Le Qualificatif De «Canadien » Au Cours Des Époques

Le Qualificatif De «Canadien » Au Cours Des Époques


Par Le soleil de la Floride

J’ai souvent constaté au cours de mes recherches sur le « fait français » dans les Amériques de 1550/1600 à nos jours, que l’utilisation du qualificatif de « canadien » portait fréquemment à confusion dans les écrits et les dires, non seulement d’historiens connus et reconnus, mais aussi de journalistes, de chroniqueurs et encore plus de certains auteurs écrivant dans des sites encyclopédiques dits populaires. Voici quelques précisions pour éviter tout malentendu sur l’utilisation de qualificatif suivant les époques.

Origine du mot « canada »

On s’accorde actuellement pour considérer que le mot « canada » vient du huron ou de l’iroquois « kanata » signifiant tout simplement « village ».

Ce serait en 1534, que Jacques Cartier lors de son second voyage dans cette région du nouveau monde aurait retenu ce mot prononcé par deux autochtones qui l’invitaient à venir jusqu’à leur village de Stadaconé. Il n’en fallu pas moins pour que Jacques Cartier donne dans ses premiers écrits de 1535, le nom de « Canada » à cette région située entre l’île-aux-Coudres et Hochelaga (maintenant Montréal).

Le « fait français » en Amérique et dans les Antilles

Dans mes études et recherches sur le fait français en Amérique, je propose toujours de considérer trois périodes distinctes qui se suivent chronologiquement :

Période de la Nouvelle-France (1500 à 1763)

Sans vouloir développer le sujet, ce premier espace colonial français commence avec les pêcheurs de Terre-Neuve et de Saint-Pierre-et-Miquelon (1500) puis de la prise de possession du Canada en 1534 par Jacques Cartier au nom du roi de France pour continuer à partir de 1603 avec Pierre dugua de Monts et Samuel de Champlain (Acadie et Québec) pour finir en 1763 lors du Traité de Paris et passer sous régime britannique.

Pendant toute la période du régime colonial français, de 1600 à 1763, la Nouvelle-France (Canada, Acadie, Plaisance, Louisiane) est dirigée depuis sa capitale la ville de Québec et son Gouverneur général qui la dirige au nom du roi de France. Les colons qui s’y installent sont des sujets français à quelque rares exceptions et leurs enfants qui naissent à la colonie sont qualifiés de « créoles », un mot dérivé du portugais et de l’espagnol désignant à l’époque « Un homme ou une femme de race blanche, né dans les colonies intertropicales ». Parler de ces « créoles »  comme étant des « Canadiens » peut prêter à confusion avec une terminologie moderne et c’est faire fie d’une rigueur factuelle, car ce sont des « sujets français du Canada ». Pour désigner tous ces sujets français du Canada, j’ai créé le qualificatif de « francadiens », mot valise résumant leur statut de français du Canada ainsi que de leurs descendants.

Période des « pionniers » et des « héros franco-américains »

Cette période commence après le traité de Paris en 1763 et se termine après la seconde guerre mondiale (arbitrairement en 1963). Deux siècles de bouleversements géopolitiques et économiques qui ont donné naissance à la modernité.

En ce qui concerne le fait français en Amérique, j’entends souvent parler de « survivance » surtout de la part des francophones du Canada et des États-Unis pour caractériser cette période. Je ne dirais pas que cela soit totalement faux, mais je préfère mettre l’accent sur tout ce qui a permis de maintenir vivant le rayonnement de la culture française dans cette partie du monde. Les exemples tant au Canada qu’aux États-Unis sont nombreux, mais je n’en citerai volontairement qu’un seul, c’est-à-dire, celui du Marquis de La Fayette. Par son engagement personnel auprès des « insurgés » des « 13 colonies » anglaises d’Amérique et son influence auprès du roi Louis XVI pour que la France soutiennent militairement leur insurrection, il allait changer la dynamique géopolitique du monde avec la création en 1783 des États-Unis d’Amérique.

Après 1763, les « sujets français de la Nouvelles France » vont passer sous un régime britannique et se trouver confrontés à des sujets britanniques (anglais, écossais, irlandais, loyalistes après l’indépendance des 13 colonies), sans pour autant devenir eux-mêmes, des sujets britanniques et renoncer à leurs origines françaises. D’autre part, les parlants français et descendants des colons français vont se définir comme « acadiens » en Acadie, « cadiens » en Louisiane du Sud, et ceux du Canada (Québec, Ontario, etc.) pourraient très bien à postériori, se définir comme « francadiens » au sein du Canada britannique dans ses débuts.

Il faut noter que dans cette période, les Anglais qualifiaient souvent de « canadiens » les francophones du Canada, ce qui peut prêter à confusion avec l’utilisation actuelle. Ainsi, l’utilisation d’un qualificatif comme « francadien », permettrait d’être rigoureux en respectant les faits et éviter toute confusion.

Au fur et à mesure que les États-Unis vont se développer, le Canada tel qu’on le connait aujourd’hui va se constituer avec la reconnaissance des « Premières nations » et de deux peuples fondateurs les « Canadiens français » et les « Canadiens anglais » tout le monde étant reconnu comme des sujets britanniques de la colonie du Canada dont le chef de l’État n’est nul autre que la reine d’Angleterre et du Canada.

Période de la modernité

Elle est marquée par une évolution des relations entre les États et des peuples. Ainsi :

  • La seconde guerre mondiale a changé la dynamique socio-politique et culturelle du monde et permis aux sujets britanniques de la colonie du Canada de développer une identité citoyenne. C’est ainsi que la « citoyenneté canadienne » a officiellement pris naissance le 1er janvier1947 (Loi sur la citoyenneté canadienne).
  • Quand aujourd’hui on parle de « Canadien », cela fait référence à une citoyenneté ce qui n’était pas le cas dans le passé car ces populations du Canada constituées par des personnes nées au Canada et des immigrants naturalisés étaient considérées avant 1947 comme des sujets britanniques et non comme des citoyens canadiens.
  • La communauté « francadienne » persiste encore de nos jours dans la « Nation Québécoise » et en est un de ses piliers. La « Nation Acadienne » et la communauté « cadienne » se sont affirmées.
  • L’expression « franco » définie de plus en plus les francophones dans leurs espaces respectifs canadien ou américain ainsi on parle par exemple de franco-canadien, de franco-Ontarien, de franco-américains, etc…et même de franco-français!
  • Le qualificatif de « créole » fait plus référence actuellement à une personne de couleur, mulâtre ou métisse ayant eu un ancêtre blanc. On devrait alors parler de « créole métisse ».
  • Mais on assiste actuellement en Louisiane à une revendication de certains descendants de colons blancs de l’époque de la Nouvelle-France qui se disent « créoles » dans le sens ancien du mot et non « cadiens » qui correspond plus à une population dont les ancêtres ont été déportés d’Acadie lors du « grand dérangement de 1755 » organisé par les anglais.

Sources : Vous pouvez également consulter les sites suivants sur internet. Ils ont permis de documenter cet article : www.ameriquefrancaise.org – www.histoirecanada.cawww.wikipedia.com