Au camp d’entraînement des Phillies de Philadelphie
Publication date: 18 févr. 10 09:01:00
« Ce sera ce printemps…. ou la fin » -Éric Gagné
Éric Gagné aura une autre chance, ce printemps, de joindre une équipe du baseball majeur. Certaines rumeurs voulaient qu’il soit invité au prochain camp des Dodgers de Los Angeles, avec qui il a connu la gloire. Mais ce sera plutôt avec les Phillies de Philadelphie.
Par Michel Lemieux
Éric Gagné aimerait revivre une fois de plus
l’adrénaline des séries éliminatoires dans le baseball majeur.
Malheureusement nous ne pourrons le voir à Fort
Lauderdale. Les Orioles de Baltimore, qui tenaient leur camp d’entrainement
annuel ici, ont élu domicile à Sarasota ayant été incapables de s’entendre avec
la ville sur les modalités de location du terrain près de la rue Commercial.
Les performances des dernières années du solide droitier et sa consommation de substances interdites ont terni sa carrière.
Cette question d’un retour dans les majeures était très hypothétique lorsque je l’ai rencontré l’été dernier au stade municipal de Québec.
L’athlète de Mascouche ne cachait pas son désir de reprendre du service dans le baseball majeur après avoir réhabilité son bras droit, avec les Capitales de Québec de la ligue Can Am.
Ce serait dans un rôle totalement différent toutefois. Il est devenu un lanceur partant. La relève ce n’est plus pour lui.
Éric Gagné sait parfaitement que ce serait sa dernière chance. Certains recruteurs des majeures se sont tenus au fait de ses performances à Québec.
Il a recouvré la santé. Il s’entraîne tous les jours en Arizona où il demeure.
« Ce sera en 2010 que ça se passera. Sinon j’aurai compris que c’est la fin », me racontait Éric, lors d’une rencontre au stade municipal de Québec, l’été dernier.
« Il est évident que je ne pourrais plus lancer en relève puisque j’ai perdu quelques milles sur la vélocité de mes tirs, ce qui dans mon cas m’exclut de l’enclos des releveurs. »
« Je sais que mes tirs ne fileront plus à 95 ou 96 milles à l’heure. Mais je reste positif et je crois encore en mes chances. »
Pourquoi Québec ?
Pourquoi l’ancien gagnant du trophée Cy Young avait-il choisi Québec pour tenter à nouveau sa chance? Il voulait jouer pour l’entraîneur Michel Laplante, qui a lancé dans les rangs mineurs de quelques équipes professionnelles, dont les Pirates de Pittsburgh. « Michel a connu les mêmes problèmes que moi avec son bras. Il m’aide. Il est un bon conseiller et un excellent instructeur. Je ne pouvais choisir mieux », insistait Gagné en août dernier.
Gagné et Laplante sont des amis et l’entraîneur des Capitales a toujours soutenu que son artilleur de la dernière saison pourrait progresser suffisamment pour avoir une autre chance dans le baseball majeur.
Tommy Lasorda
Gagné a connu la gloire. Et les Québécois l’avaient toujours considéré comme l’un de leurs héros. Du moins avant que son nom apparaisse dans le groupe des consommateurs de substances interdites. Il y a quatre ans, nous avions l’intention de le rencontrer au Stadium de Fort Lauderdale, où les Orioles de Baltimore tiennent annuellement leur camp d’entrainement du printemps. Les Dodgers s’amenaient pour un match hors concours.
Pas un seul banc de libre, en très grande majorité occupés par des Québécois. On se serait cru de retour au parc Jarry.
Avant le match, je m’étais précipité du côté du vestiaire des Dodgers pour obtenir une entrevue avec le meilleur lanceur du baseball majeur l’année précédente. Gagné avait établi de nouvelles marques et remporté le convoité Cy Young.
Devenu l’attraction numéro un du baseball, son faciès « barbiche et lunette » était le souvenir le plus vendu dans toutes les boutiques de souvenirs des stades à ce moment-là. Malheureusement, les joueurs ne retirent aucune redevance de ce commerce.
On s’entend qu’avec les salaires faramineux qu’ils touchent, ce n’est pas une absolue nécessité.
Le premier représentant des Dodgers que je devais croiser était nul autre que le sympathique et coloré Tommy Lasorda, collé à l’équipe depuis 100 ans et pour le reste de sa vie encore.
Voyant que j’étais francophone, c’est avec un grand sourire qu’il me lançait avec son accent « bonjour comment ça va? Comment vont les Québécois »?
Malheureusement il m’annonçait qu’Éric n’accompagnait pas l’équipe. J’étais évidemment déçu parce que l’histoire aurait sûrement intéressé nos lecteurs en ces heures de gloire du grand droitier.
Je n’étais pas le seul. Nous étions des milliers dans le stade à regretter son absence et surtout à rater une chance de le voir lancer à son apogée. Surtout que les Expos avaient foutu le camp depuis bien longtemps et que l’occasion ne reviendrait peut-être jamais. C’est ce qui s’est produit aussi.
J’étais probablement tellement contrarié que je n’ai même pas pensé à faire une entrevue avec Lasorda, l’ancien instructeur de mon idole Sandy Koufax, le meilleur artilleur de toute l’histoire du baseball majeur.
Qui mieux que lui aurait pu analyser en détail le travail d’Éric Gagné.
Heureusement que mon patron Yves Beauchamp n’était pas un fou du sport, sinon je prenais la porte.
Si son nom avait été plutôt Jacques Beauchamp, ce vénérable chroniqueur du défunt Montréal Matin et du Journal de Montréal, qui m’a donné ma première chance de devenir journaliste, je me serais fait brasser.
Enfin, mon remord a duré suffisamment longtemps pour me rappeler mon égarement.
La confiance
Retournons à Québec où Éric a connu des hauts et des bas. Tantôt l’espoir renaissait, tantôt le doute s’installait.
Du début à la fin, il n’a jamais baissé les bras. Son désir de remonter sur le tertre de lanceur avec un équipe majeure était maintenu par la confiance qu’il manifestait.
Lors de notre entretien, Éric estimait que tout fonctionnait selon ses plans.
« Je me sens super bien. Comme jamais depuis deux ans. Je dirais que ma progression est meilleure que ce que j’avais prévu. J’élève donc mes objectifs. Mon état mental est mieux et mon bras prend de la force. »
« Je dois considérer que je n’ai pas fait de camp d’entraînement et cela a sûrement retardé ma réhabilitation. »
À ce moment, à la fin août, il tirait la balle à 91 milles à l’heure. Éric se croyait capable de gagner un ou deux milles supplémentaires.
Il est bien évident qu’il devra modifier son approche des frappeurs et utiliser son arsenal de tirs de façon différente maintenant qu’il est partant.
Éric est devenu un releveur en 2002, à la suggestion de Dave Wallace un instructeur chez les Dodgers. Il l’en remercie aujourd’hui.
« Lorsque tu arrives dans un match en relève, surtout pour la dernière manche, c’est une situation d’urgence et capitale. Ce que j’aimais dans ce boulot, c’est l’intense pression que tu ressens à chaque fois », racontait Gagné.
« Contrairement à un partant, tu n’as pas le droit à l’erreur. La moindre faute va probablement te coûter le match. Si tu es là, c’est parce que tu dois sauver ton équipe. J’adorais cela. C’était valorisant comme pas possible. L’adrénaline est au maximum. Vivre cette incroyable pression était enivrant comme rien d’autre. J’étais fou de cela. »
Toutefois, ce qu’Éric a le plus savouré dans sa carrière au baseball a été de prendre part aux séries éliminatoires. « Rien n’égale jouer dans les séries. C’est fou ce que l’on peut ressentir. J’ai vécu cela quatre fois. S’il y a une chose que je voudrais revivre ce serait de lancer à nouveau dans ce genre d’affrontement. »
On peut bien lui souhaiter. Même s’il a du chemin à faire, Éric Gagné y croit toujours.
Et si jamais son aspiration devient un mauvais rêve il peut toujours retourner s’amuser à Québec, avec les Capitales dont les rumeurs en font un prochain propriétaire.