SNOWBIRDS


Par Denise Dumont

Entrevue avec Joannie Lafrenière « Avec tendresse et humour… »

Le Fort Lauderdale International Film Festival (FLIFF) présente cette année onze films francophones dont le documentaire canadien SNOWBIRDS, produit et réalisé par la talentueuse montréalaise Joannie Lafrenière.

La première floridienne aura lieu le lundi 5 novembre prochain. Le Soleil de la Floride a eu la chance de visionner le documentaire et d’échanger avec Joannie alors qu’elle était en tournage à Budapest.

Dotée d’un œil pratiquement bionique, le résultat manifesté sur écran est d’une finesse inégalée. Ces images impressionnantes permettent de pénétrer au plus profond de l’intention de la jeune femme que nous vous invitons à rencontrer…

 

Qui est Joannie Lafrenìère et quelles sont vos expériences en Floride qui ont incité́ la production de ce documentaire ?

Je suis une photographe de métier, qui se passionne pour le documentaire et la rencontre avec l’Autre à travers la réalisation de différents projets. M’intéressant particulièrement à l’âge d’or et à tout ce qui touche à la culture populaire à travers ma pratique, mon intérêt pour les Snowbirds et cette forme de nomadisme contemporain m’est venu à la suite d’un périple sur la route des États-Unis avec ma mère en arrêtant mon chemin à Fort Lauderdale, il y a une dizaine d’années. Phénomène connu de tous, j’avais envie d’en savoir davantage sur les motivations de ces beaux oiseaux des neiges et d’aller au-delà du reportage informatif afin de plonger entièrement avec ces ainés qui partent sous les cocotiers à chaque hiver.

 

C’est donc comme ça que mon désir de faire un projet qui traite de ce phénomène social est né, s’en est suivi de nombreuses recherches et rencontres pour trouver mes Snowbirds vedettes pour finalement en arriver à ce documentaire de 48 minutes diffusé à la télévision l’hiver dernier et qui se retrouvera tout bientôt sur CBC Docs, en plus d’être diffusé au Festival international du film de Fort Lauderdale.

 

Avez-vous eu de la difficulté à dénicher le type de Snowbirds qui fait l’objet de votre documentaire?

Après mes nombreuses recherches sur place, visites de différents parcs et lieux symboliques de la culture québécoise aux alentours de Fort Lauderdale et rencontres avec bon nombre de Snowbirds de tout horizon et de tout acabit, j’ai choisi de poser ma caméra et mes nombreuses valises à Hallandale au Parc Seville en très bonne compagnie.  J’avais envie de raconter l’histoire de ces gens (par qui je me suis sentie vraiment bien accueillie) qui, peu importe leur âge, pour certains assez avancé, leur statut social, leur compte en banque et leur origine, avaient tous en commun de venir en Floride en quête de leur place au soleil.

Ce que je trouve très beau et surtout inspirant. Comme société, nous posons rarement notre regard sur l’âge d’or et c’est quelque chose qui m’irrite alors j’ai choisi de faire ce film sur eux, avec eux.

 

Êtes-vous toujours en contact avec ces gens?

Certainement que je suis toujours en contact avec la plupart d’entre eux que j’adore (je ne fais jamais un film avec des films que je n’aime pas ou que je méprise, faire un film demande beaucoup trop d’implication émotive, de temps et d’énergie pour que je m’investisse avec des gens pour qui je n’ai pas de respect ni d’amour). Yvette et moi sommes très proches, je vois Agathe de temps en temps (nous sommes allées danser entre girls cet été justement) et je suis en contact avec les autres via les réseaux sociaux.

 

Les Snowbirds d’aujourd’hui sont plutôt bien nantis, souvent encore actifs dans leur entreprise. Ils sont plus jeunes, ils sont des investisseurs qui viennent de tous les coins du Québec. Pourquoi avez-vous choisi de mettre en valeur un pourcentage de Snowbirds qui représente maintenant une infime minorité́ de la masse qui migre annuellement en Floride ?

Si vous permettez, je ne suis pas d’accord avec vous concernant votre affirmation qu’il s’agit d’une infime minorité. Il ne s’agit pas de la majorité, mais dans un premier temps, il s’agit ici d’un documentaire cinématographique et non d’un reportage pour les nouvelles à la télévision, ce qui signifie que j’ai choisi de raconter une réalité à travers le regard que je pose sur eux, moi Joannie 35 ans, avec tendresse et humour et que je n’ai jamais prétendu que je parlerai de l’entièreté du phénomène. Dans le film, j’ai fait le choix qu’on regarde cette migration à travers le prisme de différents personnages qui représentent pour moi différentes facettes de la vie des Snowbirds et des raisons qui les poussent à partir sous les cocotiers. Le besoin de se rassembler, d’appartenir, la peur de vieillir seul, le rapport à la mort, à la vie, à l’amour, à la maladie, à l’amitié, les loisirs et l’importance de ceux-ci dans la vie de ces retraités au cœur léger.

Deuxièmement, mon désir n’était pas de témoigner des Snowbirds plus fortunés et de faire une publicité pour que les gens continuent de rêver à une Floride qui n’est pas celle de tous, bien évidemment. Un film a d’ailleurs déjà été fait à ce propos (Le prix du paradis de Guillaume Sylvestre).

Je suis bien consciente que pour certains, mon film est un peu loin de l’idéal du Snowbird romantique et comment celui-ci doit être représenté dans l’imaginaire collectif, mais mon film s’intéresse avec vraiment beaucoup d’amour et d’honnêteté à ces gens en quête de compréhension des motivations qui les poussent, année après année, à repartir dans le Sud malgré les années qui s’accumulent au compteur et les petits bobos qui rendent parfois le quotidien moins doux. Oui, on rit avec eux, mais jamais d’eux, c’est la nuance qu’il est primordial de faire ici.

Parce que pour moi, l’humour est central dans ma pratique et permet d’aborder une thématique aussi grande que la vieillesse avec tendresse. Si on ne vaut pas une risée, c’est bien dommage!

 

Avez-vous peur de blesser les nouveaux Snowbirds qui n’aiment pas être associés à̀ cette image mise en valeur dans votre documentaire?

Par ma candeur et l’amour que je portais à mes personnages, je n’avais pas imaginé que le film pourrait déranger et encore moins blesser des gens. Encore là, je crois qu’il y a une question d’ego, de snobisme et de jugement, ce que je n’ai pas envers eux. À travers ce film, j’ai eu envie de les montrer dans leur beauté, leur authenticité, oui avec leur candeur et surtout, j’ai eu envie de montrer que peu importe l’âge qu’on a, d’où on vient, de nos ressources financières, on peut continuer de rêver et de partir trouver sa place au soleil, ce qui est beau, non?

 

Même si ce ne serait pas le choix que je ferais d’aller passer ma retraite en Floride, qui suis-je pour les juger. Ils sont heureux ainsi, assumés, c’est ce qui les rend beaux et c’est ce que je souhaitais témoigner à travers mon film. Après, il y a autant de manières d’être Snowbird que de voyager, l’idée c’est d’y trouver sa communauté et d’y être heureux.

 

Finalement, sur quoi travaillez-vous actuellement et quand aurons-nous l’honneur de visionner ?

Je travaille actuellement à la finalisation d’un documentaire à propos d’Elvis Lajoie, un personnificateur d’Elvis exceptionnel, il est originaire de Trois-Rivières et personnifie le King depuis plus de 40 ans. Le film s’intitule King Lajoie et sera prêt en 2019.

Je prépare également un long métrage documentaire à propos du photographe d’origine hongroise Gabor Szilasi, 90 ans, toutes ses dents, un talent inouï et une personnalité formidable.

 

 

 

SNOWBIRDS, un documentaire à ne pas manquer !

Dans le cadre du Fort Lauderdale International Film Festival.

Au Cinema Paradiso, 2008 Hollywood Blvd, Hollywood FL.

Le lundi 5 novembre représentation à 14h et 15h.

Le mercredi 7 novembre, représentation à 13h et 15h.