« CHASSEURS ET GRENADIERS VOLONTAIRES DE SAINT- DOMINGUE » ET LA RÉVOLUTION AMÉRICAINE
Publication date: 28 janv. 10 09:00:00
La révolution Américaine (1775-76 / 1782-83) est une des conséquences indirectes de la guerre de sept ans (1756-1763). Elle allait aboutir à l'indépendance des 13 colonies britanniques d'Amérique du Nord et donner naissance aux États-Unis d'Amérique.
Par Gérard CHARPENTIER Ph. D.
Sociologue et auteur
Dès 1776, des volontaires français comme le marquis de La Fayette rejoignent les rangs des insurgés et en 1778, la France envoie officiellement un corps expéditionnaire sous les ordres du marquis de Rochambeau (armées de terre) et déploie une flotte de guerre sous les ordres du comte d'Estaing ainsi que du Comte de Grasse.
À cette époque, la colonie française de Saint-Domingue est la plus dynamique et la plus riche de toutes les possessions coloniales que les Européens ont dans les Caraïbes. C'est aussi pour la France sa principale base militaire et navale dans cette région. Dans ses colonies françaises des Caraïbes sont basées les Régiments coloniaux de la Guadeloupe, de la Martinique et du Cap et de Port-au-Prince à Saint-Domingue. On retrouve tout particulièrement:
**Le corps de Chasseurs-Volontaires de Saint-Domingue qui comprend 10 compagnies de 79 hommes dans un premier temps et par la suite de 103 hommes. Pour un total de 1 030 hommes. Il est placé sous le commandement du Marquis de Rouvray, propriétaire au Terrier-Rouge et au Dondon.
**Le corps des Grenadiers-Volontaires de Saint-Domingue qui est sous le commandement du Vicomte de Framais.
**Le corps des Chasseurs-Royaux de Saint-Domingue, qui est composé de 5 compagnies de 101 hommes recrutés parmi les gens de couleur et les compagnies de milices. Au total 595 hommes.
Ces régiments vont participer sous la bannière royale de France à des campagnes militaires lors de la révolution américaine et cela aux cotés des Insurgés.
LA CAMPAGNE DE GÉORGIE . 1779
(échec du siège de Savannah)
Le contingent expéditionnaire qui part du Cap-Français le 15 août 1779 pour la Géorgie est sous les ordres du Comte Jean-Baptiste d'Estaing, Lieutenant Général des Armées Royales. Ancien Gouverneur de l'Ile (1764-1766) et militaire d'expérience qui s'est emparé lors de campagnes précédentes des iles de Sainte-Lucie et de la Grenade. Lors de la campagne de Géorgie qu'il dirige avec le grade de Vice-Amiral de France, il est secondé par un Major général, le Vicomte François de Fontanges, propriétaire aux Gonaïves. Par la suite, il se rallie à la Révolution, il commande alors la Garde Nationale de Versailles, de Brest et de Tours, nommé Amiral par la Législative, il est néanmoins arrêté et guillotiné en 1794.
Le corps expéditionnaire de Géorgie qu'il commande comprend:
-700 hommes venant des régiments de la Martinique,
-850 hommes venant des régiments de la Guadeloupe,
-600 hommes détachés des régiments de Foix et de Hainaut venant de France
-300 hommes venant des régiments d'Agenais, de Gâtinais,et de Cambresis en garnison dans la grande colonie,
-50 hommes du régiment d'artillerie,
-300 hommes du régiment du Cap,
-200 hommes de la récente formation des Grenadiers-Volontaires de Port au Prince.
-800 fusiliers indigènes du corps des Chasseurs-Volontaires de Saint-Domingue.
Il est connu que le siège de Savannah mené conjointement par les Français et les Insurgés contre les Anglais se soldat par un échec malgré la bravoure des officiers et des soldats engagés dans cette bataille. Les analystes militaires expliquent la chose par le fait que les plans d'offensive franco-américaine avaient été communiqués aux Anglais par des déserteurs de la milice de Charleston. Sur le terrain, arrivé devant Savannah, les bateaux de l'Amiral d'Estaing ne purent accoster près des rives ce qui obligea l'utilisation de petites chaloupes pour débarquer les hommes et le matériel. De plus, les Chasseurs-Volontaires en liaison avec les Grenadiers Volontaires, peu habitués à utiliser les tranchées mises en place par le Comte d'Estaing en personne, à la tête de 300 travailleurs du corps de génie du Major Pierre L'Enfant, sortirent de leurs abris pour charger à la baïonnette une colonne britannique et la poursuivre à découvert, se mettant du même coup sous le feu des Anglais. A ce baptême du feu, 12 officiers furent tués et 88 soldats furent tués ou blessés. Après cette hécatombe, la grande majorité des morts furent ensevelis sur place dans le cimetière israélite situé à quelques distances des tranchées du corps expéditionnaire.
De façon générale, lors de ce siège plusieurs officiers supérieurs français furent gravement blessés. On note parmi eux, le comte d'Estaing, grièvement blessé à la jambe droite et au bras gauche, le major général, vicomte de Fontanges atteint à la hanche droite, le comte Arthur de Dillon, le baron Stoding, le vicomte de Noailles, le vicomte Jules Jacques de Béthisy pour les plus importants.
Pour comble de malchance lors du voyage de retour, les vaisseaux du comte de Grasse furent pris dans une tempête et trois bateaux isolés furent attaqués et tombèrent aux mains de la flotte britannique.
LA CAMPAGNE DE FLORIDE. 1781
Capitulation de Pensacolla
En 1779, l'Espagne rejoint la France et entre en guerre contre l'Angleterre. Une telle alliance rend possible l'attaque de la ville portuaire de Pensacola en Floride (Golfe du Mexique) et permet de prendre en tenaille les troupes anglaises qui contrôlent la Géorgie et la Caroline.
Le corps expéditionnaire de la Floride comprend:
-732 hommes, appartenant aux régiments du Cap et de Port-au-Prince à Saint- Domingue
-303 hommes appartenant au corps indigène des Chasseurs Royaux de Saint-Domingue, sous le commandement du Chevalier François de Monteil, chef d'escadre, commandant de la division navale détachée de la flotte du Comte de Guichon.
Le corps expéditionnaire et les frégates françaises, partent de la Havane en même temps que les troupes espagnoles sous le commandement du Maréchal Bernado de Calves.
La campagne fut cette fois-ci couronnée de succès et Pensacola tomba aux mains des Français et de ses alliés espagnols.
Plus tard, à la fin du 19e siècle, il fut décidé par les autorités des États-Unis qu'en remerciement pour leur engagement, tous les officiers et soldats, volontaires ou réguliers de langue française et de langue espagnole qui combattirent de 1779 à 1781, sous les ordres du maréchal de Calves, méritaient pour eux-mêmes et leurs descendants de faire partie de la « National Society of Sons of the Revolution »
QUATRE PERSONNALITÉS DE SAINT-DOMINGUE AU DESTIN HISTORIQUE
-Vicomte François de FONTAGES. Né à Gannat en 1740, il meurt à Montluçon en 1822. Propriétaire d'une Habitation aux Gonaïves. Major du régiment du Cap en 1775, major général des troupes du débarquement à Savannah, major général des troupes de Saint-Domingue en 1780, lieutenant-colonel, puis colonel du régiment du Cap, 1784, commandant de la partie du Sud en 1785, maréchal de camp en 1786, il démissionne en avril 1790. En tant que commandement des troupes des Gonaïves en 1791, il signe un concordat avec les Libres. Sa tête est mise à prix à la fin de 1792, il passe alors dans la partie espagnole (1793), et sert dans l'armée espagnole jusqu'à la fin de 1794. De retour en Europe en 1795, il reprend du service en Espagne, mais il est fait prisonnier par les Français en 1808. En 1811, il demande à servir dans l'armée impériale. Il sera promu lieutenant général en août 1814.
Laurent, François LE NOIR , « Marquis » de ROUVRAY. Né à Boynes en 1733, il meurt à Philadelphie en 1798. Il sert au Canada où il est blessé et obtient un brevet de colonel en 1768 l'année même où il épouse une créole, la Marquise Angélique d'Alesso d'éragny, descendante d'un ancien gouverneur général des Iles du Vent. Il possède à Saint-Domingue des sucreries et des cafêteries. Par sa femme, Le Noir se trouve ainsi l'allié du comte d'Ennery, ancien gouverneur général de Saint-Domingue. Il prend part au siège de Savannah, à la tête des chasseurs volontaires de couleur (promu maréchal de camp en 1788). Favorable aux Libres, il aurait été l'inspirateur des ordonnances libérales du maréchal de Castries de 1784 et 1785. Élu député de la partie du Nord et reconnu comme suppléant par l'assemblée nationale, il rentre à Saint-Domingue en 1790. Il commande le cordon de l'Est lors du soulèvement des esclaves du nord. En 1791, la seconde Assemblée coloniale lui retire sa confiance, lui reprochant d'avoir pris le parti des Libres. Il revient dans l'île occupée en 1796 ; son fils Édouard et lui servent sous les Anglais.
Henry CHRISTOPHE. Né à la Grenade en 1767, mort au Cap-Haïtien, en 1820. Nègre libre, affranchi par le comte d'Estaing lors de la prise de l'ile,
Il participe au siège de Savannah sous les ordres de l'amiral d'Estaing. Le futur président puis roi, y servit en tant que tambour. Pendant la Révolution, il rallie le soulèvement servile. Ce lieutenant de Toussaint aspire à la succession de l'empereur Dessalines, quand celui-ci est assassiné en 1806. Il se proclame roi (Henri Ier) en 1811, et règne de manière dictatoriale sur le nord d'Haïti jusqu'au jour où une révolte générale le pousse au suicide. La partie Sud étant dirigée par le Président Pétion qui est un mulâtre.
André RIGAUD. Né aux Cayes le 17 janvier 1761, il y meurt le 18 septembre 1811. Ce métis libre, participe au siège de Savannah comme fourrier. Il y fut blessé. Il devient l'un des chefs de sa classe au moment de la Révolution. Lieutenant-colonel (1793), colonel de la légion de l'égalité du sud et, en juillet 1793, commandant intérimaire de la partie méridionale dont il fait une république de métis, qu'il sauve de l'occupation des Anglais quand ces derniers envahissent Saint-Domingue, en 1793-1794. Général de brigade (1795), il s'oppose à la volonté séparatiste de Toussaint Louverture, qui massacrera les troupes et la population sudistes de sang-mêlé au cours de la campagne de 1799-1800. Contraint à la fuite, il reviendra aux côtés de Leclerc, perdant ainsi la confiance des métis. Il s'échappera et revient à Saint-Domingue, le 19 avril 1810, où il prend la tête d'un état sudiste dans l'île.
Sources : Vous pouvez également consulter les sites suivants sur internet. Ils ont permis de documenter cet article www.agh.qc.ca:
www.defense.gouv.fr./marine/culture/patrimoi/shm/f_shm9.htm
http://perso.infonie.fr/jomave/adgenweb/shat.html - wwwikipedia.com