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JEAN TALON, BÂTISSEUR DE LA NOUVELLE-FRANCE (1665-1668 et 1670-1672)

Publication date: 30 juin 11 09:00:00

La Nouvelle-France fait partie non seulement de l'histoire de France, mais aussi des Amériques et tout particulièrement de l'Amérique du Nord.

Gérard CHARPENTIER Ph. D.

Sociologue et Auteur

www.gerardcharpentier.com

Bien que les Français aient exploré les Caraïbes et les côtes est de l'Amérique du nord au sud depuis bien des années, ce n'est qu'en 1534 que Jacques Cartier prend possession du Canada au nom du roi de France François Ier.

À ses débuts, la Nouvelle-France va se développer sous l'influence de Samuel de Champlain tout d'abord en Acadie mais surtout après la fondation de la ville de Québec en 1608 dans la vallée du Saint-Laurent et des Grands Lacs. La Nouvelle-France va atteindre son apogée sous le règne de Louis XIV et un des grands bâtisseurs et administrateurs de ce domaine colonial est sans contestation Jean Talon.

Il né le 8 janvier1626 à Châlons-en-Champagne dans une famille bourgeoise, mais sans titre de noblesse. Il fait des études chez les Jésuites du collège Clermont de Paris. Très jeune il est nommé intendant de l'armée de Turenne (poste prestigieux) et en 1653 commissaire des guerres en Flandre où on le remarque pour ses qualités d'administrateur. Il devient par la suite commissaire du Quesnoy (1654) puis du Hainault (1654), deux provinces françaises de l'époque.

Au service du roi et de la France

Dix ans plus tard, en 1665, fort d'une expérience réussie et d'une renommée méritée, Louis XIV le nomme comme intendant de la Nouvelle-France et des titres de noblesse lui sont concédés : baron des îlets et comte d'Orsainville. Le fief attaché à ces titres était situé près de la ville de Québec, et se composait de terres acquises par Jean Talon situées au nord de la rivière Saint-Charles et à proximité des bâtiments destinés à l'intendant.

Jean Talon va s'installer à Québec, contrairement à son prédécesseur Louis Robert de Fortel, qui ne s'est même jamais rendu au Canada. Il trouve une colonie peu développée, mal organisée et en perpétuel conflit avec les tribus indiennes.

- L'administration

Au cours de ses deux mandats (1665-1668 et 1670-1672) il va mettre tout son talent et son énergie à la réorganisation administrative de la Nouvelle-France et mettre en place le Conseil souverain qui fait de la colonie un espace où le droit prend sa place.

- La paix

Une des premières actions que Jean Talon va entreprendre c'est de travailler en étroite collaboration avec le gouverneur de Prouville de Tracy pour établir un climat de paix avec les tribus indiennes. Il n'a jamais considéré que son rôle était de rejoindre les troupes sur le terrain mais bien de veiller à mettre à la disposition de l'armée tout ce qui était nécessaire pour mener à bien les opérations, même si la colonie manquait de finances, d'équipements et de ressources en général. Le régiment Callière, une unité d'élite de 1 200 hommes et officiers, va finalement, en collaboration avec les milices locales, obtenir en 1667 la capitulation des Iroquois et mettre ainsi fin aux menaces qui pesaient sur la colonie depuis plus de 20 ans.

- Le peuplement

Jean Talon a conscience qu'une colonie ne se développe que si sa population vit une croissance régulière, mais malheureusement sur ce point il n'est pas suivi par le roi Louis XIV et son ministre des finances Colbert qui ne veulent pas dépeupler la France et qui a besoin d'hommes pour maintenir son hégémonie en Europe. Il va donc mener des actions très spécifiques à partir de la colonie. Comme par exemple encourager les soldats du régiment Callière à s'installer dans la colonie. C'est ainsi que sur les 1 200 soldats venus sur contrat pour établir la paix avec les indiens, environ 800 vont accepter l'offre d'un nouveau contrat et devenir agriculteurs. 200 autres vont rester soldats avec augmentation de grade, leur permettant ainsi de faire une vraie carrière comme sergent et surtout de ne pas quitter la colonie. Quant aux autres ayant terminé leur contrat, ils sont retournés en France.

C’est encore Jean Talon qui favorise en 7 ans l'arrivée de près de mille « Filles du Roy », qui ne sont pas comme le veut parfois la croyance populaire des filles de mauvaise vie (même si certaines l'étaient), mais des orphelines ou des enfants abandonnées par leurs parents trop pauvres pour les élever. Lors de leur arrivée en Nouvelle-France, elles reçoivent une dot de la part de l'intendant, (des provisions et 50 livres en argent) et, en plus, des propositions de mariage afin de fonder une famille. De plus Jean Talon met en place une politique nataliste suivant laquelle une prime de 300 livres est accordée aux familles de dix enfants et une prime de 400 livres aux familles de douze enfants. Les jeunes hommes de 20 ans ou moins qui se marient reçoivent quant à eux 20 livres. D'autre part, des honneurs particuliers sont réservés aux chefs des plus grandes familles et ces derniers sont encouragés à poser leur candidature pour des postes dans l'administration civile. D'autre part, par l'ordonnance du 20 octobre 1671, il pénalise tous les jeunes hommes célibataires vivant dans la colonie qui ne se marient pas à une fille venue de France, ils s'exposent à perdre leur droit de pêcher, de chasser et d'échanger des fourrures.

Grâce à toutes ces mesures, la population du Canada double entre 1666 et 1673, passant de 3 215 à 7 605 personnes et Jean Talon pouvait annoncer fièrement à Colbert qu'il y avait eu entre 600 et 700 nouvelles naissances dans la colonie en 1671.

- L'économie

Il diversifie l'économie de la colonie en encourageant non seulement le défrichement de nouvelles terres pour l'agriculture et il en distribue gratuitement aux nouveaux arrivants. Avec la culture de l'orge et du houblon, il lance la production de la bière. Il développe la pêche, l'exploitation forestière et l'industrie sans pour autant négliger le traditionnel commerce des fourrures. Il entreprend la construction de la voierie et encourage la venue d'artisans et d'apprentis.

C'est lui qui introduit le commerce triangulaire suivant un circuit d'échange avec la France et les Antilles. À la fin de ses deux séjours, Jean Talon avait réussi à donner à la Nouvelle-France une autosuffisance et il pouvait se vanter de pouvoir s'habiller de la tête aux pieds, avec des produits manufacturés au pays.

Expansion de la colonie

Au moment de son second mandat, il est fait en 1670 capitaine et gouverneur du château de Mariemont puis Baron des îlets en 1671 et c'est principalement lors de ce second mandat que Jean Talon va lancer des projets d'exploration sur le continent nord-américain afin de trouver de nouvelles terres à exploiter et lier de nouvelles alliances avec les tribus indiennes qui restent toujours méfiantes vis-à-vis de ces nouveaux arrivants. Ainsi, c'est lui qui approuve le projet de Robert Cavelier de La Salle de monter des expéditions vers l'ouest.

Parallèlement à ces deux objectifs, il favorise également la recherche des minerais dans le but de pouvoir les exploiter en créant des mines.

En 1672, il quitte définitivement la colonie après avoir accompli ses deux mandats comme intendant général, non seulement sur le plan administratif mais aussi dans les domaines des finances, de la police et de la justice. Il aura diversifié l'économie de la colonie en encourageant l'agriculture, la pêche, l'exploitation forestière et l'industrie ainsi que le traditionnel commerce des fourrures et il sera fier de pouvoir dire que la colonie était devenue autosuffisante.

Après son départ, Louis XIV, tout comme Colbert, suivant l'idée que les colonies doivent rapporter et ne rien coûter et surtout ne pas dépeupler le royaume, va diminuer les aides apportées à la Nouvelle-France et aucun remplaçant ne sera nommé pendant trois ans.

La direction de la colonie est laissée à Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, dont les talents sont surtout militaires. Ce dernier sera par deux fois gouverneur et lieutenant général de la colonie, une première fois de 1672 à 1682 et une seconde fois avec un mandat uniquement militaire de1689 de 1698. Ce fut un chef militaire respecté par ses proches et par les Indiens. Il fut l’instigateur de la grande paix de Montréal signée en 1701 par son successeur, Louis-Hector de Callière, pour la France et 39 nations amérindiennes. Traité qui amena la tranquillité sur le continent nord-américain pour les 50 années suivantes. Il va décéder en 1698 à Québec et sera inhumé dans la chapelle des Récollets à Québec.

De retour en France

Lors de son premier retour en France, Jean Talon se consacre pendant un certain temps à rédiger un mémoire sur l'état présent du Canada (1667), après son retour définitif en France il est grandement récompensé pour sa fidélité au roi et pour son remarquable travail et il est nommé comte d'Orsainville en 1675. Il s'installe alors à Paris rue du Bac, où il vit suivant les rapports de l'époque assez richement et joue occasionnellement de son influence pour aider son neveu, François-Marie Perrot qui a été nommé gouverneur de Montréal.

Il meurt à Paris en 1694 à l'âge de 68 ans et sera inhumé à Châlons-en-Champagne, son lieu de naissance, l'année suivante.

N'ayant jamais été marié et n'ayant pas de descendants, il lègue sa fortune et ses biens à ses neveux et nièces. Son fief d'Orsainville près de Québec passera en 1698 dans le domaine de l'hôpital général de Québec.

Jean Talon aujourd'hui

En 2011, le nom de Jean Talon est connu dans tout le grand Montréal, car une des grandes artères de l'agglomération ainsi qu'un marché extérieur d'alimentation très fréquenté portent son nom.

D'autre part, Orsainville, ce comté de la Nouvelle-France concédé à Jean Talon, est également bien connu des Québécois. À l'origine, il fut appelé barronnie des Islets puis Orsainville en 1675.

En 1976, les trois municipalités de Charlesbourg-Est, Notre-Dame-des-Laurentides, d'Orsainville et la cité de Charlesbourg fusionnent pour devenir la ville de Charlesbourg. À son tour en 2002, cette nouvelle ville fusionne avec d'autres municipalités à la ville de Québec pour former une nouvelle grande ville. Charlesbourg en devient alors l'un de ses arrondissements.

Pour l'anecdote, rappelons que la prison provinciale de Québec construite en 1970 ... soit trois siècles plus tard, est bien souvent appelée prison d'Orsainville bien qu'elle ne soit pas sur le territoire de cette ancienne ville même si elle en est très proche.

Source : vous pouvez également consulter les sites suivants qui ont permis de documenter cet article : www.wikipedia.comwww.grandquebec.comwww.jeantalon.com