Boeing dans l’impasse


Par Denise Dumont

Le manufacturier aéronautique Boeing, tout comme la Federal Aviation Administration (FAA), sont dans l’eau bouillante !

Les deux ont été grillés mercredi dernier par le Congrès lors de la séance où l’avionneur a proposé une solution au logiciel fautif qui a causé le crash de deux avions 737 MAX 8 en moins de six mois. Le lendemain, le jeudi 28 mars, une première action en justice contre Boeing a été déposée devant un tribunal fédéral américain à la suite du crash de la compagnie Ethiopian Airlines. Ce dernier avait coûté la vie à 157 personnes.
Les avions Boeing 737 MAX (7, 8 et 9) effectuaient quotidiennement autour du Globe 8 600 vols avant l’écrasement du 10 mars dernier. Quatre jours plus tard, aucun avion 737 MAX ne fendait l’espace aérien.

Inconcevable
Durant la séance au Congrès, une des questions majeures était à savoir combien de contrôles minutieux ont été imposés par la FAA au nouveau Boeing 737 MAX 8 avant de lui accorder l’autorisation de voler en mars 2017. De plus, la FAA n’a pas exigé des pilotes une formation sur simulateur pour se familiariser avec les nouveaux appareils. Certains ont déclaré avoir suivi une formation d’une heure sur iPad pour apprivoiser le passage de l’ancien Boeing 737 au nouveau modèle 737 MAX, ce qui semble totalement inconcevable. La tragédie est dévastatrice pour les familles de ceux qui ont perdu la vie. Boeing, tout comme les compagnies aériennes qui opèrent ces nouveaux avions, risquent d’en prendre un dur coup, en plus de rapidement déstabiliser l’économie du secteur touristique et financier. En mars 2019, le bon de commande du Boeing 737 MAX 8 s’élevait à 5 011 et 386 avaient été livrés aux acheteurs. Chaque avion coûte environ 122 millions de dollars et l’annulation d’une commande peut être coûteuse et perturbante, autant pour les compagnies aériennes que pour le manufacturier.

Ce que ça coûte
Selon les analystes, Boeing perdra plusieurs centaines de millions de dollars en gardant au sol les 737 MAX et déjà, des clients exigent une flexibilité de paiement au lieu d’exiger une compensation pour le retard de livraison maintenant inévitable.

Les conséquences financières auxquelles les compagnies aériennes font face sont aussi très graves. L’interdiction d’utiliser les 737 MAX entraîne l’annulation de vols puisque les avions retraitées ne peuvent être remis en état. Qui compensera pour les bénéfices manqués et l’amortissement des appareils cloués au sol ?

Comme les voitures, les avions peuvent être achetés ou loués et actuellement 102 appareils MAX 8 et six MAX 9 sont sous contrat de location. Au total, 386 MAX 8 et 28 MAX 9 ont été remis à leurs nouveaux propriétaires. Le montant de location des avions au sol est estimé entre 33,5 et 41,1 millions de dollars par mois. Sous forme d’amortissement, les montants s’élèveraient à 83,3 millions de dollars par mois. En combinant ces éléments, la catastrophe coûterait entre 116,75 et 124,34 millions de dollars par mois selon les analystes chez J.P. Morgan.

Si Boeing doit compenser les pertes de revenus en plus de payer aux bailleurs les frais de location et l’amortissement, sa facture se situerait entre 360 millions et 375 millions de dollars par mois.

Pour les utilisateurs d’Air Canada, à noter qu’elle se classe au quatrième rang des compagnies utilisatrices du 737 MAX 8 avec 24 avions. Le transporteur aérien a indiqué avoir réajusté son horaire jusqu’au 30 avril afin de couvrir 98 % des vols qui étaient prévus. L’horaire de mai est en cours d’élaboration.

Malheureusement, moins de vols disponibles durant la période estivale se traduiront sans doute par des hausses de prix pour les passagers.