LE TOURISME MÉDICAL VU  D’UN MAUVAIS OEIL

LE TOURISME MÉDICAL VU D’UN MAUVAIS OEIL


Par Denise Dumont

Une gestion ambiguë des gouvernements et le manque d’organisation pour la distribution des vaccins contre la COVID-19 ont créé une opportunité pour le tourisme médical dans le Sud de la Floride. Les simples visiteurs de 65 ans et plus, en provenance d’Argentine, du Brésil et du Canada, profitent de l’occasion pour venir se faire vacciner gratuitement et les Floridiens commencent à réagir négativement.

« Nous décourageons les gens à venir en Floride juste pour se faire vacciner », a déclaré le gouverneur Ron DeSantis, lors d’une conférence de presse au Jackson Memorial Hospital à Miami le lundi 4 janvier dernier. « S’ils ont une résidence et qu’ils viennent en Floride pour plus d’une semaine ou deux, cela me convient parfaitement car [les snowbirds] sont très différents d’un visiteur qui vient uniquement pour avoir une chance de se faire vacciner et repartir ; nous n’allons évidemment pas permettre que cela se produise » a-t-il dit.
Mais en attendant une action définitive de la part du gouverneur pour prévenir la cohue, Miami a ouvert la porte au tourisme médical provoquant une indignation de la part des résidents qui ont tenté, sans succès, d’obtenir un rendez-vous pour se faire protéger contre l’épidémie qui fait rage dans leur comté.

Les critiques disent que le ministère de la Santé au Brésil a complètement raté son programme de vaccination en omettant de commander les seringues et les flacons de verre pour stocker le vaccin après qu’il ait approuvé. Le Brésil a franchi une étape sombre la semaine dernière en admettant que plus de 200 000 personnes sont décédées du coronavirus. Le nombre de cas a totalisé huit millions dans ce pays qui compte une population de 210 millions d’habitants. Se faire vacciner en Floride semble être « la » solution pour les plus fortunés. La situation est semblable en Argentine.
« Ce n’est pas juste, des Brésiliens et d’autres opportunistes d’Amérique du Sud et du Canada engorgent les sites Web du service de santé de notre région pour prendre nos rendez-vous et s’accaparer des vaccins dont la disponibilité ne suffit même pas à vacciner la population locale » raconte Marleen Payne de Miami Beach.
Plusieurs expatriés invitent les membres de leur famille à prendre l’avion pour un court voyage dans le but de se faire vacciner. « C’est peut-être réconfortant pour ceux qui habitent dans d’autres pays de savoir qu’ils peuvent venir se faire vacciner rapidement en Floride, mais moi, en tant que résidente des États-Unis, ça me choque vivement que mes impôts paient la vaccination aux étrangers », raconte Melissa Foster, une retraitée d’Hallandale Beach qui tente d’obtenir un rendez-vous depuis plus d’une semaine.

Le comté de Broward et
les Canadiens
Il est clair, d’après le gouverneur DeSantis, que les snowbirds canadiens propriétaires sont les bienvenus à recevoir le vaccin en Floride. Mais pour les touristes d’occasion, le risque grandit.
Au Québec et en Ontario, ainsi que dans les autres provinces canadiennes, le déploiement des vaccins approuvés (Pfizer-BioNTech et Moderna) a été retardé en raison des vacances des Fêtes. Des centaines de milliers de vaccins sont stockés dans les congélateurs et très peu de citoyens sont actuellement vaccinés. Diverses agences de voyage ont confirmé la tendance d’affréter des jets privés pour voler en Floride et se faire vacciner. Ces passagers privilégiés évitent les lignes de sécurité des aéroports et les portes d’embarquement très fréquentées, et réduisent leur exposition au virus et repartent en sourdine.

Bien que le gouvernement du Canada tente de décourager les Canadiens à voyager uniquement pour la vaccination, d’autres font le contraire mais de façon discrète. Certaines entreprises profitent de l’occasion pour essayer de palier à la perte de revenus, infligée par la baisse des visiteurs, en ouvrant leurs portes au tourisme médical. Il y a toutefois crainte que le gouvernement de Floride finisse par sévir contre la mise à disposition des vaccins aux étrangers, et que plusieurs de ces « touristes » n’aient pas accès à la deuxième dose requise du vaccin.
Pour ceux qui décident de tenter leur chance, il est fortement recommandé de demander des précisions à leur assureur. Les modalités de couverture diffèrent advenant le développent d’effets secondaires après avoir reçu le vaccin à l’étranger.

Le Soleil de la Floride a conduit une enquête et fait des demandes dans plusieurs hôpitaux du comté de Broward. Tous ont déclaré qu’ils n’exigeraient aucune preuve de résidence pour les patients prenant des rendez-vous, pour le moment. L’approvisionnement en vaccin demeure très limité.
Tel que mentionné le mois dernier par le porte-parole du département de la santé de Floride, Jason Mahon, l’objectif de la vaccination pour tous est de prévenir la propagation de la maladie, aussi efficacement que possible. Donc, « que vous soyez un citoyen d’un autre pays ou non n’est pas pertinent en ce qui concerne les efforts de vaccination », a-t-il noté.
En contrepartie, la venue en masse d’étrangers de 65 ans et plus pour obtenir la vaccination risque de créer un autre danger de propagation. Les résidents demandent de reconsidérer la sécurité sanitaire car l’effet boomerang pointe à l’horizon et personne ne veut que l’État soit obligé d’exiger un confinement.

À l’heure actuelle, les personnes admissibles comprennent les travailleurs de la santé, les résidents de soins de longue durée et les personnes de plus de 65 ans. Le reste de la population floridienne sera vaccinée ensuite, ce qui peut aller seulement à l’été 2021, considérant l’éligibilité des touristes étrangers.

Broward Health a déclaré qu’il n’acceptait plus de rendez-vous, car le système de santé du centre et du nord du comté de Broward a atteint sa capacité jusqu’en février.

Au 10 janvier 2021 en Floride, 12 131 nouveaux cas et 108 décès ont été enregistrés. Dans Miami-Dade ; 2 347 cas et 48 décès. Dans Broward : 1 203 cas et cinq décès, alors que le comté de comté de Palm Beach rapportait 662 nouveaux cas et aucun décès.