Célébrons les Femmes !

Célébrons les Femmes !


Par Denise Dumont

Tout a commencé en 1909. L’exploitation des femmes en milieu de travail dépassait les bornes et la révolte a donné naissance à un important mouvement : la « Journée Internationale des droits des femmes ».

Ayant pour but de sensibiliser et de lutter pour réduire les inégalités par rapport aux hommes dans le milieu du travail, la Journée était observée à la fois sur les continents européen et américain.

Aujourd’hui, 109 ans plus tard, le mouvement a permis aux femmes d’améliorer les conditions de travail, d’accéder à l’éducation, de gravir les échelons et d’atteindre des niveaux qui autrefois, n’étaient réservés qu’aux hommes.

 

 

En ce 8 mars 2018, on célèbre!

Les récents scandales exposés au sein de la communauté artistique américaine ont fait des vagues partout sur la planète. L’abus et les injustices qui existent encore face aux femmes en milieu de travail ont été impunément témoignés par le mouvement MeToo (moi aussi) et le mouvement That’s Enough ! (C’est assez !) qui activent le courage de mettre fin à l’injustice.

 

Lors du 90ème anniversaire de la remise des Oscars, de l ’Académie du cinéma le 4 mars dernier, l’industrie du cinéma a fièrement déclaré son support pour l’égalité salariale et la fin des abus sexuels.

 

Mais en ce 8 mars, le Soleil de la Floride se joint aux femmes de partout au monde pour célébrer et reconnaître les pionnières, les femmes inspirantes, les femmes qui ont subi tous genres d’outrances, les femmes de cœur, les femmes d’honneur… celles qui donnent en silence, qui influencent sans dicter, celles qui construisent, qui osent.

 

Et pour ce faire, on vous invite à découvrir quatre femmes de carrière qui ont une influence dans leur milieu de travail. Voici comment elles entrevoient les changements à la suite de ce scandale et qu’en est-il du plafond de verre.

ANNE HOTTE

CEO/Directrice exécutive de la Chambre de Commerce d’Hollywood, qui comprend plus de 800 membres.

Son portrait

Anne est originaire de Sillery en banlieue de la ville de Québec. Ambitieuse et éclairée, elle n’envisageait rien de moins que devenir première ministre du Canada. Son plan était bien établi et elle le suivait à la lettre. Anne avait obtenu son diplôme en Droit et elle était en liste pour l’obtention d’un degré en journalisme. Mais tout s’est effondré devant elle. « Mon mari et ma belle-famille ont décidé de venir s’établir en Floride fonder une entreprise de développement domiciliaire, j’étais totalement dévastée, » ajoute Anne.

Adieu carrière!… pour un bout de temps. Avec trois enfants et des déchirures à panser, Anne a trouvé le courage de retourner aux études et obtenu une maitrise en relation publique d’une université de Floride. « J’avais 35 ans lorsque j’ai finalement décroché mon premier emploi. C’était au sein d’un refuge pour enfants en fugue, une organisation à but non lucratif. J’étais en charge des événements, de la rédaction des demandes de subvention etc. Un bel apprentissage mais j’ai été témoins de certaines formes d’abus. »

Cinq and plus tard, elle obtient le poste de Directrice en chef du Broward Leadership, qu’elle occupe brillamment durant une dizaine d’années. En 2010, elle accepte le défi à la Chambre de Commerce d’Hollywood. Une autre organisation sans but lucratif, plus importante et avec un budget très considérable à gérer, et elle s’entoure d’une équipe de femmes.

 

MeToo dans son milieu de travail

« J’adore travailler avec des femmes! Quand j’y pense, je réalise que j’ai toujours engagé des femmes » raconte-t-elle. « C’est naturel pour elles d’être souples dans leurs descriptions de tâches et en équipe, on se complète toutes. Lorsqu’on donne la chance aux femmes en milieu de travail, les forces de l’une effacent les faiblesses de l’autre et on peut monter une équipe qui collabore de façon extraordinaire. Quand on dirige avec tact et encoura-gement, les résultats sont fantastiques. »

À la Chambre de commerce d’Hollywood, le mouvement MeToo a eu peu d’incidence. Mais Anne souhaite des améliorations pour d’autres consœurs.

« J’espère que ça va changer quelque chose. Il faut que les femmes sachent qu’utiliser leur charme en milieu de travail n’est pas nécessairement mal, mais que c’est un jeu dangereux. Les événements d’octobre et le mouvement MeToo en disent long. Et de l’autre côté, les hommes devront comprendre qu’il y a des répercussions à leurs actions s’ils vont trop loin. »

« Si on parle de plafond de verre, bien on peut dire maintenant qu’il y a une grande craque d’ouverte suite à ces événements! II y a eu tellement de congédiements, il n’en tient qu’aux femmes de réclamer ce qui leur revient. »

 

Sa cause :

Les enfants

Mère de trois enfants et grand-mère de six petits-enfants, Anne avait adoré travailler au refuge avec des jeunes en fugue. Le sort des enfants lui tient à cœur. « Ils ne choisissent rien. Ils ne choisissent pas leur lieu de naissance, ni leur famille, ni leur environnement. Il y a tellement de cas d’enfants dans le besoin et qui sont exploités et abusés. »

Elle explique qu’une organisation nommée Guardian ad Litem (gardien de lumière) offre un programme de représentation légale pour ces enfants qui font partie du système juridique. « C’est là que je veux dédier du temps dès ma retraite. »

 

 

SUSAN  HARPER

Consule générale du Canada à Miami.

Son portrait

Madame Harper est une femme peu ordinaire, inspirante et réservée, une femme de tête, une femme de chiffres. Torontoise d’origine, elle parle trois langues et sa force se situe dans le domaine du commerce et de l’économie. Elle a servi le Canada au Cameroun, en France, en Argentine, en Uruguay et à l’Ambassade du Canada à Washington avant d’occuper le poste de Consule générale du Canada à Miami.

« Je ne suis pas politicienne, mais fonctionnaire en tant que déléguée au niveau du commerce international. Lorsque j’ai terminé ma maitrise en affaires, seulement 25 % de la classe était des femmes. Puis, je suis fière de dire que j’ai travaillé pour la première femme en charge du Service des affaires commerciales, dans les années 1970 » raconte madame Harper. « Et il faut mentionner qu’il a fallu 80 ans avant qu’une femme soit promue à ce poste ! » ajoute-t-elle.

Madame Harper raconte qu’il était important pour elle de s’associer à des réseaux de femmes durant ses affectations en Afrique, en France et que d’ailleurs, à Buenos Aires en Argentine, son bureau était lié avec des groupes de femmes d’affaires très dynamiques et influentes qui organisaient des événements « de femmes » dans les années 1990.

« Il est clair qu’il y a une évolution. Par exemple, au sein du Gouvernement canadien, on retrouve maintenant autant de femmes que d’hommes dans plusieurs domaines. Il est important de dire aussi qu’il y a une meilleure représentation de la communauté des minorités, c’est aussi l’objectif du gouvernement de les promouvoir. »

 

Le mouvement « Me Too » a créé des vagues et madame Harper croit que, bien que les contextes soient différents dans chaque milieu de travail, il y a des éléments systémiques qui vont, et qui doivent changer. Elle précise d’ailleurs un point important : « Il faut penser à être pratique et l’attitude qui est projetée est très importante. Être capable de dire NON est une chose, mais il faut aussi être capable d’engager une conversation si vous voulez qu’il y ait un changement. Il faut discuter, en parler avec l’autre personne lorsqu’un comportement inacceptable se produit. Ce n’est pas seulement une chose entre homme et femme, il y a plusieurs types d’abus et y a trop d’émotions impliquées dans ce genre de situation. Il faut absolument avoir une conversation si on veut du changement durable. »

 

Les Organisations qui lui tiennent à cœur

Madame Harper est une femme de chiffres et son monde est incontestablement le monde des affaires. Elle s’implique dans des causes dont la progression est palpable. « J’aime les résultats » dit-elle, « et je m’implique davantage dans les causes qui ont pour but de permettre aux femmes exceptionnelles, un accès soit à l’éducation, soit de leur offrir lien vers des ouvertures qu’elles ne pourraient atteindre autrement. Il y a aussi des charités internationales qui ont vraiment un impact sur les femmes. » Une organisation qu’elle a récemment découverte ici à Fort Lauderdale est « Go for the Green » qui offre aux femmes propriétaires d’une entreprise, des programmes éducationnels, du réseautage, des conférences, le tout associé à une partie de golf!

 

 

Éliane Delbast

Réalisatrice, Télé Floride.

La communication, c’est un des précieux outils qui permettent de transmettre clairement un message, de partager une émotion etc. Madame Éliane Delbast œuvre depuis près de cinquante ans dans le domaine, mais à titre de Directrice artistique au contenu sur des plateaux de tournage. Gérer l’image et le message que vous voyez à l’écran télé, c’est sa passion, son métier, sa force.

Elle partage ouvertement, sans contrainte et avec toute sa passion, son point de vue sur la cause des femmes.

 

Son portrait

Dès sa tendre enfance, Éliane savait ce qu’elle voulait. Avec son tempérament d’artiste imprenable, photogénique sans le vouloir, elle ne sait si c’est elle qui a apprivoisé le milieu artistique ou si c’est lui qui l’a courtisée. Peu importe, elle ne fait qu’une avec ce métier unique en son genre qui lui colle à la peau et dans lequel elle excelle. « J’avais 16 ans lorsque j’ai réalisé mon premier film » dit-elle. « Et depuis, je travaille derrière l’écran à coacher, diriger et aller chercher le meilleur des artistes afin qu’ils communiquent l’information le plus justement possible devant les caméras. »

 

Éliane explique qu’avec les artistes, tout est émotion et fragilité. « Pourquoi tant d’homosexuels sont artistes? Parce qu’ils sont émotifs! Tout tourne autour de la sensibilité. C’est très difficile diriger derrière l’écran. Il faut savoir écouter, savoir comprendre et communiquer sans blesser, avec tact et créativité, ce qu’il faut pour en arriver au produit final. »

 

« MeToo » dans son milieu

« Je ne crois pas que le mouvement MeToo ait encore changé bien des choses dans mon milieu professionnel » explique Éliane. Il faut dire qu’elle travaille actuellement avec son mari dans le projet de Télé Floride, la télévision diffusée sur le web, donc accessible à tous, à tout moment du jour. Elle explique que lorsqu’elle se retrouve parmi des hommes condescendants, elle se rend compte que la mentalité n’a pas encore changé, mais qu’ils sont plus éveillés.

« Lorsque les messieurs font des remarques inappropriées, je ne me gêne pas pour les reprendre et leur faire prendre conscience de ce qu’ils ont dit. C’est comme ça que petit à petit, les choses vont s’améliorer. Personnellement, je n’ai aucune ambition dans la vie, je n’ai ni besoin d’un grand titre, ni besoin d’une autre carrière. Mais ce que nous avons toutes besoin, ce sont des femmes déterminantes comme, par exemple, Oprah Winfrey, madame Clinton, des femmes sans préjugés qui veulent se réaliser, qui ont une influence sur nos vies, qui sont sensibles à nos vies. »

 

Sa cause :Les enfants

Éliane est très sensible à la cause des enfants, elle aussi elle est déchirée par le nombre grandissant de nourrissons et des très jeunes enfants qui sont privés de l’attention et des bras de leur mère. Son désir le plus profond, c’est de parler aux jeunes mamans par l’entremise de la télé. Le nourrisson a tellement besoin d’être materné, bercé et sécurisé. Malheureusement, le rythme de la vie d’aujourd’hui abrège cette période et les besoins inhérents de l’enfant envers sa mère ne sont pas comblés. Au bout du compte, tous en souffrent. « Je suis en train de travailler sur un projet qui vise à donner une voix aux enfants et à la fois, faciliter l’écoute des mamans », précise Éliane.

 

 

Danielle Ouimet

Actrice-Animatrice

Danielle Ouimet est une pionnière qui a révolutionné plus d’une génération et brisé plusieurs stéréotypes. Actrice, chanteuse, animatrice, écrivaine, artiste peintre etc., partout où elle s’arrête, elle transmet un peu plus de pouvoir, de force et d’outils aux femmes de tête.

Généreuse, puissante et influente, Danielle a le verbe facile et sa passion pour la vie, pour les autres et pour sa famille, en font une force de la nature qu’il fait bon rencontrer.

« Les femmes ont toujours eu des idées originales, elles les suggéraient aux hommes qui agissaient et en prenait le crédit. Cependant, pour se faire écouter, il fallait remplir certains critères. C’était toujours plus facile pour les femmes jeunes et jolies qui avaient de la drive » raconte Danielle. « Mais il fallait quand-même travailler trois fois plus fort qu’un homme pour réussir à s’imposer et argumenter. Et quand tu n’es plus jeune et jolie, bien on t’écoute moins et tu dois travailler encore plus fort! Mais moi, on m’a toujours écoutée. »

 

Le mouvement MeToo en milieu de travail

Une fois de plus, le monde artistique est à l’origine d’une révolution aux répercussions profondes. Depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein et du mouvement « MeToo » en rapport avec l’abus sexuel et le pouvoir imposé par cet ignoble personnage, le balancier est définitivement en mouvement. Voici ce qu’en pense notre interlocutrice : « En ce moment, les hommes ont peur. Ce qui est dommage, c’est que les limites entre la camaraderie et l’abus ne sont pas bien déterminées et il y aura toujours des femmes qui ne sauront pas faire la part des choses. On ne peut pas enlever à l’homme son rôle de demandeur. Il s’agit pour nous les femmes de dire NON et de se faire respecter. S’il y a violence, bien il faut dénoncer ! C’est un apprentissage, une éducation et je le sais, j’ai été violée quand je travaillais dans le milieu du disque. J’ai tout de suite suivi des cours sur l’art de se défendre et depuis, je n’ai jamais eu de problème à me faire respecter. Il faut se positionner pour que les hommes comprennent qu’on n’acceptera aucune avance.   Par contre, j’ai bien peur que le mouvement fasse disparaître cette convivialité qu’il y avait sur les plateaux de tournages comme avant. Par exemple, la crainte de mettre la main sur l’épaule d’une consœur de peur que ce soit perçu comme une agression, va déshumaniser et tuer la camaraderie pourtant si importante en milieu de travail. »

 

Il faut comprendre que lorsque les artistes sont en tournage, ils passent des semaines, voire des mois ensemble, dix-12 heures par jour et l’équipe de travail devient leur famille. « Cet esprit familial risque de disparaître parce que la peur d’être accusé s’est installée. Lorsque le réalisateur t’accueille avec un beau bonjour et une accolade le matin, ça fait du bien et ça part bien la journée! »

Selon Danielle, ce sera une longue période d’ajustement. Tant et aussi longtemps que le barème de fréquentations ne sera pas clair et que la crainte d’être accusé pour le moindre geste existera, l’atmosphère sera froid et désolant sur les plateaux de tournages. Elle explique aussi que non seulement la loi sur ce qui est acceptable doit être très claire, mais qu’aussi il faudra sévir. S’il n’en tenait qu’à elle, ce serait la tolérance zéro pour les abuseurs chroniques et la castration pour les pédophiles et les violeurs.

 

Sa Cause : les jeunes

« Depuis plusieurs années, j’ai épousé des causes au bénéfice de la jeunesse dont le téléthon des étoiles. Je donne aussi mon soutien pour le théâtre dans les écoles par le biais de La Comédie Humaine qui œuvre dans le milieu théâtral avec des représentations au grand public et à l’école, en tournée partout au Québec. C’est important de supporter les jeunes générations. Je suis grand-mère d’une extraordinaire petite fille de neuf ans. Je l’adore! On vire fou quand on a des petits-enfants et je souhaite qu’elle écoute sa grand-mère plus que son père! » dit-elle en riant à gorge déployée.

« Son père a peur que je l’influence au point de vue artistique, mais il oublie qu’il est lui-même cinéaste et qu’il lui a permis de participer à une émission de Ricardo! » s’exclame Danielle.

 

Le Soleil de la Floride tient à remercier mesdames Hotte, Harper, Delbast et Ouimet pour avoir partagé avec nous leurs expériences de vie, leurs visions et convictions. Nous avons toutes une voix et il n’en tient qu’à nous d’exprimer de façon juste notre point de vue, nos attentes, et de sensibiliser notre entourage. Grâce aux pionnières qui ont osé prendre position et dire NON aux inégalités et aux abus, nous avons maintenant des outils pour émerger dans une société meilleure.

Bonne Journée de la Femme et faisons de 2018, une année extraordinaire !

 

 

 

Danielle Ouimet est une artiste accomplie. Créatrice comme pas une, peintre de grand talent, pâtissière à ses heures, décoratrice géniale, elle offre des classes de peinture sur verre à celles qui ont le goût d’explorer ce passe-temps agréable. Les gens n’ont qu’à rassembler un groupe et la contacter pour organiser une journée sensas, ici en Floride ou au Québec. Vous pouvez la joindre via son Facebook!