Les effets de Google sur la mémoire

Les effets de Google sur la mémoire


Par Sylvain Bruneau

Google s’est placé en leader de l’accès à l’information : en trois clics nous pouvons accéder à beaucoup de savoir. Cela nous réjouit et pourtant… Plusieurs études suggèrent que cette facilité à disposer d’autant d’informations aussi facilement a un désavantage majeur : l’« effet Google » !

L’« effet Google » est un biais cognitif qui affecte la mémoire (mis en évidence par Betsy Sparrow, Université de Colombia ; Jenny Liu, Université du Wisconsin ; Daniel M. Wegner, Université Harvard, 2011). On nomme « effet Google » la tendance à ne pas mémoriser les informations facilement accessibles. En contrepartie, la mémorisation de la façon de retrouver ces informations est facilitée. Plutôt que de retenir l’information elle-même et sa signification, la mémoire retient ce qui est moins complexe, c’est à dire le lien qui y mène. Ainsi, le lien l’emporte sur l’information. 

Ce biais cognitif a augmenté en intensité avec l’arrivée de la masse d’informations disponibles sur Internet. « L’internet est ainsi devenu une forme de mémoire complémentaire, où l’information est enregistrée collectivement à l’extérieur de soi. » Betsy Sparrow, Jenny Liu, Daniel M. Wegner (2011).

De plus en plus, la structure et le fonctionnement de notre mémoire se transforment par l’utilisation des moteurs de recherches car nous organisons maintenant l’information dans notre cerveau selon les caractéristiques mêmes des moteurs de recherche. « L’habitude et l’utilisation des moteurs de recherche modifient alors structurellement le fonctionnement de notre mémoire ! Celle-ci semble se transformer (en partie) petit à petit en index des connaissances, plutôt qu’en somme de ces mêmes connaissances. » Desbrosses, S. ; Biais cognitifs insolites : l’effet Google et la mémoire homme-machine, 2012

Kaspersky Lab a inventé en 2015 l’expression « amnésie numérique » pour désigner l’oubli d’informations lorsque l’on transfère la tâche de se souvenir à un appareil connecté. À titre d’exemple, 70 % des parents ne connaissaient pas le numéro de téléphone de leurs enfants en 2015 (Kaspersky, 2015). Cette étude révèle que la majorité des gens préfère utiliser leurs appareils numériques plutôt que leur propre mémoire pour se souvenir ou emmagasiner de l’information. 

Faire confiance à un appareil numérique pour mémoriser à notre place soulève plusieurs problèmes de fond. D’abord, la dépendance à l’objet connecté, car sans son téléphone ou sa tablette, l’amnésique digital est  totalement dépourvu, n’ayant accès qu’à très peu de contenu informatif logé dans sa mémoire. Alors que devient une personne sans contenu ? Accepter que la machine mémorise pour nous altère aussi la capacité de penser. En effet,  « […] cela ne reviendrait-il pas à nous limiter à une mémoire factuelle, incapable de construire du sens ? » (Jean-Claude Guédon, Google, une mémoire en trompe-l’oeil, 2011).