Fini la croisière piégée


Par Le soleil de la Floride

L’an dernier, à cette période-ci, vous étiez très nombreux à recevoir un ou même des appels vous déclarant l’heureux gagnant d’une magnifique croisière dans les Bahamas.

 

Bien cette entreprise de Floride qui vous montait tout un bateau, ne vous importunera plus. Elle vient d’être sommée de payer une pénalité de 200 000 $ à la suite d’une enquête du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

L’enquête du CRTC avait été lancée en collaboration avec la Federal Trade Commission américaine à la suite de nombreuses plaintes pour ces appels automatisés, logés à la grandeur de l’Amérique. Dirigée par deux riches hommes d’affaires reconnus pour des pratiques commerciales douteuses, cette entreprise utilisait les services d’une compagnie de télémarketing.

Le fournisseur de téléphonie Verizon avait déposé une plainte dénonçant Caribbean Cruise Line, une filiale de Consolidated Travel Holding Group, auteur de tout ce stratagème.

Verizon a confirmé dans des documents judiciaires que ce croisiériste effectuait environ 3 000 appels automatisés par minute, à travers les États-Unis et le Canada, pour proposer sa croisière gratuite, qui finalement coûtait particulièrement la peau des fesses.

En une journée, il se faisait 850 000 appels. On ne connait pas le nombre de victimes de cette fourberie, mais les manipulateurs à haute vitesse ont fait fortune.

La compagnie a finalement accepté de payer la pénalité de 200 000 $ et de mettre un terme à ces dizaines de milliers d’appels.

La Presse

C’est une longue enquête du quotidien La Presse de Montréal qui avait élucidé toute cette arnaque. À 3 000 appels la minute, on ne peut imaginer combien de foyers ont été sollicités et combien de fois le téléphone a pu sonner au même numéro, comme cela s’est produit à millier d’exemplaires.

Le journaliste Vincent Larouche s’était livré à une longue et méticuleuse enquête, avec caméra cachée, pour faire éclater au grand jour tous les dessous de ce rêve, lequel devenait cauchemar pour les clients qui se laissaient convaincre.

Non seulement ce cadeau empoisonné devenait onéreux, mais en cours de route, une fois embarqué devrait-on dire, les voyageurs étaient soumis à une puissante vente à pression pour les inciter à acheter des condos à temps partagé, ce que l’on désigne communément « timesharing ».

Juste un petit retour en arrière pour rappeler à quel point l’escroquerie était à son comble.

Les gagnants de ce cadeau empoisonné devaient d’abord se rendre en Floride à leurs frais. S’en suivait une longue liste de coûts supplémentaires dont ils n’avaient jamais entendu parler à l’annonce de cette chance de faire une croisière gratuitement, croisière qui prenait fin 36 heures seulement après être monté à bord.

Une brève escale aux Bahamas dans un parc industriel désert. Pas de plage, pas de visite dans une ville, mais des frais supplémentaires pour une petite excursion.

Pour s’assurer d’emberlificoter le plus de clients possibles, Caribbean Cruise Line précisait, lors de ces appels téléphoniques, qu’il fallait être deux voyageurs pour profiter de l’offre et que chacun devait payer une taxe de port de 59 $ à la compagnie.

Aussi, on indiquait au « malheureux gagnant » que si le prix du baril de pétrole dépassait 40 $ à la bourse, il faudrait compter un déboursement de 9 $ par jour pour compenser. Alors le prix du baril de pétrole n’était passé sous la barre des $40 que très brièvement en 2009.

Les vacanciers devaient accepter à l’avance de verser 12 $ quotidiennement à titre de pourboire aux employés. Mais surprise, une fois à bord; à l’achat de boisson ou de nourriture, 15% de pourboire apparaissait quand-même sur la note du client.

Autre imprévu, les cabines étant minuscules, deux lits superposés étaient à la disposition des amants de croisière. Comme la plupart voyageaient en couple, ont leur offrait donc de payer 99 $, 149 $ ou 199 $ pour améliorer leur « gite » de diverses façons dont l’ajout d’un lit à deux places.

La pénalité de 200 000 $ n’est qu’une petite tape sur les doigts en comparaison de la fortune qu’ont accumulée les deux Floridiens.

Devant une réprimande aussi insignifiante, il ne serait pas surprenant de revoir les deux lascars réapparaitre dans une autre affaire bien ficelée mais peu catholique.