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Des bancs vides

Le petit général de la Ligue nationale, Gary Bettman, peut toujours se gargariser en criant à répétition que son circuit est en excellente santé. Mais ce que l’on voit de plus en plus dans nombreux des amphithéâtres ne confirme aucunement ses propos.

Bien sûr que chez les équipes dominantes comme Tampa Bay, Nashville, Los Angeles, Toronto et Columbus, on s’arrache les billets pour les matchs. La situation est toute autre dans plusieurs autres villes. Et c’est inquiétant.

En Floride, Caroline, Détroit, Arizona, Buffalo, Ottawa, Colorado, Brooklyn et ailleurs, on ne réussit plus à faire salle comble. Le Centre Bell commence à ressembler un peu à ces endroits. De plus en plus de sièges à tous les niveaux sont inoccupés. Même certaines loges restent vides, ce qui signifie que les détenteurs de ces billets ne réussissent pas à les liquider sur les sites de revente.

Le propriétaire des Sénateurs a commencé à sermonner les amateurs qui n’appuient plus leur équipe. Il a mis de la pression dans ses propos en parlant d’un déménagement. Son équipe connait une saison misérable et traine parmi les dernières. Les gens se plaignent des problèmes de circulation lorsque vient le temps de se rendre à Kanata, à une quinzaine de miles du centre-ville. En Caroline, Peter Karmanos, tanné de perdre une petite fortune à chaque année, vient de vendre les Hurricanes. À Buffalo, la situation ressemble à celle des Sénateurs puisque les Sabres végètent dans les bas-fonds et semblent à des années lumières de s’en sortir. À Détroit, on est loin de l’excitation que cette équipe a longtemps suscitée, de l’époque de Gordie Howe à Steve Yzerman. Là aussi des milliers de bancs restent vides. À Calgary on veut un nouvel amphithéâtre au risque de partir et à Brooklyn, les Islanders vont retourner à leur ancienne demeure après une totale rénovation. Présentement ils disputent leurs parties dans le pire aréna du circuit. On pourrait parler d’autres endroits où les amateurs de hockey passent leur tour, mais que ce phénomène de désertion frappe le Centre Bell, c’est quelque chose que peu de gens avait vu venir.

Le confrère Marc de Foy, du Journal de Montréal, a consacré l’une de ses chroniques sur l’abandon de fervents partisans. Cette désaffection, écrit-il, est la conséquence directe d’un piètre spectacle vendu à des prix fous et aussi à l’absence de joueurs de premier plan capables de soulever les spectateurs. DeFoy insiste pour dire que le départ de P.K. Subban, le joueur le plus adulé au Centre Bell depuis Guy Lafleur, commence à laisser de sérieuses séquelles sur l’enthousiasme que ce joueur apportait. Les amateurs perdent de plus en plus la foi en cette équipe boiteuse, qui sous les ordres de Claude Julien joue davantage pour ne pas perdre plutôt que de trimer pour gagner. Cette façon de faire donne des parties ennuyantes et sans lustre. C’est un fait qu’il n’y a plus beaucoup d’excitation aux matchs du Canadien. Et ce n’est pas d’hier que l’on constate ce revirement. Montréal n’a plus gagné la coupe Stanley depuis 25 ans et rien n’indique un redressement à moyenne échéance. Les multiples bourdes au repêchage, les échanges sans saveur et l’embauche de joueurs médiocres ont provoqué des hauts le cœur même chez les inconditionnels.

Le propriétaire Geoff Molson ne va rien modifier dans l’organigramme de son joujou parce que les millions de dollars s’accumulent quand même dans son compte de banque. Si son équipe devait être décomptée tôt des séries éliminatoires, il faudra compter davantage d’absents. Durant ce temps, Bettman prône l’expansion de son organisation et rejette inconditionnellement tout déménagement. L’avenir de la Ligue nationale n’est pas en danger. Loin de là. Mais plusieurs de ses membres tirent de la langue. Le système de péréquation supporte les moins nantis, mais il se pourrait bien que les riches veulent un bon matin, mettre fin à ce genre de philanthropie. Dans un tel cas, Bettman se retrouverait devant une véritable catastrophe.

 

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