Pas question d’arrêter de travailler : À 95 ANS, SYLVIA SERT TOUJOURS SES CLIENTS DU QUÉBEC
Publication date: 18 févr. 10 09:01:00
Quatre-vingt ans de travail. Cinquante ans d’amour qui aura été une lune de miel continue.
Par Michel Lemieux
À 95 ans, Sylvia conduit encore sa voiture, cigarette au bec.
Ça c’est la merveilleuse histoire d’une petite dame de 95 ans, qui refuse de quitter son emploi dans un marché d’alimentation à Margate où la clientèle, dont beaucoup de Québécois, ne manque pas. Elle a toujours eu plaisir à servir sa clientèle touristique.
Sylvia Mintz est mère de deux enfants, grand-mère quatre fois, arrière grand-maman de quatre petits-enfants d’une quatrième génération, âgés de deux à dix ans.
Vous l’avez sûrement croisée. Cette petite femme pleine d’énergie, l’œil vif, le sourire engageant, la répartie empreinte d’humour prépare toujours ses petits plats de fruits et elle l’affirme sans hésitation « la retraite je n’y pense pas, mais pas du tout ».
Son patron Mike rétorque « je pense que je prendrai ma retraite en même temps que vous Sylvia. »
Elle a tout vécu du siècle dernier. En 1929, son père, comme tant d’autres, se retrouve sans emploi, conséquence de la Grande Dépression. Sylvia relève les manches à 14 ans. Grâce à un contact d’un cousin, elle trouve du boulot dans une fabrique de vêtements ce qui lui rapporte six dollars par semaine. Elle y fait embaucher son frère et ils demeurent soutient de famille à eux deux avec 12 piastres par semaine pour y faire vivre quatre personnes.
Pendant trois ans à Brooklyn, New York ils seront les ressources de la famille.
Puis en 1933, son père trouve un modeste emploi à Buffalo où la famille déménage. C’est presque le faste après la survie : un beau plein pied à 25 dollars par mois.
Elle retourne aux études.
Par l’entremise d’une amie qui lui propose une rencontre avec un inconnu, Sylvia connait en mai 1938 l’homme de sa vie qu’elle mariera en janvier 1940. Le bonheur et la plénitude estompent les années sombres. « On arrive à peine mais nous sommes heureux. »
Arrivée en Floride
En 1997, la maladie frappe son mari. Un médecin clairvoyant suggère que le climat du sud prolongera sa vie. Sylvia convainc son époux de déménager à Hollywood Beach ; ils partent pour la Floride avec 12 dollars en poche.
Elle sera marchande dans un marché aux puces, puis caissière dans différents commerces; elle sera à nouveau soutien de famille jusqu’à ce que son mari reprenne de la vigueur et trouve un emploi comme gardien de sécurité.
Six mois après son arrivée en Floride, le couple économise chaque sous jusqu’à pouvoir s’acheter un humble condo à Hollywood Beach qu’ils habiteront jusqu’au décès de son homme en 1997. Sylvia ne peut plus vivre dans ce qui a été son nid d’amour. Elle déménage à Margate et loue le condo d’Hollywood.
Elle continue à travailler en offrant des dégustations de différents produits dans des commerces de grandes surface épargnant chaque cent que lui laisse son travail incessant.
Elle vendra son appartement en y ajoutant ses économies et ainsi pourra se payer comptant son condo à Margate qu’elle possède depuis.
À 89 ans, elle se verra offrir un emploi à temps plein dans un des commerces où elle offrait ses produits. Elle y est toujours depuis six ans. Tout le monde autour pense qu’elle est une sexagénaire.
Moi-même j’ai peine à croire à son âge lorsque je la rencontre.
Bien sûr elle travaille parce que son niveau de vie en dépend. Mais au-delà de cela, c’est un milieu de vie sociale et le fait de rencontrer et d’échanger avec les clients contribue à sa joie de vivre. « J’ai le privilège d’avoir ni maladie, ni problème », proclame Sylvia.
« Je m’entretiens avec un verre et demi de scotch chaque jour et dix cigarettes », affirme-t-elle.
« J’ai joué au tennis jusqu’à l’âge de 91 ans », nous surprend-elle. Elle qui joue aux grosses quilles une fois la semaine, encore aujourd’hui, en ébahissant ses partenaires par une honorable moyenne pour entretenir la forme physique. Et le mental? « Le poker avec mise en argent! »
À voir son œil et son sourire en coin, nul doute que nous sommes que des perdants face à elle!
Elle conduit encore sa voiture, une cigarette plantée au coin des lèvres.
« La vie est belle et j’y mords à pleines dents. »
Que sommes-nous au Québec à 95 ans?
Des dinosaures oubliés?
Que la Floride continue à nous offrir la vie et la longévité.
Sylvia joue aux grosses quilles à toutes les semaines.