« Pourquoi pas la LNH à Québec? »
Publication date: 11 févr. 10 09:01:00
-ANDRÉ SAVARD & MARTIN BIRON
L’ancien directeur-gérant du Canadien de Montréal, André Savard, maintenant dépisteur pour les Penguins de Pittsburgh, et le gardien de but des Islanders de New York, Martin Biron, ne voient pas pourquoi la ville de Québec ne ferait pas un retour dans la Ligue Nationale de hockey.
Par Michel Lemieux
Ces deux Québécois, que j’ai rencontrés au BankAtlantic Center, ont des arguments de taille pour expliquer leur point de vue. Après une carrière de 12 ans dans la LNH, André Savard a occupé tous les postes de direction d’une équipe. Il connait ce circuit de A à Z et toutes les villes où logent les formations.
Au Canada
« Le premier avantage de la ville de Québec n’est pas difficile à identifier », dit-il. « Québec est une ville canadienne et c’est au Canada que le hockey de la Ligue Nationale se porte le mieux. »
« Tous les amphithéâtres sont remplis et les rivalités sont féroces. Dans l’ouest, Calgary, Vancouver et Edmonton se livrent des méchantes batailles et chez-nous, Montréal, Toronto et Ottawa ne se font pas de faveurs, même si aujourd’hui elles ne sont pas des puissances. Mais ils reviendront au sommet, c’est la loi du hockey », ajoute l’ancien joueur des Bruins de Boston et des Nordiques de Québec.
Il est parfaitement conscient qu’à Québec ce n’est pas nécessairement avec le coût des billets qu’une équipe pourrait survivre.
« Si l’organisation trouve cinq revenus différents pour faire fonctionner l’équipe, cela devrait lui permettre de boucler le budget. Un nouveau réseau de télévision voudrait sûrement obtenir les droits de l’équipe, quelques multinationales se joindraient sans le moindre doute à cette nouvelle concession et pour ceux qui croient que les loges privées ne trouveraient pas preneur, bien il n’y a aucune inquiétude. Encore là des compagnies importantes se bousculeraient pour en obtenir une ».
Sûrement qu’un brasseur voudrait obtenir l’exclusivité de la vente de bière. Avec les entrées, nous sommes rendus à cinq sources de revenus et il y en a une autre, qui n’est pas la moindre. C’est celle de « l’entertainement » si tu me permets l’expression. La présentation de spectacles dans les amphithéâtres de la ligue rapporte des fortunes. Si l’équipe en est propriétaire, les coffres se remplissent », ajoute Savard.
Il a bien raison. On sait combien Georges Gillett a fait sonner la caisse. Il a touché près de 600 millions de dollars. Ce ne sont sûrement pas les performances de l’équipe, ces dernières années, qui ont fait monter les enchères lorsque Gillett a décidé de vendre.
Depuis des années, les Panthers de la Floride, malgré les innombrables contre-performances, ne parlent pas de déménager. Les spectacles au BankAtlantic Center sont devenus la vache à lait des propriétaires.
Biron compare
Martin Biron a aussi un point de vue intéressant.
« La région immédiate de Québec compte beaucoup plus qu’un million d’habitants. Si Ottawa a les moyens de faire vivre une équipe, j’imagine que Québec peut le faire aussi. Les billets pour aller au Centre Bell ne sont pas toujours faciles à trouver. Il y a des milliers d’amateurs des Bois Francs par exemple qui préfèreraient prendre la direction de Québec pour aller au hockey. Puis la rivalité reviendrait vite », insiste-t-il.
« J’ai joué longtemps à Buffalo. Il n’y a sûrement pas moins d’argent à Québec qu’à Buffalo. Et pourtant les Sabres ne quitteront pas cette ville demain. Puis il ne faudrait pas oublier la tendance qu’a prise le huard canadien. Il se promène tout près de la parité du dollar américain. C’est incroyable la différence que cela représente en terme de rentabilité pour les équipes canadiennes. Lorsque notre dollar était à 70 cents, c’étaient plusieurs millions de plus que les équipes canadiennes devaient verser en salaire comparativement aux équipes américaines ».
« Aujourd’hui, on le sait le sport est devenu le véhicule publicitaire prioritaire pour de nombreuses multinationales et ce n’est pas demain que cela va s’arrêter ».
Agents libres en attente
Et il y a le système de péréquation dans le circuit qui vient en aide aux équipes moins riches. Un autre aspect, nouveau celui-là, doit être pris en considération. En raison du plafond salarial, les équipes, à quelques exceptions près, ne versent plus des salaires astronomiques aux agents libres. On l’a bien vu cette année. Plusieurs joueurs ont dû attendre à la veille du début de la saison pour recevoir une offre à son plus bas. J’en suis la preuve vivante», confie le gardien des Islanders. Les cas d’Alex Tanguay, Robert Lang et Francis Bouillon le démontrent sans équivoque.
« Vraiment je n’ai pas le moindre doute que Québec a tout ce qu’il faut pour joindre la Ligue Nationale. Je dirais que présentement la situation est encore plus favorable que lors des dernières années des Nordiques. Et on le sait Québec est une ville de hockey. Si en plus les gouvernements et la ville participent largement à la construction d’un amphithéâtre, alors qu’est-ce qui pourrait freiner le projet? », de conclure Martin Biron.