Juan Antonio Samaranch est mort
Publication date: 27 mai 10 09:00:00
(Collaboration : François Tremblay, juge à la retraite et membre du Tribunal arbitraire du sport)
L'ancien président du Comité International Olympique, Juan Antonio Samaranch, est décédé le 21 avril dernier à l'âge de 89 ans. L'Espagnol laisse derrière lui une empreinte indélébile dans le monde de l'olympisme.
Notre collaborateur, le juge à la retraite François Tremblay, a bien connu M. Samaranch.
Homme d'influence et de réseaux, Juan Antonio Samaranch, l'un des Espagnols les plus connus dans le monde, a régné d'une main de fer de 1980 à 2001 sur le mouvement olympique.
Né le 17 juillet 1920 à Barcelone dans une riche famille catalane, Samaranch grimpe rapidement les échelons du pouvoir ibérique.
Admirateur du dictateur Franco, dont il fut en 1967 le délégué national de l'Education physique et des Sports, Samaranch devient le premier ambassadeur d'Espagne à Moscou après la reprise des relations diplomatiques avec l'URSS de 1977 à 1980.
Barcelone 92, son grand triomphe personnel
L'année 1980 marque son accession à la présidence du CIO, où il sera reconduit à trois reprises. En 1991, le Catalan reçoit du roi d'Espagne Juan Carlos le titre de Marquis pour son implication dans le mouvement olympique et l'attribution des JO de 92 à Barcelone. Une attribution considérée comme un véritable triomphe personnel pour Samaranch.
Mais son soutien n'aura pas suffi à la
candidature de Madrid pour 2012 et 2016. Une candidature lors de laquelle il avait confié aux membres
du CIO : « J'ai 89 ans et je sais que je suis très proche de la fin de ma vie ». Juan Antonio Samaranch restera la
seconde figure incontournable de l’olympisme après le Baron Pierre de Coubertin. La
politique de modernisation du CIO menée par le marquis catalan durant deux décennies a
pourtant suscité de nombreuses critiques.
Lui a été reproché une commercialisation excessive des Jeux, le bafouement des idéaux d’amateurisme et l’attribution opaque de certains J.O. Le scandale le plus célèbre reste l'octroi des Jeux d’hiver de Salt Lake City en 2002. La Comité de candidature de la cité américaine avait courtisé des membres du CIO ainsi que leurs proches avec des cadeaux.
Reste enfin le dopage : les scandales se sont multipliés à partir des années 1980 et Juan Antonio Samaranch n’a pas fait de la lutte contre ce fléau, une priorité.
Le journaliste Pierre Jury du journal Le Droit écrivait et je cite : Ce petit homme qui parlait avec une voix douce n'en menait cependant pas moins large dans les rangs du sport international. Après son accession au «trône» olympique, il a exercé le pouvoir de sa fonction avec une force redoutable, concentrant l'influence autour de lui, écartant les gens et les projets en lesquels il ne croyait pas ou qu'il redoutait. L'une de ses cibles, à la fin de sa carrière, fut le canadien Richard Pound, qui a agi comme vice-président sous M.Samaranch, avant de le voir tourner contre lui... tout en donnant l'impression qu'il lui faisait confiance. Confronté à un scandale sur les traitements de faveur octroyés par les villes candidates aux membres du CIO, M.Samaranch a chargé M.Pound de faire le ménage; il finira honni par des dizaines de ses collègues du CIO, court-circuitant ses aspirations pour la présidence en 2001. Sans rien laisser paraître, M.Samaranch a ainsi préparé le terrain pour son dauphin Jacques Rogge, qui occupe le poste depuis 2001.
Tout en concluant ainsi : M.Samaranch ignore aussi le trafic d'influence mené par certains membres du CIO corrompus qui monnaient leurs votes, comme pour la sélection de Salt Lake City. Il dira plus tard que c'était son plus grand regret. Mais les membres cooptés on n'accède au CIO que sur invitation sont tous triés sur le volet par le grand patron. À peu près tous lui doivent leur poste et appuient en bloc ses initiatives. Les dirigeants sportifs qui auraient pu lui tenir tête, comme les dirigeants des fédérations sportives, sont cooptés à leur tour au sein du CIO.
Le modèle dictatorial de Franco, ce sera finalement le modèle adopté par Juan Antonio Samaranch pour le CIO.