heureusement, le pilote n’en avait que faire et a décidé qu’une vie était en danger. À l’atterrissage à Miami, une ambulance, des douaniers et des responsables de l’immigration nous attendaient. Ces derniers n’ont posé aucune question et ont remis un droit des résidence à Gancci et à son père Ogan qui ont été conduits à l’hôpital Jackson Memorial où on a amputé le bras du bambin et où on a pratiqué une intervention à son cerveau pour le sauver. »

Il retourne

Le bon samaritain voulait retourner à Port-au-Prince pour ramener Soline, la mère, Angie, la petite sœur de trois ans et le petit Gansly, un an.

Il devait trouver l’argent pour le transport. Il a communiqué avec la Synagogue de Lincoln Square à New York. On lui a dit de ne pas se préoccuper et d’envoyer la note.

Ils sont tous rentrés en Floride.

Dimanche dernier, nous avons retrouvé les deux familles à la somptueuse demeure des Eisenmann.

Depuis, toute la famille Saintlus est logée au Manoir Ronald McDonald de Miami pour deux mois, en attendant de trouver un appartement.

Que va devenir la famille rescapée de Ogan Saintelus?

Pour le moment, on n’en sait rien. Rien du tout.

Elle a tout perdu. Elle est sans le sous.

D’abord, la mère et deux des enfants devront obtenir le droit de résidence aux États-Unis, comme le père et le petit Gancci, amputé d’un bras.

Sans argent, ils ne peuvent compter sur aucun soin. La clinique anti-douleur refuse de fournir des soins à l’enfant qui souffre de cette amputation, parce que son père n’a pas d’argent pour payer la note. Inacceptable.

Tous auraient besoin d’un suivi psychologique pour effacer, un tant soit peu, les séquelles de ce moment cauchemardesque. Tout leur rappelle ces moments d’horreur. Le petit Gancci se réveille la nuit bouleversé par l’angoisse et la crainte de revivre ce qui a failli l’emporter.

Encore là, impossible. Il n’y a rien de gratuit, semble-t-il.

Le père d’Ogan, qui demeure à New York, ne veut pas que son fils et les siens retournent à Haïti. Il verra ce qu’il peut faire.

Ogan n’est pas totalement démuni. Il possède un diplôme en hôtellerie et en comptabilité. Il parle aussi quatre langues et est doué pour l’informatique. Il n’a que 29 ans.

S’il obtient un droit de résidence permanent, il croit pouvoir obtenir du travail.

Il n’est pas au bout de ses peines, à moins que les services d’immigration lui facilitent la tâche.

Il est dans l’attente et ne sait pour combien de temps.

Pour le moment, il ne vit que d’espoir.

Joingnez-vous au Soleil de la Floride et aux Diplomates pour venir en aide à la famille Saintelus
Après avoir entendu le récit de cette triste histoire, nous avons décidé de tout faire pour mettre un baume sur les séquelles profondes de la famille de Ogan Saintelus.
Nous sollicitons la générosité de nos lecteurs pour venir en aide à ces naufragés, totalement démunis, à la suite du tremblement de terre survenu le 12 janvier dernier à Haïti.
Un généreux homme d’affaires de Chibougamau a été le premier donateur en versant un chèque de 500$.
Vous pouvez apporter ou faire parvenir vos dons à : Le Soleil de la Floride
2117 Hollywood Blvd
Hollywood, FL 33020
Ou à : Les Diplomates
325 Jacaranda
Plantation, FL 33324
Indiquez pour la famille Saintelus.