Un film choc!


Par Sandra Belzile

Le Miami International Film Festival (MIFF) 2018 accueillait la première mondiale du court métrage canadien « Sexual Being» (Être sexuel). Le documentaire relate l’histoire de deux êtres s’exprimant tels qu’ils sont dans leur complétude et magnificence respectives, sans égard à leur paralysie cérébrale ou du moins en l’intégrant pleinement.

« Le film a été incroyablement bien reçu » raconte le réalisateur et producteur Paul Stavropoulos la semaine dernière, au Soleil de la Floride. « Le public était très engagé et j’ai reçu beaucoup de commentaires positifs des cinéphiles après la projection », ajoute-t-il.

Âgé de 26 ans, Paul, en a long à dire à propos de son court métrage de 17 minu-tes. Il est jeune, mais pas dans l’âme! Torontois d’origine ayant grandi sporadiquement à Miami, il est heureux d’avoir obtenu cette reconnaissance du MIFF qui accueille à bras ouvert une thématique peu exploitée et tabou qui touche à la fois la pornographie, la sexualité et la paralysie cérébrale.

 

Paul a d’abord étudié le jeu d’acteur à Los Angeles et c’est à cette époque qu’il a rencontré Meaghan, un des sujets du film. Il a été inspiré par elle, elle est une amie très proche depuis 10 ans maintenant. Avec le temps et en plus de son cheminement spirituel avancé, Meaghan a éveillé la conscience de Paul face aux personnes handicapées et aux agissements des personnes autour qui jouissent de leurs pleines capacités, dont lui. Un jour, elle a écrit sur son blog : « Je suis une femme, j’ai la paralysie cérébrale et je suis totalement cool avec ça » et puis elle a développé son point de vue et s’est tournée vers la désexualisation des personnes atteintes de paralysie cérébrale face à celles sans handicap quelconque. « Je n’avais jamais tenu compte du fait que quelqu’un comme moi » raconte Paul, « et que tant de gens qui sont bien intentionnés peuvent être tout aussi blessants, parce que c’est l’absence de discussion du sujet en soi. C’est comme si vous la voyiez et immédiatement aviez cette supposition qu’elle ne doit pas avoir de sexe ou elle ne doit pas être aussi attirante que…, elle ne doit pas être sexuelle, et c’est juste un préjugé incons-cient, et pour moi c’était dérangeant. Moi-même étant une bonne personne, consciente et progressiste, mais quand j’ai lu ça, j’ai dit « Oh mon Dieu, je lui ai totalement fait ça » moi, son ami proche. »

 

« Donc, en lisant son blog, j’avais un sentiment d’inconfort et je pense que ça fait beaucoup honte aux gens de se rendre compte qu’ils ont fait ça à quelqu’un, quand tu penses que tu es une bonne personne. J’étais bien intentionné et je faisais quelque chose d’aussi horrible que ça, cela m’a vraiment incité à faire le film. »

À ce moment, Paul devait faire au doctorat en cinéma un documentaire pour sa thèse et il s’est dit : « Les gens ont besoin de voir cela (parlant du blog qu’elle avait écrit), ils ont besoin de savoir ce qu’ils ont fait jusqu’à maintenant et c’était excitant parce que ce n’était pas juste un film disant que vous êtes une mauvaise personne, que vous faites quelque chose de mal. C’était un film qui disait « eh, même quand vous êtes bien intentionné, c’est comme ça que vous approchez les sous-ensembles de la société ».

Dans « Sexual Being», Paul montre la beauté d’une personne complètement intégrée. Le défi? En 17 minutes, raconter une histoire profonde et ne pas mettre  le handicap au-devant, mais bien la personne dans qui elle est vraiment, dans son ensemble. Ce n’est pas d’ignorer la dysfonction, mais de comprendre que comme toute personne, son amie a aussi des désirs, des ambitions, des problèmes réguliers au quotidien que toute personne peut rencontrer.  Elle a soif d’amour, de rêves, elle est généreuse, elle peut prendre la parole, elle est comme toute autre et a le droit de vivre comme toute autre.

« Dans ma communauté, peu de gens ont une voix comme la mienne » dit Meaghan au Soleil de la Floride. « Je n’ai pas regardé le film. J’ai lu le montage final et pour moi, ce n’est pas suffisant. Alors maintenant, nous travaillons sur un long métrage. » Elle ajoute : « C’est très dur de te regarder. Tu dois intégrer de quoi tu as l’air de l’extérieur. On ne se regarde pas en se baladant, alors qu’avec le film, on devient hyper conscient. C’est comme si ça te saute au visage. »

Meaghan espère sincèrement que les gens retireront quelque chose du film et encore davantage ceux qui ont un han-dicap. « Ils n’ont pas à être dans une boîte. Le plus important est que les handicapés aient plus d’exemples dans le monde et mon intérêt est de rejoindre ma communauté parce que c’est ce qui crée le plus grand changement. » Dans un mois, Meaghan s’envolera pour la France pendant quelques semaines afin d’aider la pratique du jeu d’acteur au Paris Meisner Studio. Le chemin ouvre afin d’en aider d’autres à exprimer leur voix. « Je ne veux pas que d’autres personnes parlent pour moi. Je parle pour moi. » Et c’est ce qu’on peut voir dans « Sexual Being » où sa voix est différente de l’autre sujet qui lui s’adonne à la pornographie alors que Meaghan explore le rôle d’actrice exprimant sa féminité et sa sensualité.

Ce court métrage mérite d’être acclamé pour la prise de conscience qu’il apporte dans un sujet délicat et tout à fait à propos en ce temps de dénonciation et de prise de parole en tant que personne, en tant que femme, en tant qu’abusés et en tant qu’être humain cherchant à se réaliser pleinement, en intégrant toutes ses parties et en prenant parole. Comme dit Paul, « Je pense que ce que nous voulons faire maintenant que nous avons réalisé « Sexual Being», c’est de créer un portrait de Meaghan simplement en tant que personne. Nous avons commencé avec le documentaire et c’est en fait ce qui va provoquer un changement. »