LES FRÈRES LEMOYNE, HÉROS DE LA NOUVELLE-FRANCE
Publication date: 24 juin 10 09:00:00
Gérard CHARPENTIER Ph. D.
Sociologue et auteur
Une grande famille de la Rive Sud de Montréal
Le premier ancêtre de cette famille prestigieuse est originaire de Dieppe en France, il arrive au Nouveau Monde à l’âge de 15 ans et va devenir un des plus influents et opulents citoyens de la colonie grâce à son commerce de la fourrure et son sens des affaires. Charles Le Moyne, qui sera anobli et deviendra Sieur de Longueuil (I) du nom de sa seigneurie sur la rive Sud de Montréal va fonder non seulement un empire économique, mais aussi une grande famille.
Les treize enfants de Charles Le Moyne et de Catherine Primot sont tous nés dans cette colonie du Canada et vont marquer l'histoire de la Nouvelle-France:
Charles, Sieur de Longueuil (II);
Jacques, Sieur de Sainte Hélène;
Pierre, Sieur d’Iberville;
Paul, Sieur de Maricourt;
François, Sieur de Bienville (I);
Jean-Baptiste, Sieur de Bienville (II);
Joseph, Sieur de Serigny;
Louis, Sieur de Chateauguay (I);
Antoine, Sieur de Chateauguay (II);
François-Marie, Sieur de Sauvolle.
Quant à Catherine-Jeanne, Marie-Anne et Gabriel ils sont morts en bas âge.
Pierre, le troisième des 11 garçons, est certainement le plus célèbre d’entre eux. Plusieurs de ses frères comme Pierre, Sieur d’Iberville; Paul, Sieur de Maricourt, François-Marie, Sieur de Sauvolle vont avec lui marquer l’histoire de France et de la Nouvelle France. Pour cette raison, ils seront tous anoblis. Aujourd’hui, le Québec et beaucoup de lieux historiques en Amérique du Nord honorent leurs noms.
Pierre LE MOYNE, Sieur d’IBERVILLE
Il nait à Villemarie (Montréal) le 16 juillet 1661. Comme la majorité des garçons de bonne famille, Pierre reçoit son éducation au séminaire des Sulpiciens de Montréal puis il est envoyé en France, ainsi que deux de ses frères pour y recevoir une formation dans la Marine qui est à l’époque un des corps d’armée les plus prestigieux de l’armée française. Il revient rapidement au Québec comme jeune officier de la Marine Royale française prêt à servir son Roi, sous le commandement du Chevalier de Troyes, avec qu’il va guerroyer dans la baie d’Hudson.
HÉROS MILITAIRE DE LA NOUVELLE FRANCE
Pierre Le Moyne, Sieur d’Iberville fait partie de ces hommes que je surnomme souvent « les chevaliers de la Nouvelle France », car il est né, a vécu, a été anobli et est mort au service de la Nouvelle France son pays.
Victorieux dans la Baie James et dans les régions de l’Acadie et du Maine
Dès 1686 à l’âge de 25 ans, Pierre s’illustre à la fois comme marin et soldat dans les nombreuses expéditions contre les Anglais. Pendant 10 ans on le retrouve un peu partout dans cette région du Canada et du Maine qui sera plus tard un des 13 états fondateurs des États-Unis, mais qui à l’époque n’est qu’une colonie anglaise. Dans la région de la Baie d’Hudson, il attaque Fort Moose, Fort Rupert avec comme compagnon d’armes deux de ses frères dont Paul, Sieur de Maricourt et capture même le gouverneur de la Baie d’Hudson. Il prend aussi possession, toujours dans la baie d’Hudson, du fameux Fort Nelson qu’il rebaptise Bourbon. Sa bravoure lors de tous ces combats, devient légendaire et fait de lui un véritable héros militaire. Puis à la demande du Gouverneur militaire de la Nouvelle France, le célèbre Frontenac on le retrouve plus au sud dans le Maine lors de la bataille de Schenectady contre les Iroquois (1690) et plus tard dans les régions de l’Acadie, de la baie de Fundy puis à nouveau dans le Maine à fort Henry William et Fort Pemaquid en 1696.
Ainsi que lors de la campagne militaire de Terre Neuve
Après sa campagne en Acadie et dans le Maine, on retrouve d’Iberville au printemps 1696 dans la région de Terre Neuve, sa mission principalement militaire est d’expulser les Anglais de Terre-Neuve et du Labrador. D’Iberville et ses soldats quittent Plaisance à bord de trois navires et neuf jours plus tard, après avoir rassemblé tout son monde, il attaque Saint Jean la capitale anglaise qui capitule dans les neuf jours. Après avoir brûlé la ville, ce qui est une coutume à l’époque, d’Iberville et ses hommes détruisent pour ainsi dire toutes les bourgades et pêcheries anglaises de la côte est de Terre-Neuve. En mars 1697 à la fin de l’expédition, qui est considérée comme un succès par les autorités françaises, 36 colonies anglaises on été détruites et il ne reste plus aux Anglais que deux villes, Bonavista et Carbonear.
Notons que pendant la même période, principalement de 1692 à 1696 il est chargé d'escorter les flottes de bateaux marchands français faisant la navette entre le Nouveau Monde et la France afin de les protéger des pirates et corsaires anglais.
Pour d’Iberville cette expédition dans la région de Terre Neuve, sera la dernière qu’il mènera dans le nord-est de l’Amérique, car les autorités royales françaises ont besoin de lui pour stabiliser les colonies de la Louisiane.
II semble être partout à la fois sur terre comme sur mer où il remporte victoires sur victoires ... Il est célèbre des deux bords de l’Atlantique et il est le premier colon français du Canada à être honoré par le roi des plus hautes distinctions militaires de l’époque dont la croix de Saint Louis.
PÈRE FONDATEUR DE LA LOUISIANE
Après ses succès militaires dans la partie nord-est de la Nouvelle France, d’Iberville se rend en 1997 en France. Le Ministre de la Marine responsable de la colonie du Nouveau Monde, lui demande alors de mener une expédition pour redécouvrir l’entrée du fleuve Mississippi et organiser du même coup la colonisation de la Louisiane, région également convoitée par les Anglais et les Espagnols.
La Louisiane de la Nouvelle France
En janvier 1698, la flotte d’Iberville, composée de quatre navires, arrive à l’île de Santa Rosa en face de Pensacola ville fondée par les Espagnols. À partir de là, accompagné de son frère Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville, il va explorer la région (Baie de Mobile, île du Massacre qui deviendra Dauphine, île du Chat, île du Bateau, Biloxi) et finalement en mars 1699, il redécouvre l’entrée du Mississipi. Il remonte alors le plus haut possible jusqu’à la rivière Rouge, explore le bayou Ascandia et deux lacs qu’il nomme Maurepas et Pontchartrain. Il finit en mai dans la baie de Biloxi où il installe un petit fort appelé Maurepas ou Vieux Biloxi.
Toujours aussi infatigable, le Sieur d’Iberville va alors faire plusieurs allers et retours en France. En mai 1699, il vogue vers la France à bord de son bateau le « Badine » accompagné d’un autre navire le « Marin » et laisse ses frères Jean-Baptiste, sieur de Bienville et François-Marie, Sieur de Sauvole responsables de la petite colonie. Il est de retour le 8 décembre de la même année. Il remonte le Mississippi jusqu’à la hauteur de Natchez bâtit un fort à environ 60 Km à l’intérieur de l’entrée du fleuve, fort qui sera abandonné en 1705. En mai 1700, d’Iberville retourne en France, et revient en Louisiane le 18 décembre 1701. Il reste alors dans la colonie jusqu’en avril 1702 et confie à son frère Jean-Baptiste, Sieur de Bienville la mission de fonder le Fort Louis de Mobile sur la rivière Mobil (16 janvier 1702).
En 1703, Iberville est nommé premier gouverneur de la Floride.
En cinq ans, il a su mettre en place les bases d’une vaste colonie qui allait s’étendre dans tout le bassin du Mississipi jusqu’au Canada et former un des cinq territoires de la Nouvelle France. Notons pour l’anecdote que son frère Jean Baptiste lui succède en 1717 et sera le fondateur en 1718 de la Nouvelle Orléans.
« Capitaine de vaisseau » dans la mer des Caraïbes
En 1706, d’Iberville qui est avant tout un marin est alors « capitaine de vaisseau » dans la marine royale française, ce qui correspond à une fonction de très haut niveau et il navigue dans les eaux des Caraïbes non loin de Saint Domingue à l’époque colonie française (Haïti). Il prend possession des îles Nevi et Saint Christopher alors possessions anglaises. Afin de consolider la position de la France dans cette région, il vogue vers la Havane pour obtenir une alliance avec les Espagnols contre les Anglais et mener une expédition militaire dans les Carolines sur le continent américain.
Mort de Pierre Le Moyne, Sieur d’Iberville
En allant à la Havane, d’Iberville avait rendez-vous avec son destin, car il y meurt subitement le 9 juillet 1706, très certainement de la fièvre jaune à l’âge de 45 ans. On sait qu’il fut enterré dans le cimetière de l’église San Cristobald dans la vieille ville, mais malheureusement au cours des temps, ses ossements furent déplacés et on en a perdu la localisation. Aujourd'hui, seule une plaque commémorative et un tableau à son image sont exposés au musée de la ville de la Havane. Il y a quelques années, à l’initiative d’un groupe de Québécois, une statue fut également érigée à sa mémoire à la Havane.
Après sa mort, comme bien souvent quant on a affaire à des hommes au destin grandiose et unique, la critique, les calomnies et on s’en doute la jalousie prirent placent et firent leur ravage. On l’accusa d’avoir été un guerrier sans pitié, un aventurier faisant illégalement du commerce et ne respectant pas le paiement des taxes dues au roi et à la marine royale. Ces accusations éclaboussèrent également toute la famille Le Moyne qui progressivement quitta la Nouvelle France pour s’installer dans la région de Rochefort en France où d’Iberville avait acquis en 1700 et 1701 un domaine et où la plupart de leurs descendants ont fait souche. De nos jours, le château d’Ardillières existe toujours et il est possible de le visiter.
JEAN-BAPTISTE LE MOYNE, SIEUR DE BIENVILLE, LE MÉCONNU
CO-FONDATEUR DE LA LOUISIANE
Jean baptiste est né en 1680 à Ville Marie et tout comme ses frères il passe son enfance dans la région de la rive sud de Montréal, très jeune il est envoyé en France pour recevoir sa formation militaire. Il revient en Nouvelle France pour servir sous les ordres de son frère Pierre, Sieur d’Iberville, de 19 ans son ainé. En 1697, il combat les Anglais à la Baie d’Hudson et sur la côte est où il sera très sérieusement blessé alors qu’il servait à bord du navire de guerre le Pélican.
Quand son frère Pierre, Sieur d’Iberville est chargé par le roi de France de développer la colonie de la Louisiane, Pierre s’entoure de la présence de plusieurs de ses frères et le choisi comme lieutenant immédiat ce qui le conduira au cours des décennies à occuper les plus hautes charges de la colonie.
Fondateur de Biloxie et Mobile
Il participe à l’exploration de l’embouchure du Mississipi, jette les bases d’une fortification à Biloxie, puis quand Pierre s’absente pour un voyage en France, il devient le second du Sieur de Sauvolle qui est en charge de l’expédition, mais qui, suivant certains historiens, n’est nul autre que son frère François-Marie. Quand ce dernier meurt en 1701 à l’âge de 30 ans, Jean-Baptiste prend le commandement de l’expédition en l’absence de son frère Pierre, Sieur d’Iberville que l’on considère généralement comme le premier gouverneur de la Louisiane. Quand Pierre est emporté par la fièvre jaune en 1706, Jean-Baptiste, Sieur de Bienville devient son successeur et le véritable « père fondateur » de la Louisiane
Trois fois Gouverneur de la Louisiane
Il est tout d’abord de 1701 à 1706, le lieutenant de son frère Pierre, mais dans les faits, c’est lui qui développe et dirige la colonie et fonde Mobile Bay en 1702.
De 1706 à 1713, il devient officiellement le Gouverneur de la Louisiane. C’est durant cette période qu’il transfère la colonie de Mobile Bay plus en profondeur dans les terres et donnera naissance à la ville de Mobile. C’est grâce à sa ténacité que la colonie passe au travers de la famine et des attaques des indiens, des Espagnols et des Anglais. En 1712, le roi de France donne la Louisiane en exploitation au marchand Antoine Crozat qui réussit à placer Antoine Laumet de La Mothe, Sieur de Cadillac comme gouverneur. Il le sera jusqu’en 1717.
Fondateur de la Nouvelle-Orléans
De 1718 à 1724 il redevient Gouverneur. C’est dans cette période que la colonie se développe rapidement. Dès son retour, Bienville fonde La Nouvelle Orléans (1708) qui remplacera Biloxi comme capitale de la Louisiane en 1722. En 1719, par deux fois, il prend possession de Pensacola qui est une possession espagnole. En 1724, il quitte ses fonctions après avoir promulgué le fameux « Code noir » régissant les relations avec les esclaves noirs et qui restera en vigueur jusqu’à ce que la Louisiane devienne un état des États-Unis.
De 1733 à 1743, il redevient Gouverneur pour la troisième fois et pendant dix ans, il va se donner corps et âme au développement de la colonie, connaissant alors des hauts et des bas principalement avec les indiens.
Il est enterré à Paris avec les honneurs militaires
En 1743, Bienville se retire à Paris où il meurt le 7 mars 1767 à l’âge de 87 ans, n’ayant jamais cessé de plaider en faveur de la Louisiane auprès du Roi. Il fut inhumé au cimetière de Montmartre avec tous les honneurs militaires de l’époque.
Sources : Vous pouvez également consulter les sites suivants sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : www.gatewayno.com/history/Bienville.html - www.wikipedia.org - http://enlou.com/people/bienville-bio.htm - www.cmhg.gc.ca - www.francogene.com