Lettre d’adieu d’un Snowbird évincé de son parc

Lettre d’adieu d’un Snowbird évincé de son parc


Par dominique delbast

Au Pine Isle Park, l’ouragan ne s’appelle pas Andrew ou Irma, il s’appelle Georges !
Georges, c’est le prénom de l’acheteur du parc qui avait promis de le garder dans sa situation actuelle; un terrain de camping avec espaces pour maisons mobiles occupé en grande partie par des Québécois qui l’avaient remis sur pied après le passage d’Andrew il y a 27 ans.
D’un parc dévasté, ils en avaient fait un paradis d’hiver à prix abordable.
Mais les tours à condos rapportent plus que les terrains occupés par des Snowbirds et Georges a déjà revendu, avec un gros profit, à des développeurs voraces.

Partir, vider, débarrasser !
Début mars, un bruit courait. Vous êtes évincés ! Vous avez trois mois pour partir ! L’avis officiel ne viendra que deux semaines plus tard. C’est la consternation chez les occupants. Le petit village gaulois, situé 20 miles au sud de Miami, disparaitra bientôt. La fin d’une époque, la fin d’une vie hivernale au soleil, la fin d’une immense amitié chez cette communauté serrée de 600 Québécois.
Pour ceux qui ont un motorisé ou une roulotte libre d’attache, c’est relativement simple. Seules l’amitié et l’ambiance leur manqueront. Pour les propriétaires de maisons mobiles, le casse-tête commence.
La loi floridienne offre de faibles dédommagements pour déplacer une maison ou l’abandonner. Et ce n’est pas simple à déplacer ! La maison rencontre-t-elle les nouvelles normes anti-ouragans ? Est-t-elle conforme aux critères esthétiques des parcs convoités ?
Luc et Normande ont dépensé 15 000 $ pour remettre leur maison aux normes et protéger leur investissement récent. Grâce à l’entraide des voisins, ils ont changé les fenêtres et enlevé le vieux revêtement et recouvert le tout d’un revêtement de vinyle pimpant. Opération réussie en cinq jours. Ils transporteront la maison au SandHill Shores à Fort Pierce, un parc où déménageront avec eux, une vingtaine de Québécois. D’autres iront au Goldcoaster. Les VR iront au Boardwalk, au Glades ou… au Texas.
D’autres ont tourné la page et vendu leur maison à vil prix. Ils avaient investi beaucoup de temps et d’argent pour aménager des Florida room, des cabanons ou des abris d’auto. Ils ont planté des centaines de palmiers. Des pertes sèches de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Zone sinistrée
Le parc, d’ordinaire propre et ordonné, est devenu une zone dévastée, post ouragan. Les maisons déménagent. Les terrains se vident. Les feuilles d’aluminium et les matériaux qui couvraient les Florida room et les auvents jonchent le sol. Les objets à vendre sont partout. Les vieux camions des chasseurs d’aubaines tournent comme des vautours.
Lors de la dernière assemblée il y a quelques semaines, des Américains qui résidaient à plein temps se sont joints à nous. D’habitude, les membres écoutent le compte-rendu du comité, les résultats financiers, les activités à venir et espèrent gagner le moitié-moitié souvent autour de 1 000 $ et puis, c’est le party et on s’arrachait « Le Soleil de la Floride » fraichement arrivé !
Ce dernier samedi, tout le monde était élégant pour venir affronter dignement le dernier party. Le comité a offert l’apéro et le souper aux membres et il a redistribué les surplus financiers. Six ex-présidents et présidentes étaient là ! La tristesse aussi.
Cette microsociété québécoise, qui vivait son bonheur cinq mois par année, est disparue. La grande question règne : où irez-vous l’an prochain ?