Dans le chaos, les maisons se vendent à un prix dérisoire : FORT MYERS COMME AU FAR WEST
Publication date: 25 mars 10 09:00:00
La crise économique qui charcute totalement la vie de plusieurs villes américaines, particulièrement en Floride, fait la manchette partout dans le monde.
Par Michel Lemieux
Olivier Cyran, journaliste pour le grand quotidien Le Monde de Paris, vient de faire un triste portrait de la déchéance que connait la ville de Fort Myers.
Cette ville donne l’image d’un véritable tiers-monde.
Les maisons abandonnées deviennent des laboratoires de production de marijuana. La police ne parvient plus à contrôler tout ce qui s’y passe. Dans leur colère, les propriétaires confrontés au désespoir saccagent leur propriété avant de l’abandonner aux mains des banquiers qui refusent de leur donner un sursis.
Le New York Times a aussi dépêché un reporter pour aller constater la totale désolation à Fort Myers.
Le titre était sans retenue : « Bienvenue dans le rêve américain, en marche arrière toute », ironisait le Times.
Une pancarte annonçait : maison à vendre. Un jeune garçon a ajouté le mot « invendable » sur le carton. C’était la maison de son oncle. Il l’a fait visiter à Olivier Cyran. « Mon oncle et ma tante ont tout cassé. Tout le monde fait cela pour se venger de ces salopards de banquiers qui rejettent tout compromis », raconte le jeune homme.
Laboratoires clandestins
Dans le sous-sol, le neveu a caché sa petite entreprise : dix plants de cannabis au parfum prometteur, arrosés par un goutte-à-goutte et éclairés par des fluorescents.
Fort Myers et sa longue banlieue Lehigh Acres se sont muées en véritable zone sinistrée. Il n’y a pas si longtemps, en 2000, les maisons se vendaient comme des petits pains chauds. Cette ville champignon, qui est rapidement passée de 30 000 à 80 000 habitants en moins de trois ans, a aujourd’hui davantage l’allure d’un bidonville.
Et le programme de relance économique du président Obama n’oblige-t-il pas les banques à renégocier les prêts des ménages surendettés? « Ça marche pour ceux qui ont des revenus, pas pour ceux qui n’ont rien », rétorque un résident.
Un architecte de la Chambre de commerce locale, Edward Weiner, regrette que la population ait sous-estimé la cupidité des banques, qui ont voulu gagner trop d’argent, et celle des spéculateurs, qu’ils soient de Brooklyn, d’Allemagne ou du Venezuela, qui ont acheté des maisons sur plans sans se préoccuper des locataires qui vivraient dedans.
Aujourd’hui, ces maisons sont en décrépitude. Vingt pour cent des dix milles résidences construites à cette époque n’ont jamais été habitées.
« C’est ridicule, ajoute monsieur Weiner, parce que ces saisies dévalorisent les maisons encore occupées. Les banques mettent les gens à la rue pour récupérer ce qu’elles savent ne pas pouvoir revendre ».
Désordre total
Le chômage a quadruplé en deux ans, passant de 3,5 pour cent à 12 pour cent entre 2007 et 2009. Une maison, qui se vendait 300 000 dollars en 2004 ne trouve pas preneur pour 100 000 mille dollars en ce moment.
Près de deux mille maisons sont inhabitées sur un territoire quatre fois plus grand que Manhattan. Les policiers ne parviennent pas à toutes les fouiller ce qui fait que les petits laboratoires clandestins se multiplient.
L’an dernier seulement, plus de trois mille plants de cannabis d’une valeur de 7 millions de dollars ont été saisis et pas une semaine ne passe sans que les policiers ne procèdent à des arrestations.
Impuissante à lutter contre la prolifération des plantations, la police a convié les habitants à lui prêter main-forte, dans un programme baptisé du nom Weed ans Seed (herbe et semences).
Weed signifie les méchants indique un policier. Seed par contre vise à impliquer la communauté, d’abord en distribuant aux gens de la nourriture et des vêtements, ensuite en les invitant à dénoncer les malfaiteurs.
Tom, le jeune garçon, qui cultive dans la maison abandonnée de son oncle, estime que les gens prennent tous les moyens pour s’en sortir.
« Mes parents n’auront pas l’argent pour m’envoyer aux études. Pour préparer mon avenir, j’avais le choix entre l’armée et l’herbe. J’ai choisi l’herbe ».
La voisine raconte que ses deux fils ont choisi les marines. « Ils devaient partir. Ici on ne se sent plus en sécurité. Mon mari songe à s’acheter une arme, ce qui me répugne».
Cette femme coordonne un projet d’aide alimentaire. « Certains n’ont même plus l’eau, ni l’électricité et ceux qui ont perdu leur maison dorment dans leur voiture. Que feront-ils lorsqu’ils perdront leur voiture. Ils s’en iront on ne sait où », dit-elle.
Un vendeur de voitures d’occasion raconte : « Nous avons des centaines de voitures sur les bras. Il y plus de gens pour en vendre que pour en acheter ».
Ce total chaos a fait perdre plus de neuf millions en taxes à la ville.
En 2008 seulement, il y a eu 549 414 saisies immobilières en Floride. Dans le journal Le Monde et dans d’autres quotidiens français, les agents immobiliers invitent les chasseurs d’aubaines à acquérir une propriété avec piscine pour un coût dérisoire.
Ceux qui ont Fort Myers dans leur mire devraient se rendre sur place avant de s’engager. Sinon ils risquent de se retrouver en plein Far West.