Louis de BUADE, Comte de FRONTENAC et de PALLUAU BÂTISSEUR ET GOUVERNEUR DE LA NOUVELLE-FRANCE
Publication date: 25 mars 10 09:00:00
Les Québécois, les Canadiens en général et les touristes ont souvent en mémoire le nom de Frontenac, très certainement à cause et grâce au "Château Frontenac" qui domine le cœur de la ville de Québec.
Gérard CHARPENTIER Ph. D
Sociologue et auteur
Mais qui connaît véritablement Louis de Buade, Comte de Frontenac et de Palluau? Il est pourtant considéré par les historiens comme une des figures les plus marquantes de l'histoire du Canada mais aussi comme étant le principal architecte de l'expansion de la France en Amérique du Nord et le défenseur de la Nouvelle-France contre les attaques des Iroquois et des colonies anglaises.
UNE VIE ET UNE CARRIÈRE PRESTIGIEUSES
Issu d'une famille de la haute noblesse française
Né le 22 mai 1622 à Saint Germain en Laye (près de Paris) d'une famille de la noblesse d'épée (originaire du Périgord) très proche du roi Louis XII (ce dernier fut son parrain) le jeune Louis était destiné à recevoir une belle éducation et prétendre à une vie sans égal.
En 1635, à l'âge de 13 ans, il entre dans l'armée et participe à de nombreuses campagnes militaires, aux Pays-Bas, en Italie et en Allemagne. En 1646, à 24 ans, il est blessé au bras droit lors d'une bataille, ce qui le laissera infirme pour la vie. La même année il est promu au rang de général.
En dehors des campagnes militaires, Frontenac vit à la cour du roi où comme beaucoup de jeunes nobles, il mène un train de vie souvent rocambolesque et bien au dessus de ses moyens. En 1648, il épouse secrètement Anne de La Grange et ce, contre la volonté du père de la jeune fille qui la déshérite lorsqu'il apprend la nouvelle.
Compte tenu de son caractère impétueux et de son train de vie, le comte de Frontenac fut rapidement connu non seulement pour sa bravoure et son courage de soldat, mais aussi pour ses frasques, sa prodigalité ainsi que pour ses dettes.
Première nomination comme Gouverneur de la Nouvelle-France
1672-1682 : Expansion de la Nouvelle France
Sa nomination comme Gouverneur de la Nouvelle-France venait donc au bon moment pour l'aider à résoudre ses problèmes financiers. Il part de La Rochelle pour Québec le 28 juin 1672. Il est convenu que sa femme resterait en France et que son salaire lui serait directement versé. Comme Gouverneur, il a les pleins pouvoirs et doit normalement jouer un rôle important dans l'organisation et l’administration de la colonie déjà en place. Cependant, Frontenac est avant tout un chef militaire et son caractère fougueux et aventurier lui font préférer des actions militaires pour établir des relations pacifiques entre les colons et les tribus indiennes, mais aussi de conquête et d'exploration vers l'ouest et le sud afin de développer le commerce de la fourrure qui est une des principales sources de revenus pour la colonie.
Dans le cadre de cette expansion territoriale, il parraine les expéditions menées par des hommes comme René-Robert Cavelier, Sieur de la Salle, Louis Jolliet et le père Marquette, mais aussi Antoine Lamothe, Sieur de Cadillac et Pierre Lemoyne, Sieur d'Iberville qui parcourent le continent nord-américain et tracent les limites de la Nouvelle-France. Ainsi, René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle fonde le Fort Frontenac en 1763 sur les bords du lac Ontario; un poste de traite qui jouera tout au long des années à venir un rôle important dans la dynamique économique et militaire de la région et où s'élève maintenant la Ville de Kingston (Ontario).
Si Frontenac réussit son ouverture vers l'ouest et le sud et parvient à établir des relations stables et pacifiques avec les indiens et développer ainsi efficacement le commerce de la fourrure avec eux et rendre la colonie prospère, il ne réussit pas pour autant à faire l'unanimité parmi les membres influents de la colonie. Son caractère fier, souvent hautain et querelleur, lui vaut d'entrer en conflit, d'une part avec Monseigneur Laval et les Jésuites qui lui reprochent de distribuer de l'alcool aux indiens et d'autre part avec le Gouverneur de Montréal et les administrateurs locaux comme Jacques Duchesneau de la Doussinière et Ambault. Si bien que le roi Louis XIV décide en 1682 de le rappeler en France.
Seconde nomination comme Gouverneur de la Nouvelle-France
1689-1698: Pacification et stabilisation de la Nouvelle France
Les années qui suivent le départ du comte de Frontenac sont marquées par les attaques incessantes menées par des Iroquois et des milices venant des colonies anglaises.
Ses successeurs, Joseph de La Barre et le marquis de Denonville, étant incapables d'y répondre efficacement et de résoudre les problèmes propres de la Nouvelle France, Louis XIV se voit donc en quelque sorte obligé de renvoyer Frontenac sur le continent américain d'autant plus que les hostilités avec l'Angleterre ont repris en Europe.
Cette fois-ci, son mandat de Gouverneur est bien précis, son rôle principal est d'être un chef militaire et de restaurer la paix afin d'assurer la sécurité des colons français en Nouvelle-France. Il eût deux occasions de le faire et de montrer ses qualités de chef militaire. La première fut en 1690 quand il repoussa l'attaque de Québec entreprise par la flotte anglaise commandée par l'Amiral William Phipps. Événement devenu célèbre par la répartie que fit Frontenac à l'émissaire de Phipps qui lui demandait de se rendre: à qui il rétorqua « Allez dire à votre maître que je lui répondrai par la bouche de mes canons ».
Puis en 1696, il entreprit une campagne militaire contre les Iroquois et les populeuses colonies anglaises du sud. Le New Jersey et Boston furent même attaqués par les soldats français alliés aux Algonquins qui, avec beaucoup de respect, avaient surnommé Frontenac «Big Onontio» (Grand chef). En fait, à cette époque, Frontenac n'avait pas d'égal comme chef militaire et avant que ne soit signé en Europe le traité de Ryswick (1697) mettant fin aux hostilités entre la France et l'Angleterre, il avait su mettre en place dans la région, par des jeux d'alliances, une paix relative qui allait durer plus de 50 ans après sa mort qui eût lieu le 28 novembre 1698 à Québec à l'âge de 76 ans.
La grande paix de Montréal
Louis de Buade, Comte de Frontenac et de Palluau, décédé en 1698 n'aura pas la chance de participer à la signature de la grande paix de Montréal signée en 1701. Cette paix n'aurait jamais plus se réaliser sans le remarquable travail de pacification qu'il avait effectué en Nouvelle-France, mais aussi par rapport aux colonies anglaises. Cette charge reviendra au Chevalier Hector de Callières, devenu gouverneur de Montréal et de la Nouvelle-France depuis sa mort.
Les rapports de l'époque racontent que les premières délégations parviennent à Montréal au début de l’été 1701 et que la ratification du traité n’interviendra pas immédiatement, car les tractations vont être longues. À l'occasion de la signature effectuée dans une grande plaine proche de la ville,
un banquet est organisé, et le calumet est échangé.
Ce traité doit mettre un terme aux conflits entre les différentes nations indiennes et les Français s’engageant à arbitrer les différents s'il y en a. Les Iroquois quant à eux, promettent de rester neutres en cas de conflit éventuels entre les colonies françaises et anglaises.
DES LIEUX PRESTIGIEUX NOMMÉS EN SA MÉMOIRE
Le château Frontenac à Québec
William Van Horne, Directeur général du chemin de fer Canadian Pacific (CP) commence en 1899 la construction d'un hôtel de luxe destiné à sa clientèle de marque et dédié à la mémoire de celui qui a marqué de façon irréversible la Nouvelle-France, le Comte de Frontenac. Van Horne retint les services de l'architecte New Yorkais Bruce Price qui a déjà réalisé la gare Windsor à Montréal. Par la suite, des travaux d'agrandissement et d'embellissement sont entrepris en 1908, 1920, 1924, 1993 pour aboutir aux bâtiments que nous connaissons aujourd'hui. Les hôtes de marques qui séjournèrent au Château Frontenac sont multiples et pour ne citer que certaines personnalités politiques, nous nommerons : le Roi George VI et la Reine Elizabeth, la Princesse Grâce de Monaco, Tchang-Kai-Chek, Charles de Gaulle, Ronald Reagan, François Mitterrand et bien d'autres encore.
Le fort Frontenac en Ontario
Depuis 1982, des recherches archéologiques basées sur des archives sont menées par la Cataraqui Archeological Research Fondation. Il a été prouvé qu'à l'origine, le fort Frontenac se situait au confluent de la rivière Cataraqui et du lac Ontario; ce qui correspond maintenant au centre-ville de Kingston. Les fortifications nord-ouest reposent à l'intersection des rues Ontario et Place d'armes. La ville a comme projet d'aller plus loin dans cette recherche, et de mettre à jour ces fortifications et reconstruire cette partie du fort Frontenac.
Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau n'avait certainement pas prévu que plus de 3 siècles après sa mort, son nom serait associé à un hôtel de prestige et au tourisme en général dans un pays loin de sa terre natale.
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