Privé de talents : Jacques Martin commence-t-il à perdre des plumes?
Publication date: 25 févr. 10 09:01:00
Est-ce que l’effet Jacques Martin commence à se dégonfler à Montréal?
Commentaire de Michel Lemieux
Peut-être! Surtout dans ce milieu où la critique est tellement facile et où les justiciers trop nombreux prennent tant de place. Est-ce justifié? Pas certain.
J’ai toujours apprécié Jacques Martin, j’ai constamment eu une relation cordiale avec lui et sa disponibilité à mon égard n’a jamais fait défaut, lorsqu’il était en poste ici à Sunrise.
Quand il dirigeait les Panthers, je croyais en sa philosophie. Au moment où j’ai décidé de sortir de ma retraite de chroniqueur sportif, pour joindre le Soleil de la Floride, je me suis retrouvé devant une équipe dont je ne connaissait aucun élément, ni la façon de l’entraineur de diriger sa barque.
Par contre, je savais depuis longtemps que le style de Jacques Martin avait toujours été la défensive à outrance. Il l’avait imposée à Ottawa. J’ai vite réalisé qu’il n’avait pas dérogé à cela, à Sunrise non plus.
Toutefois, il avait réussi à me convaincre que les Panthers ne possédaient pas les éléments nécessaires pour ouvrir la machine.
Le réveil
Une chose me chicotait toutefois. Je m’interrogeais constamment sur les raisons qui faisaient que Nathan Horton, un talent pur, Stephen Weiss, un centre suffisamment doué et Rotislav Olezs, un espoir, ne parvenaient pas à améliorer leur fiche offensive. Je me souviens même d’avoir écrit que leur production n’était pas à la hauteur des attentes et qu’ils tardaient trop à se développer malgré leur jeune âge.
Bobby Orr est l’agent de Nathan Horton. Selon certaines rumeurs, ce dernier avait avisé Orr qu’il ne voulait plus jouer sous les ordres de Jacques. L’hiver dernier, Stephen Weiss n’avait pas fait de détours pour nous expliquer le contraste entre son nouvel entraineur Peter DeBoer et Jacques Martin.
« Avec Peter nous jouons pour gagner alors qu’avec Jacques, nous jouions pour ne pas perdre. L’échec avant et la possession de la rondelle dominent maintenant le style des Panthers ».
Il ne l’a pas dit. Mais il est évident que les joueurs sont beaucoup plus heureux sous les ordres de leur nouvel entraîneur. Ils peuvent exprimer davantage leur talent. Horton, Weiss et Olezs connaissent les meilleures saisons de leur carrière. La philosophie de Peter DeBoer, qui prône l’attaque et qui invite les défenseurs à soutenir davantage l’offensive, fait l’unanimité. Aucun joueur n’a versé de larmes dans la chambre des Panthers lors du départ de Martin.
Seul David Booth a eu de bons mots pour lui. Mais l’équipe ne gagne pas plus et va probablement être exclue encore des séries.
L’éteignoir
Est-ce que Jacques Martin étouffe le potentiel de ses meilleurs joueurs? Rappelons-nous qu’à Ottawa on lui faisait le même reproche avec les Alfredson, Spezza, Hossa et Havlat. Les deux derniers ont préféré aller jouer ailleurs.
Ici, Ollie Jokinen était le meilleur joueur offensif mais Jacques rageait contre ses performances défensives. Il est parti lui aussi. Mais Jokinen ne reste nulle part.
Dès l’annonce de l’arrivée de Martin à Montréal, les experts ont tous clamé que le party était terminé chez le Canadien et que le plan de match de Jacques solutionnerait les problèmes de cette équipe.
Pourtant on s’interroge encore sur l’incapacité de cette équipe à marquer à cinq contre cinq, phénomène plutôt inconnu chez le Canadien des belles années. Mais nous sommes tellement loin des saisons glorieuses du CH.
Bob Gainey a payé cher, trop cher, les changements qu’il a apportés. A-t-il donné les bons outils à son entraineur? On peut en douter. Le jeu de yoyo auquel est soumis Marc-André Bergeron en dit long sur les ressources de cette équipe. Les rappels de Hamilton sont sans équivoque. Il n’y a pas de relève dans cette organisation. Ni de profondeur dans cette équipe.
Jacques Martin est-il vraiment le sauveur que l’on croyait?
Il manque d’ingrédients pour offrir une recette acceptable. Il aura toujours l’alibi qu’avec un talent dilué, on peut difficilement remplir le but adverse. Encore moins avec un seul trio productif. Cela n’empêche pas quelques scribes de virer capot et de voir s’éteindre leur rêve.
Le Canadien est cruellement déficient à cinq contre cinq. Heureusement que l’avantage numérique existe dans ce sport. Jacques a toujours eu de la difficulté à sortir de son propre carcan. Celui de limiter les dégâts plutôt que d’en causer chez l’adversaire.
Les joueurs de talent et les marqueurs n’achètent pas cette théorie. Heureusement ils ne sont pas trop nombreux chez le Canadien. Souvent ils refusent de suivre le plan de match. Dans ces circonstances, il est extrêmement difficile d’obtenir de la cohérence et d’amener tout le monde à tirer dans le même sens.
S’il préfère toujours jouer pour ne pas perdre, Martin risque peut-être de connaître le sort auquel il a été habitué chez les Panthers : l’exclusion une autre fois des séries éliminatoires.
En ce moment, peut-il tenter autre chose que limiter les dégâts ? Pas vraiment. L’héritage de Bob Gainey est en lambeaux.