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CETTE PETITE NOBLESSE MÉCONNUE DE LA NOUVELLE-FRANCE

Publication date: 29 juil. 10 09:00:00

À l’époque des rois de France, les hommes qui rendaient service à la nation étaient récompensés suivant un système de « noblesse » régi suivant des règles bien établies et suivant le bon vouloir du roi.

Gérard CHARPENTIER Ph. D.

Sociologue et auteur

Ces personnes recevaient un titre transmissible de générations en générations et des revenus provenant de l’exploitation d’un territoire ou encore grâce à des rentes en argent. Il y avait cependant des distinctions à faire parmi les membres de cette noblesse. Il y avait ceux qui faisaient partie de la famille et de la cour royale au plus haut niveau de la hiérarchie, et ensuite une petite noblesse regroupant une cohorte de familles réparties en deux catégories principales, la « noblesse d’épée » et la « noblesse de robe ».

La Nouvelle France qui était considérée comme un domaine royal et un prolongement de la France fut elle aussi soumise aux mêmes règles et mêmes privilèges. On peut dire dans une certaine mesure que la famille d’Ailleboust fait partie de la noblesse de robe alors que les familles Dugé de Boisbriand et beaucoup d'autres bien connues de la Nouvelle-France font elles partie de la noblesse d’épée, car on y retrouve une majorité de militaires.

FAMILLE D’AILLEBOUST

Les ancêtres français de la famille d’Ailleboust de la Nouvelle France

Les plus anciens Ailleboust connus en France sont originaires de Bourgogne. Pierre d’Ailleboust, est médecin du roi François Ier et son fils Jean d’Ailleboust est premier médecin du roi Henri IV qui succède à François Ier. Ils font partie de cette noblesse de robe de par leur rôle social de médecin.

Louis d’Ailleboust de Coulonge et d’Argentenay premier membre de la famille d’Ailleboust en Nouvelle France

C’est le petit fils de Jean d’Ailleboust le médecin du roi Henri IV et il arrive à Montréal en 1643. Il devient gouverneur de Montréal en 1645 à la place de Paul de Chomedey de Maisonneuve, puis troisième gouverneur de la Nouvelle-France, de 1648 à 1651. Il décède en 1660 sans laisser de descendance.

Charles-Joseph d’Ailleboust des Musseaux, premier Seigneur d’Argenteuil.

Souhaitant peupler l’arrière-pays de la Nouvelle France, les autorités de la Nouvelle France y concèdent de nouvelles seigneuries, au nom du Roi de France. C’est ainsi que le gouverneur Louis de Frontenac attribue en 1680 à Charles-Joseph d’Ailleboust des Musseaux, Garde du corps du Roi de France, Seigneur de l’Isle-Bourdon et neveu de Louis, le fief et la Seigneurie d’Argenteuil, ainsi nommés, car celui-ci, bien qu’originaire d’Ancy le Franc, était propriétaire d’un château situé à Argenteuil sur Armençon, deux villes de la Bourgogne. Il deviendra lieutenant de la garnison de Montréal puis bailli de la Sénéchaussée et Gouverneur intérimaire de Ville-Marie en 1651.

Il aura 14 enfants dont les plus connus sont Louis, Pierre et Nicolas. Citons pour mémoire Paul, Seigneur de Perrigny, Jean-Baptiste, Seigneur des Musseaux. Il eu également six filles, Isabelle, Madeleine, Marie-Marguerite et Louise-Angelique seront religieuses, Barbe l’aînée restera célibataire, Catherine, se mariera à Nicolas Daneau. Tous les autres enfants sont morts en bas âge. Quant à Charles-Joseph, il décède à Ville Marie en novembre 1700.

Louis d’Ailleboust, Sieur de Coulonge (1656-1747) et Nicolas d’Ailleboust Sieur de Menteth

Ils sont avec Pierre le futur seigneur d’Argenteuil les fils de Charles-Joseph d’Ailleboust de Musseaux et de Catherine Le Gardeur de Repentigny. Louis étant l’ainé, il hérite des titres de son oncle Louis d’Ailleboust de Coulonge et d’Argentenay mort sans héritier. Louis est avant tout un « coureur des bois » et il est considéré comme étant un aventurier sans scrupule faisant le commerce des fourrures pour son propre compte, alors que Nicolas lui aussi « coureur des bois » semble plus respectueux des lois et travaille volontiers pour des compagnies officielles de traite de fourrure.

Pierre d’Ailleboust d’Argenteuil et le premier manoir seigneurial en Nouvelle France

On peut dire que Pierre d'Ailleboust d'Argenteuil sera le premier véritable seigneur des lieux et il y restera jusqu’à sa mort en 1711. Après sa mort, sa veuve Marie-Louise Denys de la Ronde va continuer à développer le domaine. Elle va y construire entre 1721 et 1724 le premier « Manoir seigneurial » où elle décèdera en 1747. Ce premier manoir seigneurial de la Nouvelle France disparaitra malheureusement lors d’un incendie. Pierre, Seigneur d’Argenteuil, sera également seigneur de Saint Vilmé et de Cuisy.

La Seigneurie d’Ailleboust

La concession est accordée en 1736 à Jean d’Ailleboust d’Argenteuil, fils de Pierre d’Ailleboust d’Argenteuil dans l’actuelle région de Lanaudière aux environs du lac Cloutier.

En 2010,

On peut encore de nos jours apercevoir la demeure des d’Ailleboust, le manoir d’Argenteuil, qui se situe sur le bord du lac et donne sur la rue des Anges, à côté du quai du traversier. En effet les d’Ailleboust font partie des trois familles de la noblesse de la Nouvelle-France qui ont participé au développement des Laurentides dans le secteur de la mission du Lac-des-Deux-Montagnes, aujourd’hui connu sous le nom d’Oka. Dison pour conclure, que nous n’avons cité ici que les membres les plus connus de la famille d’Ailleboust ayant participé au rayonnement de la Nouvelle France.

FAMILLE MICHEL-SIDRAC DUGUÉ de BOISBRIAND

Michel-Sidrac Dugué est le fils de Pierre Dugué, sieur de La Boulardière et de Perrine de Chambellé. Il est né a Puceul (ou Persevil) en France le 11 avril 1638. Militaire de carrière, il est le capitaine du régiment de Chambelle.

Une personnalité influente et respectée de la colonie de Ville Marie

Quand il arrive en Nouvelle France le 12 septembre 1665 comme capitaine de la compagnie Dugué du régiment de Carignan-Salières il a 27 ans et il est bien décidé de s’y tailler une place. Deux ans plus tard, il épouse Marie Moyen et de ce fait il entre de plein pieds dans le groupe influent de la société de Ville Marie de l’époque constitué par des hommes comme les Le Moyne, Le Bert, La Salle, Cosse dont il devient le beau-frère par alliance, car leurs deux femmes sont les célèbres sœurs Moyen. En 1760 lors de l’absence du Gouverneur de Ville Marie, il en est le Commandant militaire. En octobre 1672, on lui concède deux fiefs, un à la pointe Ouest de la seigneurie de l’Ile de Montréal auquel il donne le nom de Boisbriand en souvenir de certaines possessions familiales en France et celui de l’Ile Sainte-Thérèse près de Repentigny où finalement il s’installe bien qu’il soit désormais connu comme étant Michel Sidrac Dugué, Sieur de Boisbriand. En septembre 1683, on lui concède la seigneurie des Mille-Iles et il vend le fief de Boisbriand à Jacques Le Bert qui lui donne le nom de Senneville. Tout au long de sa vie, tout en développant ses affaires personnelles, il restera un militaire au service de la Nouvelle France. C’est ainsi qu’en 1687, il commande les milices de la colonie et les conduira à la victoire dans la lutte contre les Tsonnontouans (Sénécas en anglais) qui appartenait aux Six Nations de la ligue iroquoise. Il décède en 1688 à Montréal à l’âge de 50 ans sans avoir eu le temps de développer sa seigneurie des Mille-Iles. Il est inhumé à Pointe-aux-Trembles (Montréal).

Des enfants qui font honneur à la Nouvelle France

Michel-Sidrac Dugué de Boisbriand est le père de la lignée Dugué-Moyen d’Amérique. En 1729, il y avait 28 descendants, issus de son mariage avec Marie Moyen avec laquelle il a eu 10 enfants dont les destins furent très différents, mais toujours très honorables.

Trois fils militaires de carrière qui ont maqué l’histoire de la Nouvelle France

-Jean Sidrac de Sainte Térèse (1669-1712). Il combat avec Pierre Le Moyne d’Iberville et son nom est attaché aux plus grandes victoires des troupes françaises de l’époque. Il retourne en France pour s’installer à Rochefort où il décède en 1712 à l’âge de 43 ans.

-Jacques Dugué (1673-1702). Il décède en décembre 1702 à l’âge de 29 ans à Québec où il est inhumé.

-Pierre Dugué de Boisbriand (1675-1736). Il est considéré dans l’histoire de la Nouvelle France comme un des chefs militaires les plus brillants. Il est de la même génération que les frères Pierre Le Moyne d'Iberville et Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville. Ce sont des compagnons d’armes qui vont participer à la présence militaire de la France dans les colonies de la Nouvelle France du Nord au Sud et d’Est en Ouest et assurer le rayonnement de la France sur le continent Nord américain. Il sera même Gouverneur intérimaire de la Louisiane de 1724 à 1726 quand son ami le sieur de Bienville fera un long séjour en France. Il retourne en France où il décède en juin 1736 à l’âge de 61 ans.

Deux filles seigneurs de la seigneurie des Mille Iles

Marie-Thrèse de Boisbriand (1671-1744). Elle épouse en août 1691 Charles Piot de Langloiserie, un brillant militaire, et deviennent les seigneurs de la seigneurie des Mille Iles / Rivière des Chênes. Elle décède le 16 juillet 1744 à Montréal à l’âge de 73 ans après avoir consacré sa vie au développement de la seigneurie. Sa petite fille Thérèse de Blainville sera la dernière «seigneuresse». Marie-Charlotte Dugué (1683-1732) . Elle épouse Jean Petit trésorier de Marine et deviennent les seigneurs de la seigneurie des Mille Iles / Dumont. Elle décède en 1732 en mer au retour d’un voyage en France.

Deux filles religieuses

Jeanne Dugué (1677-1734) et Élisabeth Dugué (1681-1734). Elles sont religieuses de la congrégation de Notre-Dame de l’Hôtel Dieu. Elles décèdent toutes les deux en décembre 1734 à Montréal de la peste après avoir été contaminées en soignant des malades.

Trois enfants décédés en bas âge

Jean(1670) décède peu de temps après sa naissance. Joseph (1679-1688) décède à 9 ans. Jeanne-Cécile (1686-1687) décède 1 an après sa naissance. Ils sont inhumés à Pointe-aux-Trembles

La ville de Boisbriand en 2010

Il faudra attendre près de trois siècles exactement 291 ans avant que le nom de Boisbriand soit définitivement honoré à la grandeur du Québec en devenant le nom d’une ville de la province. En effet, c’est seulement le 16 mars 1974 que le nom de la ville de Sainte-Thérèse-Ouest est changé pour celui de ville de Boisbriand par proclamation du Lieutenant Gouverneur du Québec. Le débat se poursuivait depuis 1969 alors que la ville de Saint-Thérèse-Ouest se développait au fil des années en marge de la grande paroisse de Sainte-Thérèse dont elle était maintenant séparée physiquement par le tracé de l’autoroute 15 en direction de l’aéroport de Mirabel et des régions plus au Nord des Laurentides. Soulignons cependant que la mémoire de Michel-Sidrac DuGué de Boisbriand et de ses descendants avait déjà été honorée en 1911 quand une des rues de la ville de Montréal avait pris son nom.

En France, le village de La Boulardière dont son père était le seigneur et la bourgade de Puceul à une dizaine de kilomètres où il est né existe toujours. Ces lieux de mémoire sont situés dans le département de la Loire-Atlantique dans la région de la Bretagne non loin des villes de Chateaubriand et de Nantes.

Sources : Vous pouvez également consulter les sites suivants sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : www.shgmi.ca - www.ville.boisbriand.qc.ca - www.migrations.fr - www.comte-argenteuil.com - www.arbour-family.info - www.fortcoulonge.qc.ca - www.linfonet.com