WALTER FOREVER !
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WALTER FOREVER !


Par Tom Lapointe

Feu Walter Gretzky le raconte candidement dans sa biographie.

Wayne avait dix ans. Il était menu et chétif. Il avait la tête bouclée comme un Saint-Jean Baptiste. Couleur blé. Un blé d’or.

Le petit Wayne rentrait en automobile avec son papa. Il venait de connaître un tournoi de hockey sans but, sans réussite, sans trophée et sans honneur. Les larmes coulaient sur ses joues. Son père stationna sa voiture le long de la route. Et il le consola entre ses bras en lui murmurant à l’oreille: Un jour mon fils, tu auras tellement de trophées que le vestiaire local de la patinoire de Brantford ne pourra pas tous les mettre sous le même logo de l’équipe.

C’est romancé un peu. J’aime les romans. J’aime les belles histoires entre parents et enfants. Ce sont les plus belles. Les plus fleurs bleues. Vous connaissez le reste de l’histoire. Wayne se mit à collectionner les trophées. Il remplit tous les buts de toutes les patinoires du monde. En 1 487 parties, il amassa 2 857 points, dont 894 buts. Il a réécrit tout le livre des records de la prestigieuse Ligue nationale de hockey. Son père avait eu raison de le consoler ce jour de 1971. Année où un certain Guy Lafleur sortit des rangs juniors avec les Remparts de Québec pour atterrir avec le Canadien de Montréal. Et il devint l’idole de Wayne. Avant que Wayne ne devienne l’idole de deux décennies dans le hockey. Et qu’il devienne la Merveille du hockey qu’il est toujours et forever. Comme son père Walter. 

 

Rencontre

J’ai connu Wayne quand il avait 21 ans. Je fus, grâce à son agent Bob Perno (Gus Badali) et à son ami Charlie Henry, celui qui l’amena voir Mario Lemieux au Centre Sportif Laval un soir d’automne en 1983. Quand Mario se préparait à devenir son dauphin dans la LNH.

Wayne était comme son père. Humble, souriant, peu bavard. Seule sa présence valait tous les discours. J’eus aussi le bonheur de jouer au hockey contre lui durant une semaine de rêve aussi en 1983 dans les Catskills montagneuses, loin des buildings qui touchent les nuages à New York. Wayne était le point de mire d’une promotion de hockey pour verser de l’argent à une œuvre juive de charité de la région new-yorkaise. Le célèbre joueur avait été reçu dans la même aile de l’hôtel où venait parfois se cacher Elvis Presley entre deux concerts. Comme quoi les Grands vivent souvent sous les mêmes adresses, campées sous les étoiles.  Encore là, Wayne prit la parole devant une salle qui lui fut toute ouïe. Sans trop en dire. Comme son papa. Juste en rappelant que le sport est encore la plus belle évasion pour les enfants. Et que sur une patinoire ou un rond glacé, tu patines librement avec des valeurs qui peuvent t’amener loin. Même jusqu’au bout de tes rêves si tu crois fort. Si fort.

J’ai regardé de mon ordinateur la cérémonie funèbre de Walter Gretzky, ce samedi 6 mars. Dans une petite église, où à cause de la pandémie, seule la famille et quelques proches avaient le droit d’y être. Wayne assista à la cérémonie, recueilli et silencieux, assis juste aux côtés de la tombe de son papa. Tous les souvenirs ont dû lui revenir en tête. Comme une fulgurante fièvre.  Son premier match à Brantford, sa première partie dans l’AMH avec les Oilers, sa première rencontre dans la LNH. Son premier but, sa première passe. Sa première Coupe Stanley avec une équipe tissée serrée. La première fois où il croisa le regard de sa Janet, qu’il épousa en juillet 1988 dans une église à Edmonton remplie à craquer. Tous des moments mémorables où son père Walter l’accompagnait comme son ombre. Juste pour l’observer. Sans jamais l’embêter. Wayne est maintenant chaussé des mêmes souliers usés de son père. Il a eu soixante ans le 26 janvier et c’est à son tour d’observer ses filles et ses petits enfants. Un de ses gendres est devenu gagnant du Masters dans la PGA. Comme quoi seuls des champions entrent dans la vie des Gretzky. 

Des Greatest du coeur. Qui savent être à l’écoute quand tu as eu un mauvais match, ou un mauvais tournoi de hockey, ou un mauvais virage de vie.

Salutations Walter.

De Walter à Wayne. Ça donne deux W. Ajouter un o entre les deux lettres. 

Et ça vous donne un WoW.

Un dernier WoW forever pour Walter !