L’arbitre Kerry Fraser prend sa retraite et écrit un livre CONTROVERSÉ À QUÉBEC, IL N’A JAMAIS EU DE DOUTES SUR LE BUT D’ALAIN CÔTÉ!
Publication date: 8 avr. 10 09:01:00
Kerry Fraser fait un dernier tour de piste comme officiel de la Ligue Nationale de hockey. En même temps, il écrit un livre sur sa vie. Il va sûrement y expliquer sa décision, qui l’a rendu aussi impopulaire à Québec, d’avoir refusé ce fameux but à Alain Côté lors du 5ème match de la série Canadien-Nordiques en avril 1987(comme il vient de le faire à Montréal).
Par Michel Lemieux
Kerry Fraser avait fière allure lors de notre rencontre dans un restaurant de Fort Lauderdale.
Il va aussi j’imagine écrire sur une rencontre qu’il a eue avec Michel Bergeron, dans un aéroport.
Kerry Fraser est un nom qui sonne faux pour tous les anciens partisans des Nordiques. Invariablement, les amateurs de hockey de tout le Québec associent son nom à celui d’Alain Côté qui, lui, doit sûrement regretter le moment de gloire dont l’aura privé cet arbitre.
Kerry Fraser, officiel de la Ligue Nationale de hockey, qui en est à ses derniers coups de patin dans ce rôle, défend encore aujourd’hui sa décision, laquelle restera à jamais controversée, que vous ayez été un inconditionnel des Nordiques d’un côté ou du Canadien de l’autre.
Rencontre avec Fraser
J’ai rencontré Kerry Fraser dans un restaurant de Fort Lauderdale, il y a une dizaine de jours.
Fraser a joué au hockey junior à Sania. Il a vite réalisé que sa carrière ne serait pas très longue.
« Je n’avais pas le gabarit et je n’avais pas le talent nécessaire. J’ai donc abandonné. »
« Un ami de la famille, instructeur de hockey, qui a été membre des Red Wings de Détroit, m’a proposé de tenter ma chance comme arbitre. L’idée m’a plu. Je me suis donc inscrit à une école d’arbitre. Ron Fournier était du même groupe que moi. J’ai eu trois jours de cours. Puis je suis allé travailler comme juge de ligne dans la ligue Américaine. Aucun stage dans les rangs juniors ou dans les circuits inférieurs. C’est Frank Udvari qui m’a découvert et m’a invité dans les rangs professionnels. J’y étais à 22 ans et j’y suis toujours resté », dit-il en riant.
Il en a officié des matches de hockey dans la LNH. Il a fait ses débuts comme juge de lignes puis il a gradué au niveau de l’arbitrage.
« J’ai été témoin de tous les événements inimaginables. Il y avait des soirées où ce n’était pas de tout repos. Mais je ne reverrai jamais autant de rivalité que celle qui existait entre les Nordiques et le Canadien. Ces matches dépassaient tout ce que j’ai pu voir dans ce sport. »
But d’Alain Côté
Évidemment que je lui ai parlé de ce but refusé à Alain Côté. A-t-il déjà douté un seul instant de sa décision? Il a dit ce qu’il a répété à Montréal mercredi dernier.
« Non jamais je n’ai eu le moindre doute là-dessus. Paul Gillis a vraiment fait de l’interférence contre le gardien Brian Hayward, au point où il avait été entrainé presqu’en dehors du but, » insiste-t-il.
Et Kerry Fraser décrit avec détail ce qu’il a vu. Sans hésitation et toujours aussi convaincu d’avoir été honnête dans son jugement.
Lors de ce 5ième match de la finale de la division Adams, remporté par le Canadien, Fraser avait, plus tôt, commis une bourde que l’on ne voit pas souvent dans une rencontre.
Au début de la troisième période, en voulant éviter d’être frappé par Guy Carbonneau, le défenseur Randy Muller lève les mains et son bâton au visage du joueur du Canadien. Fraser signale immédiatement une infraction en levant le bras. Pourtant ce sont les Nordiques qui sont en possession de la rondelle et Fraser ne siffle pas. Le CH prend à son tour le contrôle du disque et Fraser, toujours le bras levé, ne siffle toujours pas.
Croyant alors que c’est le Canadien qui est pris en défaut, Clint Malarchuk se dirige vers le banc pour laisser la place à un sixième attaquant.
Carbonneau lance dans un filet abandonné. Le gardien des Nordiques est hors de lui et hurle son mécontentement. Après consultation, Fraser refuse le but parce qu’il aurait dû faire entendre son sifflet dès la mise en échec, puisque la pénalité était décernée aux Nordiques déjà en possession de la rondelle.
À la 18ème minute du dernier engagement, Mats Naslund tente de tenir en échec Paul Gillis à partir de la ligne bleue des Nordiques. Les deux sont comme des siamois jusqu’au filet de Hayward. Alain Côté entre en territoire du Canadien, fait un arrêt brusque pendant que Naslund et Gillis restent presque soudés ensemble. Naslund entre en collision avec son gardien qui, en recevant le choc, tombe à la droite de son but. Côté lance dans une cage déserte. Aucune pénalité n’est accordée, le patin de Gillis est légèrement venu en contact avec la jambière gauche de Hayward, mais c’est Naslund qui renverse son gardien. Le but est refusé. On ne saura jamais pourquoi. Tout cela à 17 :07 de la troisième période. On connait la suite. Moins d’une minute plus tard Ryan Walter marque et le CH se sauve avec un gain de 3-2 et une avance de 3-2 également dans la série qu’il remportera.
Pierre Bouchard, analyste à la Soirée du hockey de Radio-Canada, insiste pour parler des deux erreurs de Fraser. Celle du sifflet en retard et celle du but refusé en disant : « voilà ce que c’est quand on parle d’un arbitre qui influence le résultat d’une partie. Fraser n’était probablement pas remis de sa première bourde lorsqu’il a refusé le but ».
Kerry Fraser n’a plus arbitré dans les séries par la suite. Aussi il n’a plus été le bienvenu à Québec. Les partisans ne lui pardonneront jamais. Il le sait.
Michel Bergeron avait fait l’une de ses pires colères, sinon sa pire, en tant qu’entraineur des Nordiques. Monté sur la rampe, se prenant la tête à deux mains, le Tigre n’en revenait tout simplement pas. Après le match, il s’était dirigé à la course vers le vestiaire des arbitres.
Lors de notre rencontre, Fraser était accompagné de son épouse. Il aime dire qu’il porte le numéro deux parce que sa compagne est le numéro un. Comme je ne voulais pas les déranger trop longtemps, il m’a donc laissé son courriel pour que je puisse le rejoindre pour compléter notre entretien. Toutefois, sa réponse du lendemain n’était pas celle que j’attendais, mais pas du tout.
« Apologizes Michel »… « Mes excuses Michel. Après vérification avec mon éditeur je ne peux, selon mon entente, discuter du contenu de mon livre avant sa publication à l’automne. Si tu veux bien, fais ton histoire avec ce dont nous avons parlé hier, » signé Kerry.
J’espère pour lui qu’il ne s’est mis les pieds dans les plats une autre fois.
Kerry Fraser s’est mis les
partisans des Nordiques à dos avec le but controversé d’Alain Côté.